On parle beaucoup de la réforme administrative. Mais cette réforme, les citoyens n’en voient pas la couleur. Bien au contraire, on dirait que certaines administrations publiques s’ingénient à compliquer les formalités des citoyens, rien que pour les décourager un tantinet et les pousser à distribuer des pots-de-vin.
La mésaventure d’un dentiste est là pour le prouver. Une mésaventure qui pourrait être cocasse si elle ne mettait pas le doigt sur la complexité, sans raisons, de la formalité du renouvellement du permis de conduire et sur la cupidité de fonctionnaires véreux.
Ayant atteint l’âge canonique de 50 ans, notre dentiste se devait donc, conformément à la loi, de renouveler son permis de conduire. Formalité dont il a décidé de se charger personnellement, le plus rapidement possible, pour être en règle avec la loi.
Prenant son courage à deux mains, il s’est donc rendu au service de la mécanique, à Dékouané, pour prendre connaissance des documents à réunir. La formalité semblait simple. Notre dentiste devait fournir un rapport de bonne santé donné par son médecin traitant, rédigé sur un formulaire qu’il devait avoir retiré au préalable, de l’ordre des médecins, moyennant 20 000 LL. Il devait aussi photocopier son ancien permis de conduire, sa carte d’identité et sa carte de groupe sanguin, et fournir un extrait de son casier judiciaire.
« Fastoche », se dit notre dentiste qui est aussitôt rentré chez lui pour préparer son dossier.
Mais le jour J, les choses se passent de manière pour le moins inattendue.
Arrivé au service de la mécanique aux environs de 8 heures, quelle ne fut pas sa surprise de voir qu’un monde fou se pressait déjà aux différents guichets et bureaux. « Je ne savais même pas par où commencer », observe-t-il. C’est alors qu’un fonctionnaire vient comme par hasard à sa rencontre. Le fonctionnaire lui récite alors la liste des documents à fournir. « Mon dossier est complet », réplique le dentiste.
C’est alors que commence le parcours du combattant de notre citoyen. Le fonctionnaire lui demande de descendre à la cafétéria qui se trouve au rez-de-chaussée pour retirer un formulaire à remplir et acheter deux timbres, l’un de 10 000, l’autre de 1 000 LL. Le dentiste s’acquitte aussitôt de cette tâche, tout en précisant qu’il a obtenu une photocopie du formulaire moyennant 250 LL.
De retour chez le fonctionnaire, le dentiste se voit, à sa grande stupeur, énumérer une liste de 10 opérations à effectuer, pour compléter sa formalité : « Rendez-vous à la dernière pièce à gauche. Allez ensuite au guichet numéro 1. Puis chez M. Untel. Montez au dernier étage pour informatiser votre permis. Redescendez au guichet numéro 5. Puis à la caisse à côté. Retournez au guichet numéro 5. Revenez chez moi. Retirez ensuite votre permis de chez M. Untel. Et enfin, redescendez à la cafétéria pour plastifier votre permis. »
Interdit, n’ayant rien retenu des opérations à effectuer, notre dentiste a demandé au fonctionnaire de répéter ses propos, afin de noter par écrit les différentes étapes à parcourir.
« Je vais faire tout cela en un seul jour ? » demande-t-il avec lassitude.
« Oui, avec un peu de chance, répond le fonctionnaire. Mais je peux vous le faire en 10 minutes et pour 10 000 LL. »
Une aubaine pour ce dentiste qui se voyait déjà perdre sa journée dans les dédales de l’administration publique.
Le fonctionnaire fait alors le nécessaire. Tel un bolide et en l’espace de quelques minutes, il revient avec le nouveau permis de conduire de notre cinquantenaire de dentiste, sans même jeter un regard sur le groupe sanguin de ce dernier. « Je n’avais plus qu’à descendre de nouveau à la cafétéria pour plastifier mon permis, moyennant 1 000 LL », raconte le dentiste.
« Félicitations », dit alors le fonctionnaire, en lui remettant le permis. « Vous me devez maintenant 40 000 LL pour le permis et 10 000 LL pour mes services », sans compter le prix des timbres déjà acquis.
Soit, au total, 24 000 LL de plus que le tarif officiel de la formalité (26 000 LL à la caisse et 11 000 LL de timbres).
Carotté mais reconnaissant, notre dentiste n’en croyait pas ses yeux de s’en être sorti aussi rapidement, et à si bon compte !
Anne-Marie EL-HAGE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats