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Actualités - Opinion

ÉCLAIRAGE La mission Cousseran revue à la baisse ? Scarlett HADDAD

Depuis le tragique assassinat du député Walid Eido, de son fils et des autres personnes décédées au cours de l’attentat, les cartes semblent de nouveau totalement mélangées au Liban, et le ciel, après avoir laissé vaguement apparaître quelques éclaircies, est de nouveau alourdi de nuages noirs. Si, officiellement, la France n’a annoncé aucune suspension ni aucun report de la mission de conciliation entreprise par Jean-Claude Cousseran, émissaire du ministre des AE Bernard Kouchner, dans les coulisses diplomatiques, beaucoup de questions sont posées sur l’issue de cette mission. En principe, la réunion est toujours prévue le 29 juin, mais de moins en moins de parties libanaises semblent croire à sa tenue ou encore à ses chances de succès. Selon un ancien ministre libanais qui a bien connu M. Jean-Claude Cousseran, il s’agirait en fait d’une démarche qui se situe à mi-chemin entre la médiation véritable et la mission de collecte d’informations. Grand connaisseur de la région et diplomate chevronné (il a été en poste au Liban, en Syrie, en Iran, en Égypte, entre autres pays de la région), M. Cousseran aurait donc voulu, en rencontrant la plupart des protagonistes libanais, tenter d’initier un dialogue entre eux pour préparer le terrain à d’éventuels compromis le moment venu. À ses interlocuteurs libanais, M. Cousseran se serait donc bien gardé de dire que cette réunion pourrait déboucher sur une solution à l’impasse actuelle. Bien plus, son projet aurait, selon certains de ses interlocuteurs, manqué de précision. Mais l’objectif de la France aurait été tout d’abord de combler une période de vide politique, et d’essayer d’éviter une cassure entre la majorité et l’opposition à la veille de l’élection présidentielle. Dès le départ, les Français auraient d’ailleurs évité d’évoquer un projet très ambitieux, même si le nouveau président de la République Nicolas Sarkozy n’aurait pas été mécontent d’enregistrer un premier succès en politique étrangère. Il aurait donc donné sa bénédiction à l’initiative de M. Kouchner considérée, toujours selon l’ancien ministre libanais, comme une sorte de ballon d’essai et comme une façon de tâter le terrain. Le choix de M. Cousseran était en soi un message sur la volonté de modifier l’approche de la France à l’égard du dossier libanais, une approche qui ne changerait pas sur le fond, ni sur l’appui à la souveraineté et à l’indépendance du Liban. La différence porterait plutôt sur la forme et sur la volonté de dialoguer ouvertement avec toutes les parties. L’ancien ministre libanais précise que M. Sarkozy aurait une grande priorité : la sécurité de son pays, et en sa qualité d’ancien ministre de l’Intérieur, qui a d’ailleurs marqué ce ministère, il serait enclin à penser que la stabilité de la France serait renforcée si la région du Moyen-Orient était calme. S’il pouvait, en plus, grâce à l’idée de son ministre des AE, ouvrir une brèche dans le mur du blocage libanais, ce ne serait pas non plus de refus. Méfiance C’est donc un peu dans cet état d’esprit que M. Cousseran aurait entamé ses contacts avec les différentes parties libanaises. Mais selon l’ancien ministre, qui a suivi de près ses entretiens aussi bien avec les représentants de la majorité qu’avec ceux de l’opposition, seul le général Michel Aoun aurait déclaré son appui total à cette initiative. Les positions des autres parties auraient oscillé entre l’accueil tiède, une certaine méfiance et le souhait de ne pas être accusé d’être responsable de son échec. À travers ses entretiens, M. Cousseran aurait quand même réussi à obtenir un accord de principe de toutes les parties sollicitées pour participer au dialogue en France. Toutefois, il était déjà entendu que le dialogue ne se ferait pas au niveau des leaders, mais par le biais de personnalités de second rang. Cependant, cela n’avait pas découragé M. Cousseran, qui avait choisi de poursuivre ses contacts hors du Liban pour donner encore plus de chances de succès à son projet. Il avait ainsi rencontré le ministre saoudien des AE, l’émir Saoud el- Fayçal, au Maroc et il devait aussi se rendre à Damas au cours du week-end dernier. Mais les critiques ont commencé à pleuvoir sur sa mission, et des quotidiens israéliens ont même vivement attaqué la France, l’accusant « d’inviter le Hezbollah à Paris ». Le diplomate a donc reporté sa visite à Damas et va se rendre plutôt à Washington pour tenter d’obtenir l’aval de l’Administration américaine à son projet de réunir les protagonistes libanais en France. Tension Entre-temps, en raison de l’assassinat de Walid Eido et de ses compagnons, et des complications qui l’ont suivi, la tension est montée d’un cran au Liban, rendant encore plus aléatoire la réunion de dialogue interlibanais en France. À moins qu’elle ne la rende encore plus urgente, voire indispensable, estiment certaines parties au sein de l’opposition... En tout cas, cette réunion, si elle a lieu, devrait désormais regrouper désormais des intellectuels, des penseurs proches des protagonistes libanais, non des acteurs directs. Son objectif déclaré est d’assurer une reprise de contact entre les parties libanaises qui ne se parlent plus entre elles que par médias interposés et qui campent sur leurs positions. Un peu dans le genre du processus de dialogue qui se déroule discrètement et par intermittence en Suisse, et qui étudie les dossiers délicats en essayant de leur trouver des solutions à long terme. Les Suisses, par le biais de la mission de l’envoyé spécial de la présidence de la Confédération, souhaitent aussi lancer un autre processus, qui consisterait à réunir les leaders de la majorité et de l’opposition sur les rives du lac Léman, dans une sorte de réédition des conférences de Lausanne et de Genève dans les années 80... Beaucoup de projets et de bonne volonté, donc, mais pas encore de concrétisation, et, dans le court terme, le tableau demeure plutôt noir...
Depuis le tragique assassinat du député Walid Eido, de son fils et des autres personnes décédées au cours de l’attentat, les cartes semblent de nouveau totalement mélangées au Liban, et le ciel, après avoir laissé vaguement apparaître quelques éclaircies, est de nouveau alourdi de nuages noirs. Si, officiellement, la France n’a annoncé aucune suspension ni aucun report de la mission de conciliation entreprise par Jean-Claude Cousseran, émissaire du ministre des AE Bernard Kouchner, dans les coulisses diplomatiques, beaucoup de questions sont posées sur l’issue de cette mission. En principe, la réunion est toujours prévue le 29 juin, mais de moins en moins de parties libanaises semblent croire à sa tenue ou encore à ses chances de succès.
Selon un ancien ministre libanais qui a bien connu M. Jean-Claude...