Apparemment, les grands de ce monde ont obtenu ce qu’ils voulaient: le calme sur la frontière israélo-libanaise. Quant au reste, les Libanais n’ont qu’à continuer à épiloguer jusqu’à se fatiguer. Ils n’ont qu’à s’entendre entre eux pour régler leurs problèmes.
Cet amer constat est celui auquel tout honnête homme se résigne en écoutant les conseils prodigués au gouvernement libanais par quelques-uns de ces grands pour justifier la non-création à ce jour du tribunal international sous une égide autre que celle des institutions libanaises. Et tant pis si ces institutions se trouvent bloquées par ceux qui refusent la création d’un tel tribunal. Les Libanais n’ont qu’à reprendre les discussions. L’essentiel pour les superpuissances est de ne pas troubler le déroulement du grand marchandage en cours.
Finalement, que pèse un Liban concrètement face au bazar arabo-israélien, ou irano-américain, ou même saoudo-américain? Que pèse le sang d’un Rafic Hariri, ou d’un Gebran Tuéni, ou d’un Pierre Gemayel, ou d’un Georges Haoui, ou d’un Samir Kassir, ou d’un Bassel Fleyhan dans la balance des intérêts stratégiques de ces superpuissances? Hélas pas grand-chose !
Mais «ils» ont omis de leurs calculs l’obstination d’un peuple. Ils font la même erreur que les tueurs : trois jours de condoléances, suivies d’une semaine de condamnation et de protestation, et puis une bonne pléiade de messes de requiem avant que chacun retourne à ses préoccupations. À aucun moment ils n’ont prévu le tsunami «made in Lebanon» d’un 14 Mars quand, brusquement, un peuple qu’on croyait avoir dompté à jamais s’est dressé comme un seul homme et a brisé les chaînes de la peur, du silence et de l’asservissement.
Aujourd’hui, ces superpuissants semblent refaire la même erreur. Quelques protestations à la sauce moralisatrice sur le droit des peuples et sur les valeurs universelles, suivies de quelques déclarations apaisantes, en plus, si besoin, de quelques enveloppes bien garnies pour quelques pourris. Et les Libanais retrouveront le chemin de leur dialogue interne et de leur fameux ni vainqueur ni vaincu, en diluant le tribunal dans une sauce tellement incolore, inodore que les juges retiendront in fine la thèse du suicide volontaire et prémédité des héros de la deuxième indépendance!
Nous les avons surpris une première fois. Surprenons-les une deuxième fois. Montrons à qui de droit et surtout à nous-mêmes que la révolution du Cèdre n’était pas une chimère. «Ils» ne veulent pas instaurer le tribunal international conformément à la charte et aux résolutions de l’ONU par crainte de troubles interlibanais qui viendraient brouiller le grand marchandage engagé? Eh bien, c’est justement le résultat qu’ils risquent d’obtenir si le tribunal n’est pas instauré.
Le Premier ministre est désormais dans l’obligation morale et politique de nommer des ministres en remplacement des ministres sortants.
Le vice-président de l’Assemblée nationale est lui aussi dans l’obligation morale et politique de convoquer le Parlement pour discuter et voter le statut du tribunal.
Les forces du 14 Mars doivent désormais, et sans plus tarder, faire voter une nouvelle loi électorale.
La démission des députés de l’opposition, si elle a lieu, devra être immédiatement suivie d’une demande de dissolution du Parlement déposée par le gouvernement et de l’organisation de nouvelles élections parlementaires.
Et si, par malheur, l’opposition réussissait à remporter les élections comme elle le prétend, elle gouvernera selon son programme et ses orientations pour la durée de la législature.
Le pays a assez perdu de temps. Il y a une majorité. Alors, qu’elle assume. Il y a un gouvernement. Alors, qu’il gouverne.
Raymond NAMMOUR
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Cet amer constat est celui auquel tout honnête homme se résigne en écoutant les conseils prodigués au gouvernement libanais par quelques-uns de ces grands pour justifier la non-création à ce jour du tribunal international sous une égide autre que celle des institutions libanaises. Et tant pis si ces institutions se trouvent bloquées par ceux qui refusent la création d’un tel tribunal. Les Libanais n’ont qu’à reprendre les discussions. L’essentiel pour les superpuissances est de ne pas troubler le déroulement du grand marchandage en...