Loyaliste bon teint, ce parlementaire n’en garde pas moins d’étroites relations avec le président Nabih Berry. Ce qui l’autorise à subodorer que le durcissement affiché par le chef du mouvement Amal découle de sa conviction que les efforts en vue d’un cabinet d’union sont voués à l’échec. Pour la simple et bonne raison que les conditions posées par les deux camps en présence, résolument inconciliables, annulent le processus de règlement.
Tant qu’à y faire, M. Berry relève donc le plafond de ses propres récriminations, en s’en prenant avec virulence à la majorité. Pour soutenir qu’elle ne sait pas ce qu’elle veut vraiment, ni où elle va, ses capitaines affichant, selon lui, des caps différents. L’on entend même ce pilier de l’opposition appeler de ses vœux une unification des positions du camp adverse. Étrange son de cloche, s’il en est. Et dont les majoritaires s’offusquent d’autant que, la main sur le cœur, ils jurent en chœur qu’ils n’ont jamais été plus unis.
Ripostant à M. Berry, ils remarquent qu’il se garde d’évoquer ce barrage drastique d’exigences dressé, sur ordre, par la contestation prosyrienne. M. Berry, disent-ils, fait de la surenchère pour promouvoir ses positions au sein du camp opposant. Du même coup, à les en croire, il tente de justifier sa passivité concernant son rôle naturel, en tant que président de la Chambre, de médiateur-conciliateur. Ou encore, un degré au-dessous, de se dérober devant le dialogue, en tant que chef d’Amal, alors même qu’il avait reçu procuration à ce propos même du Hezbollah. Ils lui reprochent surtout l’oubli de ses devoirs les plus élémentaires à l’égard du soutien à l’armée. Dans ce sens qu’il aurait dû impérativement, selon les loyalistes, réunir la Chambre pour qu’elle débatte des graves événements en cours. Et qu’elle assure, par une proclamation vigoureuse, une pleine couverture politique, nationale, à la troupe qui se bat pour le pays. En affirmant haut et clair que l’armée est la seule et unique ligne rouge.
Rejet
D’une manière plus générale, les loyalistes fustigent le rejet systématique par l’opposition de toute ouverture, de toute négociation. Plus exactement, son obstination à poser comme condition préliminaire sine qua non l’acceptation par la majorité de la mise en place d’un cabinet dit d’union, avec tiers de blocage à la clé.
Ainsi à la main tendue par M. Saad Hariri, à la suite de la 1757, Hassan Nasrallah a répondu par un niet catégorique. En fait, selon les informations parvenues à la majorité, il aurait tout simplement refusé d’accuser réception du message dans lequel le chef du Courant du futur l’invitait à une rencontre. Le leader du Hezbollah ne veut entendre parler d’aucun dialogue avec la majorité. Pour lui, il n’en est pas question tant que l’équipe Siniora n’aura pas démissionné.
Le Hezbollah laisse en outre filtrer, en direction des médias, une nouvelle exigence. Gommant la formule dite 19/11, il veut désormais un 17/13. Soit deux de plus pour l’opposition, et deux de moins pour la majorité. Il confirme qu’il s’oppose à ce que l’on adopte une nouvelle déclaration ministérielle. Sans craindre la contradiction, notent les loyalistes, dans la mesure où si le cabinet Siniora devait démissionner comme le Hezb l’exige, ce serait nécessairement pour être remplacé par un nouveau gouvernement. Qui, tout aussi nécessairement, devrait élaborer une nouvelle déclaration ministérielle. Prenant en compte, comme le demande la majorité, les développements survenus, les sept points, la 1701 et la 1757. Le Hezb rejette tout autant l’idée d’inclure la présidentielle, ou plutôt l’engagement qu’elle se tienne dans les délais, dans un package deal sur une feuille de route à suivre. En d’autres termes, il ne veut pas promettre que l’élection aurait lieu quand bien même l’on ne se serait pas entendu sur un président de consensus. Il répète, au contraire, que sans cabinet d’union avec tiers de blocage il n’y aurait pas d’élection. Il soutient à fond les autres franges opposantes au sujet de la répartition des portefeuilles-clés, dont la Justice, où M. Charles Rizk serait remplacé. Enfin, le Hezb refuse de donner des garanties au sujet d’une non-démission de ses ministres en cas de rabibochage gouvernemental.
Réplique
Les majoritaires, pour leur part, insistent sur deux points préalables. D’abord, la nécessité de retrouvailles pour discuter et négocier. Ensuite, un accord sur un programme commun, pour tout cabinet à venir, le prochain et le suivant. Afin que le pays sache où il va, que les institutions soient réactivées et que la cohésion du pouvoir soit bien assurée. Ce qui implique une refonte de la déclaration ministérielle, devenue largement caduque. Pour les loyalistes, il faudrait se limiter à l’élargissement du présent gouvernement dont M. Siniora resterait évidemment le chef.
Côté programme politique, l’opposition a refusé d’étudier les propositions de la majorité, qui a offert de les discuter après la promulgation de la 1757. Appelant le camp adverse à un compromis historique, les loyalistes articulaient leur projet de package deal politique sur les sept points, les résolutions du comité national de dialogue, la 1701 et les recommandations de Paris III concernant un plan de réformes.
Les majoritaires pensent que le Hezbollah recherche le maintien du statu quo. En sachant que cela risque de déboucher sur de graves complications, dont la présence de deux gouvernements et le vide institutionnel au niveau de la présidence de la République.
Affirmant détenir des informations sûres, les loyalistes soutiennent que Damas a prié le président Émile Lahoud d’entamer le mois prochain un processus visant à la constitution d’un nouveau gouvernement. Sur base que l’actuel, « illégitime », est « constitutionnellement inexistant ». Il reste à savoir comment M. Lahoud pourrait procéder. La Loi fondamentale ne lui donne pas de telles prérogatives. Et on ne voit pas trop comment il pourrait contourner les consultations parlementaires, impératives depuis Taëf.
Philippe ABI-AKL
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