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Actualités - Opinion

Gagner le Hezbollah à la culture démocratique

Le Hezbollah fait partie du paysage démocratique, mais il reste ce qu’il est, un parti autoritaire, dont la doctrine est en totale contradiction avec l’esprit du système politique libanais. Assimiler culturellement le Hezbollah, le gagner à la culture démocratique, est sans doute le plus grand défi jamais lancé au Liban. Non pas le Liban de la pratique politique, mais le Liban comme concept. Le Liban du pluralisme, de la démocratie parlementaire, de l’alternance. C’est dans la réalisation, par le Hezbollah, que ce Liban est pour lui un atout unique d’ouverture et de contact culturel, dans la liberté, que réside l’une des clés d’une éventuelle sortie de la crise en cours. Choisir délibérément d’être aux côtés de la Syrie, des quatre officiers de l’ancien régime sécuritaire et du chef de l’État, relève sans doute de la complicité politique. De la part d’un parti autoritaire, quoi de plus normal. Mais il reflète un grand aveuglement culturel. Car tourner le dos à la liberté ne peut être compris autrement que comme un aveuglement, même si, du point de vue de l’exercice de cette liberté, il y a déficit, même s’il y a incontestablement à redire sur ce plan. L’affinité culturelle du Hezbollah avec l’Iran chiite et la Syrie alaouite est si évidente, qu’il est inutile d’en parler. Il s’agit là d’une affinité primaire qui n’amène rien, du point de vue culturel, au parti islamique, même si du point de vue religieux et politique, elle offre une certaine cohérence ; même si, sur le plan immédiat, elle répond à la logique qui est à la base des hypothèses de Samuel Huntington. Mais en face, quelle richesse ! En face, ce que le Hezbollah dédaigne, c’est la valeur de l’expérience libanaise, la valeur d’une patrie refuge des minorités, d’une patrie bouclier des minorités, lieu d’échange culturel, dans la liberté, entre religions et cultures, et spécifiquement entre l’islam et le christianisme, non dans leur version sociale dégénérée, mais dans leur intégrité existentielle et dogmatique. C’est sans doute l’intuition de cette chance, de cette opportunité unique que l’imam Mohammad Mehdi Chamseddine avait appréhendée quand, quelques mois avant sa mort, il avait choisi et décidé de recommander à ses coreligionnaires chiites de préserver le modèle unique du Liban, d’épouser étroitement la fameuse formule libanaise, au point de faire de la présence chrétienne au Liban – et dans le monde arabe –, l’une des missions primordiales des musulmans. L’une de leurs principales responsabilités historiques. Remarquable prise de conscience de la part d’un homme qui avait plaidé auparavant pour la démocratie du nombre ! C’est contre une telle recommandation qu’agit le Hezbollah, en épousant si étroitement la cause de la Syrie et de la tyrannie des services de renseignements. C’est contre son propre intérêt qu’il opte, même si politiquement, cette option paraît aujourd’hui plus séduisante, avec le face-à-face entre l’Amérique de George Bush, de l’intervention irakienne, du défi lancé à l’Iran et de la mise en question de la Syrie assadienne. Certes, le Hezbollah, dans la dureté de son discours idéologique et politique, donne le sentiment d’être une force émergente, un bloc homogène, compact, qui se déploie et se renforce. Mais ce modèle a le défaut de sa qualité. C’est un système fermé qui, à côté de ses atouts indéniables, offre aussi des faiblesses, dont celle de l’affaiblissement du libre jeu des influences culturelles. Le Hezbollah est-il seul en cause, dans ce processus. Nullement. Nous disions plus haut que le plus grand défi jamais lancé au Liban est d’assimiler culturellement le Hezbollah. À ce Liban donc de déployer son véritable, son unique potentiel culturel, pour absorber le Hezbollah. À côté des autres dimensions de la culture, « ni vainqueur ni vaincu » est la « formule magique » qui, sur le plan politique, permettra à cette opération de se faire. C’est la formule que, depuis Noël, le secrétaire général de la Ligue arabe a tenté, en vain, de mettre en œuvre. « Ni vainqueur ni vaincu », c’est la fine fleur de la formule libanaise, de cette formule à laquelle le Hezbollah tourne le dos et que la majorité doit savoir mettre en œuvre. « Ni vainqueur ni vaincu », c’est le nom laïc, politique, de ce médiateur par excellence qu’est l’amour du Liban que la Providence, ou l’histoire, c’est selon, nous a confié. C’est le renoncement à une victoire qui permet l’émergence de deux vainqueurs, l’intériorisation des exigences de l’autre et leur réconciliation pour ce plus grand bien qu’est la paix, la concorde. On peut le faire par calcul. Mais on peut aussi le faire par conviction ou par amour de la sagesse. On peut même le faire par sainteté, comme l’a fait Robert Shumann, le père de l’Europe, au sortir d’un épouvantable conflit qui avait fait des millions de morts. Quelle que soit la motivation, pour le faire, il faut de l’imagination politique. C’est le maître mot de la phase politique qui vient. Renonçons sincèrement, sobrement, à toute victoire les uns sur les autres, puisque nous savons tous qu’elle ne pourra pas se faire sans violence, et mettons la guerre derrière nous. Fady NOUN
Le Hezbollah fait partie du paysage démocratique, mais il reste ce qu’il est, un parti autoritaire, dont la doctrine est en totale contradiction avec l’esprit du système politique libanais. Assimiler culturellement le Hezbollah, le gagner à la culture démocratique, est sans doute le plus grand défi jamais lancé au Liban. Non pas le Liban de la pratique politique, mais le Liban comme concept. Le Liban du pluralisme, de la démocratie parlementaire, de l’alternance.
C’est dans la réalisation, par le Hezbollah, que ce Liban est pour lui un atout unique d’ouverture et de contact culturel, dans la liberté, que réside l’une des clés d’une éventuelle sortie de la crise en cours.
Choisir délibérément d’être aux côtés de la Syrie, des quatre officiers de l’ancien régime sécuritaire et du chef de l’État,...