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Syrie Une transition économique aux effets indésirables

La foule se presse devant les vitrines à la mode, les panneaux publicitaires fleurissent, Internet et le téléphone portable explosent : la transition d’une économie dirigiste vers une économie « sociale de marché » a bouleversé la vie des Syriens, au risque d’accentuer les inégalités. « La libéralisation de l’économie a permis une véritable révolution vestimentaire. Même si le niveau de vie laisse à désirer et les vêtements griffés demeurent le privilège des riches, le label “Made in Syria” produit des vêtements à la mode à des prix abordables », explique Salem Seif, commerçant dans le prêt-à-porter. En 2005, au congrès du parti Baas au pouvoir, la Syrie s’est engagée dans un processus de libéralisation économique pour « attirer les investissements, relancer la croissance et créer des emplois ». Dans le quartier chic d’Abou Roummaneh, à Damas, la foule se masse devant les vitrines, sous le charme de la mode occidentale. Dans les rues, les panneaux publicitaires remplacent peu à peu les gigantesques portraits présidentiels. Les vieilles voitures des années 1960 et 1970, rafistolées par des génies de la ferraille, cèdent la place aux voitures neuves, allemandes pour les plus riches. La révolution des technologies de l’information a bouleversé les mentalités. « Il y a douze ans, tout ce qui ressemblait à une liaison téléphonique était étroitement surveillé », rappelle Mazen, un distributeur de téléphone portable. Avoir un fax était passible d’une peine de prison, Internet était inexistant et la télévision locale n’émettait que sur deux chaînes. Aujourd’hui, selon les statistiques officielles, près de 65 % des foyers syriens possèdent une antenne parabolique, contre 18 % en 2000. Les cybercafés prospèrent. Plus d’un million d’internautes (sur 19 millions d’habitants) ont été recensés par la Syrian Telecommunication Establishment (STE) et 4,2 millions de Syriens étaient abonnés au cellulaire fin 2006. Selon les chiffres officiels, les réformes ont permis de porter la croissance à 5,4 % en 2006 et d’abaisser le taux de chômage à 8,3 %, alors que des experts indépendants l’estiment à 20 %. Mais des analystes contestent les résultats d’une transition qui, selon eux, accentue les inégalités. « L’État sera-t-il en mesure de garantir la justice sociale au sein d’une économie de marché ? A-t-il les ressources financières nécessaires pour réaliser ce double objectif ? » s’interroge l’économiste Nabil Sukkar. Selon un rapport de l’ONU, la pauvreté touche 30 % de la population et 11 % des Syriens vivent sous le seuil de pauvreté. « Le centre de décision économique est désormais aux mains d’une classe politico-mercantile proche du pouvoir, qui a bénéficié des réformes », souligne l’écrivain Yassine Hajj Saleh. « Le libéralisme se traduit par la dégradation des services de base, notamment la santé, l’éducation, l’habitat et le transport, alors que se développe parallèlement un secteur privé, très coûteux et réservé aux classes nanties », ajoute Hajj Saleh. Signe révélateur de cette évolution à double vitesse, le développement de bidonvilles en périphérie de Damas, parallèlement à l’apparition de quartiers de luxe dans les banlieues. « La corruption, l’absence de rentabilité et la mauvaise gestion ont transformé le secteur public en terrain pillé par une classe » influente, estime l’hebdomadaire syrien privé Bourses et marchés, dans son édition du 17 juin. Le journal évalue à 1,7 milliard de dollars le déficit de ce secteur. « La privatisation est désormais inéluctable », souligne l’hebdomadaire qui s’en prend au « désengagement social de l’État ». « Près de 800 000 fonctionnaires sont syndiqués contre 1,5 million il y a dix ans, alors que la Syrie compte désormais 3,5 millions d’employés du secteur privé (...) laissés pour compte », ajoute le journal.

La foule se presse devant les vitrines à la mode, les panneaux publicitaires fleurissent, Internet et le téléphone portable explosent : la transition d’une économie dirigiste vers une économie « sociale de marché » a bouleversé la vie des Syriens, au risque d’accentuer les inégalités.
« La libéralisation de l’économie a permis une véritable révolution vestimentaire. Même si le niveau de vie laisse à désirer et les vêtements griffés demeurent le privilège des riches, le label “Made in Syria” produit des vêtements à la mode à des prix abordables », explique Salem Seif, commerçant dans le prêt-à-porter.
En 2005, au congrès du parti Baas au pouvoir, la Syrie s’est engagée dans un processus de libéralisation économique pour « attirer les investissements, relancer la croissance et créer des...