L’armée, garante des valeurs républicaines et laïques en Turquie, est l’institution la plus respectée du pays qui entend conserver une influence sur la vie politique.
À quatre reprises depuis 1960, les militaires turcs ont fait tomber le gouvernement, leur dernière intervention remontant à 1997. Les militaires avaient alors contraint à la démission le gouvernement islamiste de Necmettin Erbakan, mentor politique du Premier ministre actuel, Recep Tayyip Erdogan. Dix ans après, le rôle de cette institution dans le jeu politique turc est difficile à comprendre à l’étranger, surtout dans l’Union européenne à laquelle la Turquie souhaite adhérer. Bruxelles observe d’ailleurs avec attention la crise ouverte entre le gouvernement et l’armée, et le commissaire européen à l’Élargissement Olli Rehn a jugé samedi « important que l’armée laisse les prérogatives de la démocratie au gouvernement élu ».
Le dernier avertissement de l’armée au gouvernement islamo-conservateur s’inscrit dans le cadre des responsabilités qui lui sont conférées par les lois turques qui la définissent comme gardienne du « caractère laïc, démocratique et social » de l’État. En Turquie, l’état-major ne dépend pas du ministre de la Défense mais du Premier ministre, et l’armée turque est la seule du monde occidental à avoir gardé des prérogatives politiques très importantes jusqu’en 2003, date à laquelle le Parlement a réduit le rôle politique des militaires pour aligner le pays aux normes européennes.
Toutefois, encore aujourd’hui, au sein du Conseil national de sécurité (MGK), la hiérarchie militaire participe à la définition des grandes orientations de la diplomatie et des règles du jeu politique, même si elle n’y joue plus le rôle prépondérant qu’elle avait jusqu’en 2003. La Constitution turque actuellement en vigueur a été dictée par l’armée en 1982, deux ans après un coup d’État, et approuvée très largement par plébiscite en 1983.
Les principes kémalistes, du nom du fondateur de la Turquie laïque, Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938), constituent le fer de lance de l’idéologie enseignée dans les écoles militaires qui forment les officiers. Ils sont préparés comme des gardiens de la République dans le cadre d’un cursus qui ne comprend pas uniquement l’art de la guerre, mais aussi la danse et le code des bonnes manières.
Pour le citoyen turc ordinaire, l’armée, forte de 500 000 hommes, est synonyme de respectabilité, et servir sous les drapeaux, obligatoire pour tout homme à partir de 18 ans, est considéré comme un devoir « sacré ». Les sondages d’opinion consacrent régulièrement les militaires comme des champions de probité face à une classe politique méprisée et largement soupçonnée de corruption et de népotisme.
Un tribunal militaire a condamné l’an dernier l’ancien commandant en chef de la marine à deux ans et demi de prison pour enrichissement illégal, démontrant que l’armée tient à rester en tête des institutions « propres ». L’armée turque, intégrée dans le dispositif de l’OTAN où elle est la deuxième en effectifs après l’armée américaine, souhaite se moderniser mais, faute de fonds, sa professionnalisation n’est pas encore d’actualité. Disposant d’un encadrement de très haut niveau et confrontée depuis vingt ans à une rébellion séparatiste kurde dans le Sud-Est, elle est considérée comme l’une des mieux entraînées et aguerries du monde.
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À quatre reprises depuis 1960, les militaires turcs ont fait tomber le gouvernement, leur dernière intervention remontant à 1997. Les militaires avaient alors contraint à la démission le gouvernement islamiste de Necmettin Erbakan, mentor politique du Premier ministre actuel, Recep Tayyip Erdogan. Dix ans après, le rôle de cette institution dans le jeu politique turc est difficile à comprendre à l’étranger, surtout dans l’Union européenne à laquelle la Turquie souhaite adhérer. Bruxelles observe d’ailleurs avec attention la crise ouverte entre le gouvernement et l’armée, et le commissaire européen à l’Élargissement Olli Rehn a jugé...