Le petit Shakir pleure devant ses œufs cassés sur un trottoir de Kaboul. « Je viens de perdre 50 afghanis (un dollar), ma mère va me tuer », se lamente-t-il. Une scène qu’il répète chaque jour pour attirer la pitié des passants... et un peu d’argent.
Son grand frère n’est jamais très loin, prêt à prendre sa part du gain, à chasser les curieux étonnés de voir jour après jour ce garçon casser ses œufs, ou les autres petits mendiants qui voudraient empiéter sur leur territoire.
Selon l’Unicef, entre 50 000 et 60 000 enfants arpentent les rues de la capitale afghane en quête d’un peu d’argent. Un phénomène qui croît au rythme de l’explosion démographique de Kaboul, une ville qui compte aujourd’hui environ quatre millions d’habitants contre un million dans les années 1990.
Une organisation non gouvernementale qui travaille avec les enfants des rues, Aschiana, estime que leur nombre a presque doublé depuis deux ans à Kaboul. « En 2005, il y avait 37 000 enfants travaillant dans la rue et, aujourd’hui, ils sont près de 70 000 », relève Nazar Mohammad, un responsable d’Aschiana.
La plupart de ces enfants ont perdu un parent ou sont devenus orphelins, victimes de la guerre civile qui a ravagé le pays entre 1992 et 1996, et du conflit qui a ensuite opposé les talibans aux commandants de l’Alliance du Nord, selon une étude de la Commission indépendante afghane des droits de l’homme.
Ces enfants, qui représentent parfois le seul gagne-pain de la famille, sont devenus maîtres dans l’art de la débrouillardise. Se faufilant entre les voitures dans les rues engorgées, ils proposent aux automobilistes des journaux, des chewing-gums, des portraits du dernier leader communiste Najibullah, des cartes en russe, des dictionnaires anglais-dari...
Ils leur arrivent aussi de tendre simplement la main, comme le font les petites filles en loques, les femmes enveloppées dans une burqa sale et déchirée, les culs-de-jatte et autres estropiés de presque trente ans de guerre.
Mohammad Aman mise lui sur les superstitions des Afghans pour gagner un peu d’argent. Il propose aux gens de « chasser les mauvais esprits » avec une fumée noire « magique » qui s’élève d’une petite canette qu’il transporte comme un talisman. « Mon père a été tué en combattant les talibans », dit le garçon de 11 ans, qui assure gagner 4 dollars par jour, juste assez pour acheter de quoi manger.
Nazar Mohammad, de l’ONG Ashiana, estime que le problème des enfants des rues a été trop longtemps négligé par les autorités. « Le gouvernement ne fait pas grand-chose », déplore-t-il.
Pour Aleem Siddique, porte-parole de la mission de l’ONU à Kaboul, « l’argent n’est pas le seul remède à ce problème. » « Nous avons besoin du soutien des parents qui refusent d’envoyer leurs enfants à l’école pour des raisons financières ou culturelles », dit-il.
En dépit d’une hausse par cinq du taux de scolarisation depuis la chute du régime intégriste des talibans fin 2001, sept millions d’enfants, sur un total de douze millions, ne sont toujours pas scolarisés, selon un récent rapport de l’ONG Oxfam.
Des enfants qui, comme le petit Shakir, cherchent toutes les combines pour gagner un peu d’argent. S’arrêtant devant les œufs cassés de Shakir, un passant tend une barre de chocolat au garçon et dit en souriant tristement : « Il fait cela tous les jours. »
Sardar AHMAD (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le petit Shakir pleure devant ses œufs cassés sur un trottoir de Kaboul. « Je viens de perdre 50 afghanis (un dollar), ma mère va me tuer », se lamente-t-il. Une scène qu’il répète chaque jour pour attirer la pitié des passants... et un peu d’argent.
Son grand frère n’est jamais très loin, prêt à prendre sa part du gain, à chasser les curieux étonnés de voir jour après jour ce garçon casser ses œufs, ou les autres petits mendiants qui voudraient empiéter sur leur territoire.
Selon l’Unicef, entre 50 000 et 60 000 enfants arpentent les rues de la capitale afghane en quête d’un peu d’argent. Un phénomène qui croît au rythme de l’explosion démographique de Kaboul, une ville qui compte aujourd’hui environ quatre millions d’habitants contre un million dans les années 1990.
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