Une nouvelle génération de combattants islamistes antioccidentaux, plus aguerris en Irak que leurs aînés vétérans du jihad antisoviétique en Afghanistan, est à l’oeuvre au Moyen-Orient et menace de porter la « guerre sainte » au-delà, préviennent experts et analystes. La présence de volontaires saoudiens, jordaniens ou yéménites dans le camp palestinien de Nahr al-Bared assiégé depuis un mois par l’armée libanaise, les arrestations récentes en Jordanie ou en Arabie saoudite de comploteurs jihadistes venus d’Irak illustrent ce phénomène, qui va s’amplifier, assurent-ils.
Marwan Shehadeh, spécialiste des mouvements radicaux au sein du Vision Research Institute de Amman, lié aux milieux islamistes en Jordanie, estime que « la résistance irakienne n’a plus besoin de main-d’œuvre à l’intérieur : ils en ont plus que de besoin. Cela libère des étrangers qui les ont rejoints pour aller combattre ailleurs ». « Ils sont en contact les uns avec les autres parce que l’idéologie salafiste s’est répandue dans les pays arabes et islamistes », ajoute-t-il. « Ils sont bien entraînés et prêts à entamer une guerre globale contre leurs ennemis. Pas seulement les États-Unis et Israël, mais aussi les régimes arabes soutenus par l’Occident. »
Un diplomate occidental, qui demande à rester anonyme, dit : « Je ne vois pas ce qui pourrait nous préserver d’une contagion. Les métastases jihadistes sont déjà apparues dans la région. Les choses sont bien avancées. C’est la grande angoisse de la Jordanie. » En août 2005 déjà, un Jordanien venu d’Irak avait été arrêté pour avoir tiré plusieurs roquettes sur des navires de l’US Navy, sans les atteindre, dans le port d’Aqaba, au sud de la Jordanie. Quatre mois plus tard, un commando suicide arrivé d’Irak s’est fait exploser dans trois grands hôtels de Amman, tuant 60 personnes. Et en juin 2006, un attentat en préparation, par des volontaires passés eux aussi par l’Irak, a été déjoué : il visait à envoyer un kamikaze bardé d’explosifs dans l’aéroport de la capitale jordanienne.
Pour Mohammad al-Masri, chercheur au Centre d’études stratégiques de Amman, « la route de Bagdad était en sens unique : elle est devenue une autoroute à double sens : il y a encore des gens qui rentrent pour rejoindre la résistance, mais il y a aussi des gens qui sortent. L’Irak exporte des terroristes ». L’intensité des combats, le considérable stock d’armes et d’explosifs disponibles, la sophistication des engins piégés employés par les forces antiaméricaines font de l’Irak un remarquable terrain d’entraînement, soulignent les experts. Dans un rapport remis en avril au gouvernement américain, Dennis Pluchinsky, ancien spécialiste du renseignement au Département d’État, estimait que les vétérans d’Irak sont plus dangereux, parce que mieux formés, que leurs aînés d’Afghanistan. « Il y a des parallèles opérationnels entre l’activités terroriste en milieu urbain en Irak et les environnements urbains d’Europe et des États-Unis », a-t-il écrit. « Une expérience terroriste plus précieuse, acquise en Irak, est plus facilement transférable d’Irak en Europe qu’elle ne l’a été d’Afghanistan en Europe. »
Dans les camps d’el-Qaëda en Afghanistan, les volontaires faisaient de la théorie, du sport, un peu de pratique et ne voyaient quasiment jamais de vrais combats, ont raconté ceux qui y sont passés. En Irak, s’il survit, un jihadiste aura acquis une expérience incomparable face à la meilleure armée du monde, ajoutent les experts. « Si l’Afghanistan était une boîte de Pandore qui a, quand elle a été ouverte, créé des problèmes dans de nombreux pays, l’Irak est une boîte bien plus grande », conclut Mohammad al-Masri, « avec un contenu beaucoup plus dangereux ».
Michel MOUTOT (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Une nouvelle génération de combattants islamistes antioccidentaux, plus aguerris en Irak que leurs aînés vétérans du jihad antisoviétique en Afghanistan, est à l’oeuvre au Moyen-Orient et menace de porter la « guerre sainte » au-delà, préviennent experts et analystes. La présence de volontaires saoudiens, jordaniens ou yéménites dans le camp palestinien de Nahr al-Bared assiégé depuis un mois par l’armée libanaise, les arrestations récentes en Jordanie ou en Arabie saoudite de comploteurs jihadistes venus d’Irak illustrent ce phénomène, qui va s’amplifier, assurent-ils.
Marwan Shehadeh, spécialiste des mouvements radicaux au sein du Vision Research Institute de Amman, lié aux milieux islamistes en Jordanie, estime que « la résistance irakienne n’a plus besoin de main-d’œuvre à l’intérieur :...