Si le grand diplomate et homme d’État brésilien Ruy Barbosa vivait aujourd’hui, aurait-il encore affirmé que « la pire des démocraties est de loin préférable à la meilleure des dictatures » ?
Il est très probable que beaucoup d’Irakiens ne partageraient pas son avis. Entre la dictature de Saddam Hussein et la « liberté » importée par les Américains avec tout son cortège de guerre civile et communautaire, de terrorisme et d’instabilité, le choix de milliers de pères et de mères de famille irait sûrement vers la stabilité d’antan, par opposition au chaos présent.
De leur côté, les Palestiniens subissent aujourd’hui les effets des dernières élections démocratiques qui ont vu la victoire du mouvement islamiste radical Hamas. Chaos sécuritaire à Gaza, punition collective de la part de la communauté internationale, fragmentation et division jamais vue des Territoires. Tel est le lot quotidien d’un peuple qui découvre les « bienfaits » d’une démocratie naissante.
Leurs voisins libanais, eux, connaissent une démocratie boiteuse depuis bien longtemps. Une situation qui a pesé lourd sur le cours de l’histoire de ce petit pays qui n’en finit pas de subir les affres des conflits et des guerres sur son territoire depuis son indépendance.
L’invasion de l’Afghanistan par les forces internationales n’a par ailleurs apporté ni paix, ni stabilité, ni prospérité à ce pays longtemps soumis aux exactions monstrueuses des talibans.
Même la Russie. Après la volupté des premières années postcommunistes de l’ère Eltsine, qui ont vu la désintégration de la puissante machine étatique de l’ex-Union soviétique et la prolifération des mafias locales, les Russes semblent renouer avec une vieille tradition d’autoritarisme. Comme si ce pays ne peut être gouverné que par la tyrannie, qu’elle soit tsariste, communiste ou autre.
Changement de décor. De Téhéran au Caire, en passant par Damas, le temps paraît ne pas affecter certains régimes autoritaires et totalitaires. La famille Assad règne sans partage en Syrie depuis plus de trois décennies, mettant un terme à la série de coups d’État qui ont longtemps agité un pays où la durée de vie moyenne d’un gouvernement ne dépassait pas six mois. Hosni Moubarak fête déjà un quart de siècle aux commandes d’une nation de plus de 70 millions d’habitants, alors que Mouammar Kadhafi savoure un pouvoir « issu du peuple » depuis plus de trente ans. D’une dictature, sous le chah, à une théocratie, sous les mollahs, l’Iran ne semble pouvoir s’affirmer, contre vents et marées, comme puissance régionale que sous l’empire d’un régime de fer. Sans oublier évidemment les monarchies pétrolières du Golfe, qui prospèrent et s’épanouissent sous l’égide de dirigeants « visionnaires » qui n’ont besoin d’aucune élection démocratique pour légitimer leur pouvoir.
Beaucoup d’analystes et de chercheurs occidentaux réfutent catégoriquement le fait culturel dans l’édification d’une démocratie ou plutôt dans son absence, justifiant la prolifération des dictatures dans certaines régions du monde par un simple concours de circonstances.
Il est toutefois évident que le parachutage d’un système politique démocratique complètement étranger aux us et coutumes locales ne favorise en aucun cas l’émergence d’une société démocratique à l’image du monde occidental. L’imposition ou l’importation des valeurs occidentales semble, au contraire, déstabiliser des populations en mal de points de repère, exacerbant encore plus les conflits et les tensions identitaires.
Il suffirait de rappeler à ceux qui continuent de vouloir jouer les apprentis sorciers le fameux constat de Montesquieu : « La liberté même a paru insupportable à des peuples qui n’étaient pas accoutumés à en jouir. C’est ainsi qu’un air pur est quelquefois nuisible à ceux qui ont vécu dans les pays marécageux. »
Antoine AJOURY
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Il est très probable que beaucoup d’Irakiens ne partageraient pas son avis. Entre la dictature de Saddam Hussein et la « liberté » importée par les Américains avec tout son cortège de guerre civile et communautaire, de terrorisme et d’instabilité, le choix de milliers de pères et de mères de famille irait sûrement vers la stabilité d’antan, par opposition au chaos présent.
De leur côté, les Palestiniens subissent aujourd’hui les effets des dernières élections démocratiques qui ont vu la victoire du mouvement islamiste radical Hamas. Chaos sécuritaire à Gaza, punition collective de la part de la communauté...