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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Exercices de style

Le style, c’est l’homme. À plus forte raison c’est la femme, en matière de politique comme de look. Il semble qu’elles gouvernent mieux : un aussi enthousiaste coup de chapeau à la gestion féminine que celui-là, c’est ce grand démocrate de Nabih Berry qui le donnait après avoir reçu tour à tour, lundi, deux visiteuses de marque : la chancelière allemande Angela Merkel et la présidente démocrate de la Chambre des représentants US Nancy Pelosi. Fraü Merkel et Mrs Pelosi c’est, bien sûr, deux styles absolument différents ; mais par-delà les nuances du ton et des formulations, c’est le même appui à un Liban indépendant et souverain qu’elles ont exprimé, le même diagnostic qu’elles ont rendu : le tribunal international est nécessaire et même incontournable, et la Syrie doit jouer un rôle positif au Liban comme en Irak. En tournée au Proche-Orient, la chancelière allemande n’a pas inscrit à son itinéraire l’étape de Damas, tout comme son ministre des Affaires étrangères s’était résolu, il y a quelques mois, à annuler en dernière heure une visite en Syrie à la suite d’une déclaration intempestive du président Bachar el-Assad. Pour sa part, Mrs Pelosi croit aux vertus du dialogue immédiat, non assorti de conditions préalables, ainsi que le recommandait la commission bipartisane du Congrès américain qui a planché de longs mois sur le casse-tête irakien. Dès lors, elle se trouve depuis hier dans la capitale syrienne, à la vive irritation de George W. Bush qui craint en effet que le raïs syrien se méprenne sur le sens du message que peut revêtir cette visite : que la conviction du régime baassiste de marquer point après point le rende moins enclin que jamais à changer de comportement comme l’exigent, bien que sur des modes différents, Washington et l’Union européenne. Qui a tort, qui a raison ? Le séjour syrien de Nancy Pelosi est important certes, mais il est loin de constituer, à ce stade du moins, un rééquilibrage de la politique US comme veulent le faire accroire les Syriens. Et surtout, les deux approches souffrent en définitive de la même tare. Car si elles divergent sur les préliminaires et le timing du dialogue avec Damas, elles font preuve toutes deux de la même indigence côté muscle : on ergote sur le maniement le plus judicieux de la carotte ( offrir avant, offrir après ?) ; mais outre de bénignes sanctions économiques, nul à ce jour n’a brandi, de manière convaincante, le moindre bout de bâton. Plus près de nous, nos parlementaires au chômage de rigueur ont montré hier qu’ils ne manquaient pas, eux non plus, de style. Pour ce troisième mardi d’une rentrée parlementaire toujours interdite, les élus des deux bords se sont rendus en force – ils se sont même retrouvés ! – dans les couloirs et salles du bâtiment de l’Étoile. Chaque camp y est allé de son communiqué, mais il n’y a pas eu de joutes oratoires, de déclarations incendiaires devant les caméras et encore moins d’échauffourée à la taiwanaise comme le redoutaient d’aucuns. On s’est au contraire courtoisement salué, chaleureusement abordé ; on a échangé poignées de mains, éclats de rire, accolades et même amicales boutades. Non point hélas que les uns et les autres aient modifié d’un iota leurs positions bien connues. En plaçant le débat sur un palier nouveau, en adressant, en soirée, à Ban Ki-moon une pétition portant 70 signatures et le pressant pratiquement de recourir au chapitre VII de la Charte de l’ONU pour imposer le tribunal, la majorité parlementaire a même paru avoir perdu tout espoir d’une solution négociée de la crise. Dans sa supplique au secrétaire général, la majorité ne manque pas d’invoquer l’obstruction systématique pratiquée par le chef de l’État et le président de l’Assemblée. Depuis longtemps déjà, la cause était entendue en ce qui concerne le premier, réinstallé au pouvoir par la Syrie dans les conditions – et avec les tragiques conséquences – que l’on sait. Quant au second, ses savantes manœuvres ne pourront plus continuer de faire illusion, et le comble de l’ironie, c’est que l’estocade aura été portée – bien involontairement – par ses propres troupes. L’espace d’un moment, le Parlement était hier ce qu’il eut dû toujours être : le dernier salon où l’on cause. L’instance suprême, et de manière plus impérieuse encore quand s’effilochent les autres institutions, quand il n’existe plus de gouvernement légitime comme le prétend l’opposition. La source de tous les pouvoirs : y compris celui qu’invoque avec une si belle assurance Berry pour s’obstiner à l’assécher. Issa GORAIEB

Le style, c’est l’homme. À plus forte raison c’est la femme, en matière de politique comme de look. Il semble qu’elles gouvernent mieux : un aussi enthousiaste coup de chapeau à la gestion féminine que celui-là, c’est ce grand démocrate de Nabih Berry qui le donnait après avoir reçu tour à tour, lundi, deux visiteuses de marque : la chancelière allemande Angela Merkel et la présidente démocrate de la Chambre des représentants US Nancy Pelosi.
Fraü Merkel et Mrs Pelosi c’est, bien sûr, deux styles absolument différents ; mais par-delà les nuances du ton et des formulations, c’est le même appui à un Liban indépendant et souverain qu’elles ont exprimé, le même diagnostic qu’elles ont rendu : le tribunal international est nécessaire et même incontournable, et la Syrie doit jouer un rôle positif...