En ces heures si graves, si dangereuses, cet ancien parlementaire de haut rang se tourne vers la pensée fondatrice, tissée d’observations profondes, de Michel Chiha. Et il en cite ces extraits :
– Du Parlement : « La Chambre des députés n’est pas, chez nous, fille d’une conception démocratique de la vie nationale. Avant que d’être l’expression de la démocratie, la Chambre est, chez nous, un point de rencontre nécessaire entre les communautés unifiées en cette patrie. Elle est le visage officiel d’une volonté de vie en commun, mais aussi d’une volonté de pouvoir partagé. Le Parlement est une condition d’équilibre et de coordination. Son épanouissement multiplie les chances d’une coexistence pacifique, dans le bonheur et la liberté. »
Il va sans dire qu’aussi clairvoyant qu’il fût, Chiha n’aurait jamais imaginé que ce Parlement, qui avait survécu à la guerre intestine des quinze ans, verrait un jour ses portes closes…
– De la démocratie à la libanaise : Chiha y voit une part de fédéralisme. Pour enchaîner : « Voir les Libanais s’entendre tous brusquement, cela ne peut être qu’un rêve…Surtout lorsque chaque communauté vit balance en main, posant sur la tare un ministre en face du ministre d’autrui, un planton de même. Si le contrat de coexistence est rompu, la tolérance suspendue, si la représentativité est affaiblie dans une décadence des Assemblées, le pouvoir perd sa légitimité. Les rênes lui échappent. Ce sont alors les forces non régulières qui ordonnancent l’État et le guident. Ce que les institutions politiques cèdent, c’est la rue qui s’en saisit. La Chambre des députés doit donc être le lieu où les communautés se rencontrent, même si c’est pour se combattre, plutôt que la rue, à l’ombre de l’église et de la mosquée !… »
– Du régime : « Le Liban est un pays auquel ne convient pas la domination d’une seule tête, ni le cortège des putschs. C’est un pays que son patrimoine doit préserver des adeptes de la force brute. Chaque secousse qui le frappe altère, à tel ou tel degré, ce que le temps même lui offre. Le Liban est le pays des minorités participatives. Il ne peut résister durablement, sur le plan politique, sans un Parlement qui soit un lieu de rencontre et d’unification des communautés, pour y superviser en commun la vie nationale. Lorsque nous abolissons le Parlement, nous transposons forcément le débat dans les chaires (de lieux de culte), et dans la projection de leur ombre. Pendant la période d’une telle abolition, nous retardons, tout aussi forcément, l’évolution de la conscience civique. De plus, lorsque nous sommes sans Parlement, nous n’avons rien entre les mains pour affronter la pression extérieure quand elle dépasse son taux de force habituel. Le Liban est un pays de franges sociales diverses, un environnement de divergences oscillant entre flux et reflux maximalisés. C’est un pays cerné d’appétences, où bouillonnent les appels des fusionnistes, tout comme il est sous la menace d’agressions variées de la part de ceux qui recherchent une Terre promise. »
Cela étant, le Liban n’a été en bonne santé politique que dans les périodes où s’y appliquait cette règle élémentaire de démocratie qui partage la vie politique entre une majorité qui gouverne et une minorité qui s’oppose… Règle foulée aux pieds sous la tutelle syrienne et que l’on continue à vouloir ignorer. Cependant, l’urgence commande et elle a pour nom, aujourd’hui, sécurité. C’est pourquoi, estiment des sages, il faut un gouvernement de salut public n’ayant pas d’autre mission principale. La stabilisation pavant la voie à la présidentielle, vue comme entrée... pour une sortie de crise.
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– Du Parlement : « La Chambre des députés n’est pas, chez nous, fille d’une conception démocratique de la vie nationale. Avant que d’être l’expression de la démocratie, la Chambre est, chez nous, un point de rencontre nécessaire entre les communautés unifiées en cette patrie. Elle est le visage officiel d’une volonté de vie en commun, mais aussi d’une volonté de pouvoir partagé. Le Parlement est une condition d’équilibre et de coordination. Son épanouissement multiplie les chances d’une coexistence pacifique, dans le bonheur et la liberté. »
Il va sans dire qu’aussi clairvoyant qu’il fût, Chiha...