Un bolide fonce tout droit vers l’abîme à 200 km à l’heure. Le conducteur, grisé, fou de vitesse, n’envisage même pas de freiner. Suicide ou inconscience, c’est selon, mais la conséquence, tragique, est quasiment inscrite dans ses gènes : une mort annoncée.
Aveuglement ? Non, mais une soumission clinique à la fatalité, à ce fameux « maktoub » pourvoyeur de criminelles circonstances atténuantes.
Les prétextes, les alibis, le Liban en a lourdement payé le prix tout au long de son histoire, tout au long de sa tumultueuse existence, et voilà qu’ils sont, une fois de plus, remis au goût du jour pour « couvrir » les forfaits à venir.
Les autopréposés à notre sort n’y vont d’ailleurs pas de main morte et ne s’embarrassent nullement de nuances. Pourquoi prêter le flanc à des réflexions judicieuses, à des réparties manifestes quand il suffit de se claquemurer dans ses convictions, dans son arrogance. La vérité, ils en sont les seuls dépositaires, ils en sont les uniques initiateurs.
Les entreprises qui déposent leur bilan, les investisseurs qui prennent leurs jambes à leur cou et lorgnent vers des cieux plus cléments, les jeunes qui assiègent les ambassades pour fuir vers des mondes pas nécessairement meilleurs, tout cela n’est, pour eux, que broutille, menu fretin.
Leur combat transcende les états d’âme, les désarrois des uns et des autres. Leur « divine mission » n’a que faire des « accidents de parcours », des grandes et petites misères. Osez tout simplement leur dire que vous n’êtes pas d’accord et que leurs arguments ne sont pas convaincants, l’arme suprême est aussitôt brandie : « Vous souscrivez à nos thèses, vous acceptez nos conditions, sinon c’est la guerre civile »… pas moins.
Un chantage exercé du sommet de la pyramide jusqu’au dernier des sous-fifres, une exaltation forcenée de la violence, une volonté jubilatoire de se complaire dans l’autodestruction. Les évidences nous explosent au visage, nous marquent au fer rouge, interpellent nos âmes et nos consciences, mais il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, pire aveugle que celui qui refuse de voir.
L’État est chaque jour foulé aux pieds, ses institutions sont régulièrement bafouées, paralysées, meurtries et les responsables de cette avanie ont le culot, l’outrecuidance de clamer, haut et fort, qu’ils agissent au nom des libertés publiques, pour la défense de la démocratie.
Triste démocratie manipulée au gré des intérêts des uns, des ambitions des autres, tristes personnages qui scient les branches sur lesquelles ils sont assis et qui en tirent une morbide satisfaction.
Le Liban fonce, tout droit, vers le mur et ils continuent à pérorer, à dire la chose et son contraire.
Ils jurent leurs grands dieux qu’ils tiennent à l’identification des assassins de Rafic Hariri et ils font de tout pour empêcher l’accord interne sur la création du tribunal à caractère international. Ils insistent pour que justice soit rendue et ils se démènent pour qu’elle soit sélective… par le bas.
Ils dissertent du matin jusqu’au soir sur les droits du citoyen et ils font mine d’oublier qu’ils piétinent ces mêmes droits au centre-ville, une atteinte délibérée aux biens publics et aux propriétés privées.
Ils gonflent leurs arsenaux, affûtent leurs armes, annoncent des batailles à venir… et à deux pas de chez nous, la Syrie-sœur négocie, en catimini, une paix « glorieuse » avec Israël.
Les Américains, à Damas, voient se déployer des tapis rouges sous leurs pieds… À Beyrouth, ils sont quotidiennement conspués et leurs interlocuteurs libanais frappés du sceau de l’infamie, attaqués par ceux-là mêmes qui louent les « hauts faits d’armes » de la Syrie, ceux-là mêmes qui monopolisent les certificats de probité, de bonne conduite.
Jacques Chirac, selon un tout récent sondage, est la personnalité politique la plus populaire dans les territoires palestiniens… Au Liban, il est régulièrement pris à partie pour s’être précipité au secours du pays du Cèdre, pour être resté fidèle à ses amitiés. Oubliée sa magnifique prestation à la conférence Paris III, occultée l’hospitalité accordée à ceux-là mêmes qui le « descendent » aujourd’hui !
Les évidences, les insultes à l’intelligence sont légion, mais à quoi servent les évidences quand on a décidé de fermer et son cœur et sa raison, quand on a décidé de ne plus voir que le bout de son nez, ce nez dut-il s’allonger jusqu’à la lointaine Persépolis.
De son passage à Beyrouth, Nicolas Michel a dû en apprendre de bien belles sur les mœurs politiques libanaises : cahin-caha ou à hue et à dia, ainsi progresse la caravane appelée Liban.
Les pythies le prédisent déjà : dans quelques semaines, le chapitre sept, dans quelques mois, deux gouvernements et à la fin de l’année, un président « déchu » et un autre extra-muros.
À ce rythme, et à moins d’y prendre garde, le Liban, demain, aura, à son tour, son propre mur des Lamentations.
Nagib AOUN
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Aveuglement ? Non, mais une soumission clinique à la fatalité, à ce fameux « maktoub » pourvoyeur de criminelles circonstances atténuantes.
Les prétextes, les alibis, le Liban en a lourdement payé le prix tout au long de son histoire, tout au long de sa tumultueuse existence, et voilà qu’ils sont, une fois de plus, remis au goût du jour pour « couvrir » les forfaits à venir.
Les autopréposés à notre sort n’y vont d’ailleurs pas de main morte et ne s’embarrassent nullement de nuances. Pourquoi prêter le flanc à des réflexions judicieuses,...