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Actualités - Opinion

La présidentielle, possible clé d’une solution Émile KHOURY

Examiné sous un certain angle, le tableau se présente comme suit : le tribunal est désormais pratiquement entre les mains du Conseil de sécurité des Nations unies. Parallèlement, c’est l’impasse pour ce qui a trait à la formation d’un nouveau gouvernement. Et, globalement, aucun règlement basé sur la formule « ni vainqueur ni vaincu » n’est en vue. L’attention se porte par conséquent sur l’échéance la plus proche, la présidentielle, dans l’espoir qu’une entente sur la succession faciliterait l’ouverture menant à une solution. Les forces politiques principales du pays se disent toutes disposées à accepter un président de compromis ou de consensus. Logiquement, il devrait s’agir d’un indépendant, sinon d’un neutre, équidistant des différents protagonistes, capable d’arbitrer avec impartialité. Examen de passage Des professionnels signalent cependant qu’il existe un inquiétant problème en amont. À savoir que les deux camps en présence, le 8 et le 14 Mars, pourraient vouloir établir, chacun pour son compte et à sa guise, une sorte de cahier des charges. De poser en somme aux postulants des conditions contradictoires et, de plus, variées et complexes, puisqu’en réalité, au sein de chaque formation pointent des divergences notoires sur la sélection des candidats. On sait que les anciens fabricants de présidents au Liban, les Syriens et les Américains par exemple, désireux de vérifier la docilité d’un présidentiable, appliquaient volontiers la méthode de l’examen de passage. Voire de la « question qui tue ». Ainsi, en 1976, il s’agissait d’indiquer si l’on approuvait ou non l’irruption des forces syriennes au Liban. Puis, pendant des tas de lustres, si l’on était ou non pour leur maintien au Liban. Aujourd’hui, un éventuel formulaire à remplir présenterait sans doute la liste interrogatoire suivante : – Où vous situez-vous par rapport à la question de l’armement du Hezbollah ? – Quelle est votre position concernant le tracé des frontières avec la Syrie et Chebaa ? – Que pensez-vous de l’établissement de relations diplomatiques avec Damas ? – Et, partant, quelles bases adopter au juste pour des relations bilatérales privilégiées ? – Comment voyez-vous l’affaire de l’arsenal palestinien dans les camps ou au-dehors ? – Quel avis portez-vous sur les projets de loi électorale et sur des législatives anticipées ? – Que représentent à vos yeux les points du document Siniora de réforme ? – Quel jugement portez-vous sur les résolutions 1559 et 1701 ? – Où vous situez-vous pour ce qui a trait au tribunal international et son éventuelle adoption sous le chapitre VII ? Il va de soi, en outre, que chaque candidat devra exposer son programme, son projet, ses vues d’avenir en indiquant s’il est ou non attaché à Taëf. Et quelles modifications il devrait, selon lui, apporter à ce pacte ainsi qu’à la Constitution qui en est issue. Alternative Au cas où un postulant réussirait à concilier, à travers ses réponses, les exigences des uns ou des autres, au cas également où il donnerait à penser qu’avec lui le Liban pourrait se dégager du conflit des axes, la présidentielle ne serait plus qu’une formalité facile. Et la controverse aiguë sur le quorum tomberait d’elle-même, puisque tout le monde se précipiterait à la Chambre pour élire cette perle rare. Par contre, la polémique rebondirait fortement s’il n’y avait pas entente sur un président de consensus. Dans cette hypothèse, il y aurait divers scénarii possibles : – Le 8 Mars et ses alliés torpilleraient toute séance électorale en usant de cette arme pour tenter d’obtenir un président leur convenant. – Le 14 Mars s’estimerait en droit de passer outre au blocage et de faire élire le président par ses députés, à la majorité absolue de la Chambre, c’est-à-dire la moitié plus un, soit 65 sur 127 (127 depuis l’assassinat de Pierre Gemayel). – L’opposition désignerait de son côté un président ou maintiendrait M. Lahoud, formerait un second cabinet et constituerait une seconde Chambre. Ce qui signifierait la partition. – Aux termes d’un gentleman’s agreement, le 8 et le 14 Mars présenteraient chacun une liste de noms et le Parlement trancherait par vote. Cette formule pourrait, en réalité, avantager l’opposition. Pourquoi ? Parce qu’il y a des chances qu’elle désigne le général Michel Aoun, par exemple. Alors que les pôles loyalistes ne s’entendraient pas entre eux sur une seule candidature, se tireraient dans les pattes, éparpilleraient leurs voix et verraient leurs postulants battus lors du vote. – Il y aurait un « big bazar », les deux camps en présence s’efforçant réciproquement de gagner des blocs parlementaires, ou un certain nombre d’individualités, à leur cause respective pour assurer ou saboter le quorum, suivant le cas. Dans ce cadre, les observateurs estiment que le 14 Mars pourrait peut-être négocier avec les aounistes sur base d’une argumentation articulée autour de la nécessité de préserver la première magistrature du risque de vide. Selon ces sources, si le CPL réalisait que son chef n’a nulle chance d’accéder à la présidence, il pourrait admettre un candidat de consensus lui convenant autant qu’aux loyalistes. Le rabibochage allant plus loin, en portant sur un accord autour d’un programme pour le nouveau régime, comme autour de la loi électorale et de la composition du prochain gouvernement.
Examiné sous un certain angle, le tableau se présente comme suit : le tribunal est désormais pratiquement entre les mains du Conseil de sécurité des Nations unies. Parallèlement, c’est l’impasse pour ce qui a trait à la formation d’un nouveau gouvernement. Et, globalement, aucun règlement basé sur la formule « ni vainqueur ni vaincu » n’est en vue.
L’attention se porte par conséquent sur l’échéance la plus proche, la présidentielle, dans l’espoir qu’une entente sur la succession faciliterait l’ouverture menant à une solution.
Les forces politiques principales du pays se disent toutes disposées à accepter un président de compromis ou de consensus. Logiquement, il devrait s’agir d’un indépendant, sinon d’un neutre, équidistant des différents protagonistes, capable d’arbitrer avec...