En libérant par surprise les quinze marins britanniques, les autorités de l’Iran islamique ont voulu montrer qu’elles privilégiaient le pragmatisme plutôt que le radicalisme et voulaient éviter une confrontation générale avec l’Occident.
Si l’impact de cette libération reste à mesurer, des analystes soulignaient hier que la « grâce » annoncée par le président Mahmoud Ahmadinejad, pourtant considéré comme un dur, donne quelques espoirs d’une solution à la crise nucléaire.
« Cela montre le pragmatisme de l’Iran », a affirmé l’analyste modéré Mohammad Sadegh al-Hosseini. « Elle montre que l’Iran ne cherche pas la confrontation avec l’Occident et constitue une étape judicieuse vers une solution pacifique sur le plus épineux dossier au Proche-Orient, c’est-à-dire la question nucléaire » iranienne, a déclaré M. al-Hosseini. « C’est un message direct et clair pour la Grande-Bretagne et les États-Unis et même pour les Iraniens car le Proche-Orient ne peut pas supporter un autre conflit », a-t-il poursuivi.
La capture des 15 marins britanniques par l’Iran le 23 mars avait été perçue comme une fuite en avant du pouvoir islamique et la preuve de son intransigeance. Mais en pleine crise, le principal responsable de la Sécurité nationale, Ali Larijani, est monté au créneau pour affirmer que Téhéran chercherait une solution diplomatique et ne voulait pas organiser un procès pour juger les marins. Il a d’ailleurs eu un contact téléphonique avec Javier Solana, le représentant de la diplomatie européenne.
En capturant les marins, Téhéran a montré qu’il ne craignait pas de croiser le fer avec l’Occident, mais le dénouement de la crise s’est finalement accompagné de sourires et de poignées de main.
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, dont le pays préside actuellement l’Union européenne, a d’ailleurs décrit la libération des marins comme un « début (...) qui ouvre la porte à des coopérations futures ».
« La structure du pouvoir, sa capacité de décision et de manœuvre diplomatique font que lorsque la situation est grave, l’Iran est prêt à prendre des décisions rapides et faire preuve de souplesse pour diminuer la tension », a déclaré à l’AFP l’analyste conservateur Ami Mohebian. L’Iran, a ajouté cet analyste, « veut envoyer un signal pour dire qu’il est prêt à trouver des solutions diplomatiques mais dans le même temps, s’il y a des pressions, il est prêt à résister ».
Désormais, la question nucléaire revient sur le devant de la scène. L’Iran s’apprête à faire la semaine prochaine une nouvelle annonce sur les progrès de son programme nucléaire, malgré la résolution votée le 15 mars par le Conseil de sécurité de l’ONU qui impose des sanctions supplémentaires contre Téhéran pour son refus de suspendre son enrichissement d’uranium.
En tout cas, le coup de théâtre du président Ahmadinejad ne peut être imaginé sans l’aval de l’ayatollah Khamenei. « La libération est l’œuvre du guide. C’est lui qui a fait monter Larijani dans les négociations et pris la décision qui s’imposait », estimait un diplomate occidental ayant requis l’anonymat. Selon lui, « le régime a complètement cédé face à une pression unanime ». Le pouvoir, a-t-il souligné, « semble avoir été surpris face à la rapidité et à l’ampleur de cette pression, avec la déclaration de l’ONU et surtout celle de l’UE », qui avait demandé la libération immédiate des marins.
Lachlan CARMICHAEL (AFP)
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Si l’impact de cette libération reste à mesurer, des analystes soulignaient hier que la « grâce » annoncée par le président Mahmoud Ahmadinejad, pourtant considéré comme un dur, donne quelques espoirs d’une solution à la crise nucléaire.
« Cela montre le pragmatisme de l’Iran », a affirmé l’analyste modéré Mohammad Sadegh al-Hosseini. « Elle montre que l’Iran ne cherche pas la confrontation avec l’Occident et constitue une étape judicieuse vers une solution pacifique sur le plus épineux dossier au Proche-Orient, c’est-à-dire la question nucléaire »...