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Actualités - Opinion

APHORISMES À l’aune de notre seule ombre

La joie qui se lisait, au soir de l’élection présidentielle française, sur le visage des principaux artisans de la victoire de Nicolas Sarkozy est compréhensible. L’immense fierté – pour ne pas dire l’extrême autosatisfaction – qui s’y lisait autant, l’est beaucoup moins. Voyant ces gens-là pavoiser en prenant la mesure du pouvoir que leur succès venait de leur conférer, j’ai eu à l’esprit le comportement, en pareilles circonstances, du Thébain Epaminondas. Plutarque nous rapporte en effet, qu’alors qu’il avait l’habitude de se montrer tout le temps soigné de sa personne et le visage serein, Epaminondas, au lendemain de sa grande victoire sur Sparte à la bataille de Leuctres en 371 avant notre ère, se présenta en public mal lavé et tout abattu. Ses amis s’inquiétant de savoir s’il lui était arrivé quelque malheur, « Aucun, leur répondit-il, mais hier, après la bataille, j’ai senti en moi plus de fierté qu’il ne convient et c’est pourquoi je rabats aujourd’hui l’excès de ma joie. » Les lendemains de victoire sont extrêmement périlleux. Car c’est dans ces moments-là que, nous identifiant totalement à notre victoire, nous présumons le plus de notre personne et de notre valeur. Recherchant alors les yeux flatteurs de nos admirateurs, nous nous y mirons volontiers et nous en venons naturellement à nous y voir immensément grandis. À ce propos, il ne serait pas inintéressant de rappeler ici la réponse qu’Archidamos, roi de Sparte, fit jadis à Philippe, roi de Macédoine, au lendemain de la défaite cinglante que les Macédoniens infligèrent aux Grecs à Chéronée, en 338 avant notre ère. Philippe, victorieux, ayant en effet écrit à Archidamos, vaincu, une lettre pleine de morgue, ce dernier lui répondit en ces termes : « Si tu mesurais ton ombre, Philippe, tu ne la trouverais pas plus grande aujourd’hui qu’avant ta victoire. » Percy KEMP

La joie qui se lisait, au soir de l’élection présidentielle française, sur le visage des principaux artisans de la victoire de Nicolas Sarkozy est compréhensible. L’immense fierté – pour ne pas dire l’extrême autosatisfaction – qui s’y lisait autant, l’est beaucoup moins. Voyant ces gens-là pavoiser en prenant la mesure du pouvoir que leur succès venait de leur conférer, j’ai eu à l’esprit le comportement, en pareilles circonstances, du Thébain Epaminondas.
Plutarque nous rapporte en effet, qu’alors qu’il avait l’habitude de se montrer tout le temps soigné de sa personne et le visage serein, Epaminondas, au lendemain de sa grande victoire sur Sparte à la bataille de Leuctres en 371 avant notre ère, se présenta en public mal lavé et tout abattu. Ses amis s’inquiétant de savoir s’il lui...