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Actualités - Opinion

LE POINT Bipartisme bleu-rose Christian MERVILLE

Pour peu que le second tour tienne les promesses du premier, ce n’est pas une vague, mais un tsunami bleu qui a commencé à déferler sur la France, six semaines après une présidentielle ayant déjà pris une teinte résolument azur. Que l’on s’en réjouisse ou, au contraire, que l’on s’en inquiète – ainsi qu’a entrepris de le faire dès dimanche soir le Parti socialiste –, il reste que ce cher et vieux pays semble avoir résolument basculé dans un bipartisme que le général avait en vain appelé de tous ses vœux – « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 365 (258 selon une autre version) variétés de fromage ? » aurait-il lancé un jour –, enfin réalisés par les bons soins de son lointain successeur. On saura dimanche prochain si les instituts de sondage, dans leurs prévisions, n’ont pas été trop généreux pour l’UMP. Mais d’ores et déjà, il est certain que l’on s’achemine vers une majorité à la limite de l’hypertrophie, à laquelle il sera bien difficile aux pâles héritiers de François Mitterrand et à leurs alliés éventuels de faire contrepoids. Et ce n’est pas en s’enfonçant de plus en plus, au fil des heures, dans une complaisante (fatale peut-être) autocritique qu’ils pourront espérer ramener au bercail les jeunes brebis égarées par l’amateurisme d’une Ségolène Royal ou le masochisme de certains caciques qui, à l’image des moutons de Panurge, se bousculent pour se précipiter dans l’eau. Au sein d’une formation péniblement reconstituée lors du congrès d’Épinay du 13 juin 1971, le combat des chefs, depuis des mois annoncé, n’est pas pour les lendemains électoraux qui déchantent, il est déjà là. Son écartèlement entre virage à gauche, prôné par Laurent Fabius, et voie sociale-démocrate, voulue par Dominique Strauss-Kahn, condamne le PS à ne plus être en mesure de sauver les meubles, du moins dans un proche avenir. Il lui impose par contre de hâter cette fameuse refondation dont on parle tant rue de Solferino et qui risque fort de ne pas voir le jour tant l’attention va se focaliser, après le 17 juin, sur l’après-Hollande et l’avant-ouverture sur… l’inconnu. Il sera possible d’ergoter longtemps – le ton a déjà été donné – sur les promesses faites et que l’on a par avance jugées impossibles à tenir, sur une hausse de la TVA, sur les franchises santé, les cotisations et les prélèvements sociaux. Il reste, aveuglante évidence, que les électeurs viennent d’exprimer leur refus de continuer à vivre des subsides versés par un État providence au bord de la faillite. C’est dire si l’invitation de Nicolas Sarkozy à « travailler davantage pour gagner plus » avait été entendue. Une indication de la tendance qui prévaut aujourd’hui ? Hier à l’examen de philo, le sujet proposé était le suivant : « Que gagne-t-on à travailler plus ? » En regard, un récent sondage vient de révéler que pour plus de la moitié des Français, le parti à la rose n’est plus adapté aux évolutions du monde quand, par ailleurs, ils sont près de 55 pour cent à se dire convaincus qu’il n’est pas au clair sur les raisons de sa défaite à la présidentielle. Ce qui n’empêche pas la présidente de Poitou-Charentes de « laisser un message » sur le portable de François Bayrou, dont les élus se compteront demain, avec quelque chance, sur les doigts d’une main. Dans l’espoir de bénéficier de ses voix dans une centaine de circonscriptions indécises, notamment une quarantaine d’entre elles où l’écart est inférieur à deux points. Rue La Boétie, au siège du parti majoritaire, on affiche une humilité de bon aloi, loin de tout triomphalisme. Alain Juppé va même jusqu’à se dire surpris par l’inquiétude de la partie adverse devant l’étendue de la victoire de la droite alors que vingt régions sur 22, la moitié des départements et nombre de grandes villes comme Paris et Lyon, sont actuellement à gauche sans que cela réveille des peurs irraisonnées à l’autre bout de l’échiquier politique. Bien sûr que la modestie sied aux vainqueurs, mais il y a, plus que cela, l’appréhension de voir la finale de dimanche prochain démentir, contre toute attente, les sondages ainsi que cela s’est produit parfois. Et aussi, bien que non avouée, la ferme détermination d’obtenir le maximum de sièges afin d’être en mesure de façonner le pays à l’image du projet sarkozyste. Sur ce point précis, le bilan préliminaire permet tous les espoirs. C’est que, déjà, un nombre record, cent dix candidats, a été élu ou réélu, dont 99 UMP, et seulement un socialiste ; en pourcentage, la droite recueille 45,5 pour cent des suffrages, contre 39 pour cent à l’ensemble de la gauche, qui réalise ainsi son plus mauvais score depuis 1993. Trop larges, décidément, ou trop usés, les habits de « Tonton ». Au fait, lui-même était-il socialiste ?
Pour peu que le second tour tienne les promesses du premier, ce n’est pas une vague, mais un tsunami bleu qui a commencé à déferler sur la France, six semaines après une présidentielle ayant déjà pris une teinte résolument azur. Que l’on s’en réjouisse ou, au contraire, que l’on s’en inquiète – ainsi qu’a entrepris de le faire dès dimanche soir le Parti socialiste –, il reste que ce cher et vieux pays semble avoir résolument basculé dans un bipartisme que le général avait en vain appelé de tous ses vœux – « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 365 (258 selon une autre version) variétés de fromage ? » aurait-il lancé un jour –, enfin réalisés par les bons soins de son lointain successeur.
On saura dimanche prochain si les instituts de sondage, dans leurs prévisions, n’ont pas...