Il existe un précédent, relèvent les partisans du torpillage par défaut de quorum : en 1988, les Forces libanaises avaient court-circuité la séance prévue villa Mansour, allant jusqu’à enlever des députés.
On peut répondre qu’une transgression ne constitue évidemment pas un modèle à suivre et ne légalise rien. De plus, elle s’était produite dans des conditions de guerre, des circonstances et un climat tout à fait différents. Et surtout, il n’y avait pas à l’époque de risque de vide institutionnel. L’ancienne Constitution autorisait en effet le président de la République à désigner un gouvernement de son propre chef. Dès lors, le président Amine Gemayel avait pu confier les rênes, en partant, à un cabinet dirigé par le général Michel Aoun. Qui, toujours selon la Constitution, avait assumé les responsabilités de la première magistrature faute d’un président élu. Dans la Loi fondamentale issue du pacte de Taëf, ces prérogatives ont été retirées au président de la République.
On notera, entre parenthèses et en passant, que les trois officiers musulmans appelés par le général Aoun à siéger au Conseil des ministres avaient de suite démissionné. Le gouvernement avait quand même exercé son autorité sans qu’on l’accusât de manquer de légitimité. Comme l’opposition le fait depuis le retrait des ministres chiites. Il est vrai qu’à l’époque, il y avait, à l’Ouest, un second cabinet présidé par M. Sélim Hoss. Mais cela uniquement sous le prétexte de la guerre interne. Et non pas parce que le gouvernement Aoun, privé de l’élément musulman, était considéré comme illégal.
Perspectives
Ces considérations expliquent peut-être un peu pourquoi des alliés de la Syrie parlent volontiers d’un possible déclenchement des hostilités intestines. En effet, la guerre, cas de force majeure par excellence, permettrait de passer outre à la Constitution. De torpiller la présidentielle, de permettre à M. Lahoud de rester, en formant à son gré (et à celui du 8 Mars) un second gouvernement face à l’équipe de M. Siniora. Un gouvernement qui organiserait, dans les régions sous son contrôle, des législatives pour la mise en place d’une seconde Chambre. Afin de parachever la partition de fait.
On comprend dès lors l’inquiétude des évêques maronites. Dans leur dernier communiqué, ils insistent pour que la présidentielle ait lieu dans les délais. En dépassant la controverse sur le quorum requis, ils souhaitent un président de consensus. Ils mettent en garde contre une nouvelle violation de la Constitution. En soulignant que le torpillage de la séance électorale signifierait le sabotage de la démocratie. Ils concluent en ces termes : « Le recours aux fondements de la bonne règle démocratique, le respect du principe premier de l’élection constituent une expression authentique et civilisée de la démocratie, comme des droits qui y sont liés, ainsi que la protection du pays contre le vide constitutionnel. »
L’on s’attend donc que Bkerké, avec le probable concours actif de la Ligue maronite et au besoin par le biais de la commission dite des trois évêques, œuvre sans relâche en faveur de la présidentielle. Bien évidemment, le siège patriarcal, se plaçant au-dessus de toute mêlée, refuse d’entrer dans le jeu des noms. Il se contente d’énoncer les critères et les constantes nationales qui doivent dicter le choix du futur président, ainsi que la ligne qu’il devrait suivre.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il existe un précédent, relèvent les partisans du torpillage par défaut de quorum : en 1988, les Forces libanaises avaient court-circuité la séance prévue villa Mansour, allant jusqu’à enlever des députés.
On peut répondre qu’une transgression ne constitue évidemment pas un modèle à suivre et ne légalise rien. De plus, elle s’était produite dans des conditions de guerre, des circonstances et un climat tout à fait différents. Et surtout, il n’y avait pas à l’époque de risque de vide institutionnel. L’ancienne Constitution autorisait en effet le président de la République à désigner un gouvernement de son propre chef. Dès lors, le président Amine Gemayel avait pu confier les rênes, en partant, à un cabinet dirigé par le général Michel Aoun. Qui, toujours selon la Constitution, avait assumé les...