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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Le choc / Le choix Ziyad MAKHOUL

Quinzième semaine de 2007. Se souvenir pour ne plus (re)faire, surtout ne pas reproduire, pour exorciser, pour apprendre, pour comprendre ; se souvenir pour dépasser : magnifique devoir de mémoire que ce plus jamais ça, décliné, en cette semaine de 13 avril, en mille et une façons, entre hippodrome transformé en musée, débats télévisés hallucinants, joies œcuméniques downtown, colloques, dossiers, conversations de salons. Magnifique et totalement stérile : de l’art pour l’art, si le diagnostic, 32 ans après, n’est pas revu, clairement établi cette fois, et si le traitement n’est pas très vite, très massivement administré. Le diagnostic est effarant. Il faut dire que les Libanais n’ont jamais été aussi près de recommencer : le pire, c’est que plus personne ne les pousse(ra) à s’entretuer ; en 2007, le mal vient de bien plus près, le mal vient de dedans, de l’intérieur ; aujourd’hui, le temps de la guerre des autres est définitivement révolu et les Libanais n’ont plus besoin de personne. Naturellement, il est tout à fait inutile de continuer à se rassurer en exhibant fiévreusement ce cache-sexe peau de chagrin qu’est devenue cette pauvre unité nationale : aujourd’hui, toutes communautés et toutes classes confondues, l’immense majorité des jeunes rêve. Ils rêvent soit de reproduire ce que leurs aînés ont commis trois décennies plus tôt ; ils en rêvent et ils n’ont aucun problème à le hurler devant tous les micros, sur tous les campus, sur toutes les places ; ils rêvent, comme leurs aînés, de mourir pour leur Liban – ou pour un autre. Et personne ne leur a dit qu’il s’agit désormais, en 2007, de vivre pour un Liban. Ou alors ils rêvent de jeter toute la classe politique, sans exception, à la mer ; de faire table rase de tout ce qu’il y a, de carrément transfuser une nouvelle dreamteam ; alors, en attendant, ils maudissent les uns et les autres, les mettent tous, et leurs idées respectives avec, dans le même sac ; ils réalisent leur rêve : ils sont ni pour l’un ni pour l’autre. Et personne ne leur a dit que si l’impartialité est follement noble, la neutralité, en 2007, est une faute grave. Les premiers vivent dans le passé, et uniquement dans le passé ; ils s’en imbibent chaque heure, chaque instant ; ils l’ont sacralisé, momifié, figé, ils le dupliquent au quotidien : c’est de la taxidermie politique. Les seconds vivent dans le futur ; fantasmant sur une proto-troisième voie idéale sans doute nécessaire, mais carrément hors sujet aujourd’hui. Dans leur immense majorité, ils occultent tous, pour des raisons différentes, le présent. Et c’est dans ce présent que mûrissent tous les gènes d’un Apocalypse soon, c’est dans ce présent que se concentrent tous les maux, que se joue un clash infini, une espèce de mégachoc titanesque, et bien sûr, mortel. Au-delà de deux camps, de deux groupes d’hommes, de deux collectifs de zaïms, le clash se joue entre deux visions, deux conceptions, c’est-à-dire entre deux options. Et seulement deux. Première option : le communiqué transcommunautaire, aconfessionnel, de Bkerké d’avril 2007. Deuxième option : le discours transcommunautaire, aconfessionnel, de Hassan Nasrallah d’avril 2007. Quels que soient les vertus et les vices respectifs de ces deux options, aujourd’hui, il n’y en a pas d’autres ; il n’y a surtout rien entre. Plus encore : aucun Libanais n’a à choisir, volontairement, consciemment, c’est bien plus facile : l’une des deux options s’impose d’elle-même à chaque Libanais ; c’est elle qui choisit. Si mon pire ennemi ou le diable lui-même défend l’option qui est la mienne, alors je me tiendrai aux côtés de mon pire ennemi ou du diable jusqu’au jour où d’autres options se présentent à moi : rarement protocole aura été aussi simple, aussi simpliste qu’il puisse, de prime abord, paraître ; rarement choix aura été aussi évident, aussi manichéen qu’il puisse, de prime abord, paraître : il s’agit, aujourd’hui plus qu’hier et encore moins que demain, du principe de vie contre la logique de mort, d’avancer ou de reculer. Du choc frontal de ces deux cultures peut disparaître à tout jamais le spectre du 13 avril, à condition de savoir doser, libaniser : il n’est pas nécessaire qu’Eros soit vainqueur, il suffit juste de contrôler les ardeurs de Thanatos, en laissant Eros tenir les rênes. Ils ont d’ailleurs presque toujours fait bon ménage.
Quinzième semaine de 2007.
Se souvenir pour ne plus (re)faire, surtout ne pas reproduire, pour exorciser, pour apprendre, pour comprendre ; se souvenir pour dépasser : magnifique devoir de mémoire que ce plus jamais ça, décliné, en cette semaine de 13 avril, en mille et une façons, entre hippodrome transformé en musée, débats télévisés hallucinants, joies œcuméniques downtown, colloques, dossiers, conversations de salons. Magnifique et totalement stérile : de l’art pour l’art, si le diagnostic, 32 ans après, n’est pas revu, clairement établi cette fois, et si le traitement n’est pas très vite, très massivement administré.
Le diagnostic est effarant. Il faut dire que les Libanais n’ont jamais été aussi près de recommencer : le pire, c’est que plus personne ne les pousse(ra) à s’entretuer ; en 2007,...