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Actualités - Opinion

LE POINT Palestine-bis Christian MERVILLE

Près de six décennies durant, les Palestiniens ont caressé le rêve d’un gouvernement qui présiderait à leur destinée et les représenterait dans les capitales du monde. Depuis la semaine dernière, ils en ont deux. Et pendant que l’on y est, deux États aussi, si faibles qu’en comparaison, la République de San Marino ferait presque figure de superpuissance. Plus grave encore : à y regarder de près, ceux que l’adversité n’avait pu séparer constituent désormais deux groupes ennemis, voués à se haïr au point de recourir à une violence que les Israéliens mêmes réprouveraient, échangeant sur la place publique insultes et menaces aussitôt mises à exécution – ce dernier mot devant ici être pris dans son sens littéral. Pendant des mois, les frères ennemis avaient réussi vaille que vaille à entretenir l’image d’une façade unie, sans lézardes apparentes. Les scènes incroyables dont Gaza vient d’être le théâtre ont mis fin à cette illusion. Il se trouve déjà certains pour s’en réjouir, convaincus que le problème est désormais posé de manière claire, sinon que la solution en est plus aisée. L’horizon, lourd de noirs nuages depuis des mois, s’est éclairci comme par enchantement en ce début de semaine. C’est tout juste si Ehud Olmert n’a pas reconnu le gouvernement de Salam Fayyad avant sa formation tandis que ses ministres faisaient assaut d’amabilités à son égard. Réunis à Luxembourg, des ministres européens des Affaires étrangères se sont dépêchés de lui promettre leur soutien politique et financier. Il n’est jusqu’à Berne, capitale de la neutralité, qui n’ait encouragé Mahmoud Abbas à poursuivre ses efforts en vue d’un règlement pacifique de la crise. Quant au soutien des États-Unis à l’Autorité palestinienne, point n’est besoin de noter qu’il lui est déjà acquis, de même que leur aide. Autant de prises de position qui, loin de hâter une solution, ne font que compliquer les choses. S’il est évident que certains pays arabes paraissent tout heureux de voir se créer cet abcès de fixation, à des années-lumière (s’imaginent-ils) de leurs frontières ; si le reste du monde croit pouvoir pousser un grand soupir de soulagement en voyant s’estomper l’ombre menaçante du terrorisme, il reste que le chaudron est appelé à bouillonner longtemps encore. Un homme avait vu venir la catastrophe. Son nom : Alvaro de Soto, dont les conclusions sont contenues dans un rapport confidentiel de 52 pages adressé il y a un mois à ses supérieurs à l’ONU. Coordinateur spécial pour le Moyen-Orient, représentant personnel du secrétaire général, ce Péruvien avait vainement tenté, tout au long de vingt-quatre mois, de trouver une issue au conflit israélo-palestinien, une tâche qui avait fini par rebuter l’inusable Terjé Roed-Larsen. Sa conviction est que tout est né de la poursuite par l’État hébreu de la construction du « mur de la honte » et des points de peuplement, dans le même temps que s’accéléraient les efforts israélo-US en vue d’isoler le Hamas. Selon lui, des responsables américains ont tout fait pour que se produise la confrontation à laquelle on vient d’assister, allant jusqu’à pousser Abou Mazen à dissoudre le cabinet Haniyeh. L’intérêt tant de Washington que de Tel-Aviv est d’isoler l’enclave de Gaza de la Cisjordanie où Tsahal demeure présente, ce qui accroît le risque de confrontation. Dans le même temps, une telle coupure forcerait les islamistes à prendre en charge les territoires qu’ils contrôlent, du coup éloignant le spectre d’un État réunifié et surtout la perspective d’une reprise des pourparlers avec Abbas. Comment en effet, soutenait il y a peu Tzipi Livni, négocier avec un dirigeant qui ne représente pas l’ensemble de sa population ? À cette division s’en ajoute une autre, plus grave encore. Le Mouvement de la résistance islamique ne forme pas un bloc monolithique. Comme à l’époque de la guerre d’Algérie, il y a les hommes « de l’intérieur », qui se battent contre l’ennemi, et il y a les dirigeants, qui se trouvent à l’étranger, plus précisément à Damas. Ce n’est plus un secret que c’est l’échec de la rencontre entre Khlaled Mechaal et le président de l’Autorité, le 21 janvier dernier dans la capitale syrienne, qui a débouché sur les événements dont la scène palestinienne vient d’être le théâtre. Hâtés par l’asphyxie financière décrétée par la communauté internationale dès le lendemain de la formation du gouvernement. L’échappatoire consistait alors à former un « contre-ministère », dirigé par une personnalité proche de l’Occident et au pragmatisme avéré. Sur le papier, la stratégie a pu sembler idéale ; on comprend qu’elle en ait séduit plus d’un. Reste, si l’on veut tenir compte de la théorie jadis mise au point par William Strauss et Neil Howe, que les hommes politiques sont toujours impuissants à imprimer leur marque à l’événement. Aujourd’hui comme hier au Vietnam ; et en Palestine plus qu’ailleurs.
Près de six décennies durant, les Palestiniens ont caressé le rêve d’un gouvernement qui présiderait à leur destinée et les représenterait dans les capitales du monde. Depuis la semaine dernière, ils en ont deux. Et pendant que l’on y est, deux États aussi, si faibles qu’en comparaison, la République de San Marino ferait presque figure de superpuissance. Plus grave encore : à y regarder de près, ceux que l’adversité n’avait pu séparer constituent désormais deux groupes ennemis, voués à se haïr au point de recourir à une violence que les Israéliens mêmes réprouveraient, échangeant sur la place publique insultes et menaces aussitôt mises à exécution – ce dernier mot devant ici être pris dans son sens littéral. Pendant des mois, les frères ennemis avaient réussi vaille que vaille à entretenir...