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Actualités - Opinion

Commentaire Réformes en trompe-l’œil en Arabie saoudite

Par Mai YAMANI* Après avoir laissé espérer une véritable réforme politique en Arabie saoudite, le roi Abdallah a déclaré que le temps du changement n’était pas encore arrivé. Malgré le remaniement du cabinet, tout reste figé. La population saoudite, composée pour moitié de jeunes de moins de 15 ans, va continuer d’être abreuvée par la télévision des sempiternelles images des vieux princes – certains sont en place depuis 40 ans –, symboles de la déliquescence de la vie politique. Il est paradoxal de voir l’Arabie saoudite paralysée sur le plan intérieur, alors qu’elle est de plus en plus active sur la scène diplomatique, essayant par exemple d’apporter une solution à la situation en Irak. Ce n’est pas cela qu’attendaient les Saoudiens. Depuis un an et demi, ils espéraient un remaniement du cabinet qui aurait symbolisé un renouveau dans la définition de l’identité de la nation saoudienne et de son futur et aurait grandi l’image du roi en tant que réformateur. On croyait aussi à l’intégration de groupes jusqu’ici marginalisés, par exemple par la nomination d’un ministre chiite pour la première fois dans l’histoire du royaume, ainsi que des mesures contre la corruption par la mise à l’écart de ministres en place de longue date. L’inertie va bien au-delà du remaniement du cabinet, ainsi l’appareil judiciaire, qui compte 700 juges, reste lui aussi immuable. Les paroles creuses typiques de l’Arabie saoudite ne parvenant pas à masquer la réalité, cette immobilité engendre un profond malaise. Il est surprenant que le roi Abdallah joue un rôle moteur pour régler les problèmes qui agitent la région, alors qu’il semble incapable de combler le retard pris par l’Arabie saoudite en termes de démocratie en comparaison avec des pays voisins comme la Jordanie ou les États du Golfe. Pourquoi Abdallah n’exerce-t-il pas son pouvoir pour réformer ? Pourquoi, malgré les pressions internationales et les attentes de la population, n’a-t-il pas désigné un remplaçant éventuel au prince Sultan ben Abdulaziz, le prince héritier qui est malade, car il est dans la tradition des rois saoudiens de désigner non seulement leur successeur en ligne directe, mais aussi celui de second rang ? Pourquoi les religieux wahhabites, principaux opposants aux réformes et aux progrès, se voient-ils accorder de facto la place de codirigeants du royaume ? En fait, Abdallah n’est pas maître du jeu. S’il lui est facile de serrer la main de Mahmoud Ahmedinejad, le président iranien, d’Ismaïl Haniyeh, le dirigeant du Hamas, du président russe Vladimir Poutine ou du président américain George W. Bush, sur le plan intérieur il lui est bien plus difficile d’obtenir ce type d’images rassurantes, symboles de relations cordiales. Abdallah doit faire face à l’opposition de dizaines de demi-frères et à la réticence de milliers de cousins et de neveux, sans compter les critiques dogmatiques des wahhabites les plus rigoureux. Ces forces d’opposition à l’intérieur du royaume constituent un obstacle presque insurmontable. L’impossibilité de réunir un consensus empêche de mener une politique cohérente qui réponde aux besoins du pays. Reste en place une cohabitation entre les princes saoudiens et leurs partenaires wahhabites, chacun ayant sa propre sphère d’influence. L’inertie saoudienne s’enracine profondément dans les deux sources de légitimité du royaume, à savoir le pétrole et l’islam. Depuis qu’Abdallah est devenu roi en août 2005, le prix élevé du pétrole a alimenté le vieux système de patronage consistant à donner de l’argent en échange du silence et à étouffer toute velléité de changement. Par ailleurs, le titre de gardien des lieux saints de l’islam dévolu au roi saoudien est détourné pour empêcher les réformes, au prétexte que tout changement doit être soigneusement étudié en raison de la situation unique du pays qui a une telle responsabilité. En Arabie saoudite, à tout point de vue, les réformes sont un étrange compromis entre les groupes antagonistes au sein de la famille al-Saoud et l’establishment religieux wahhabite. Il en résulte une pseudo-démocratie. Il y a eu des élections municipales, mais elles étaient partielles, sous contrôle et sans grande importance. Le Conseil consultatif est dépourvu de moyens : ses membres étant nommés par le roi (il n’est pas question qu’ils soient élus dans un avenir prévisible), il ne peut légiférer. On peut en dire autant du « dialogue national » lancé par Abdallah, mais qui n’a pas reçu l’approbation des institutions wahhabites. Dans ce cadre, des discussions entre représentants chiites, wahhabites et d’autres branches de l’islam sont passées récemment à la télévision, mais ce n’était que de la poudre aux yeux et la population saoudienne n’espère plus rien. L’exposition au monde extérieur par les voyages, la télévision par satellite et Internet incite la population à demander des droits politiques, notamment celui d’avoir une représentation démocratique, ce que le paternalisme de l’État lui refuse de longue date. Les frontières du royaume ne pouvant être rendues étanches aux idées et empêcher le désir de changement, la population regarde avidement la chaîne de télévision al-Jazira – officiellement interdite en Arabie saoudite – parler des élections au Koweït et des débats démocratiques qui ont lieu dans les autres pays du Golfe. Le refus ne constitue pas une politique, c’est une voie suicidaire. Le rôle de gardien du pétrole et de l’islam donne peut-être une fausse impression de sécurité aux dirigeants, mais cela pourrait ne pas durer très longtemps. Le prix du pétrole pourrait dégringoler de la même manière qu’il a franchi des plafonds. Comme les peuples, les nations qui se mentent à elles-mêmes sont condamnées à un avenir d’incertitude et d’instabilité. Se mentir à soi-même est un choix. Beaucoup de princes saoudiens octogénaires, notamment le roi Abdallah, savent ce qu’il faut faire. La population aussi. Si la monarchie la consulte et commence à répondre à son attente, la réconciliation et la stabilité sont encore possibles. * Mai Yamani écrit et travaille pour la radio et la télévision. Son dernier ouvrage s’intitule Cradle of Islam (Le berceau de l’Islam). © Project Syndicate, 2007. Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz.
Par Mai YAMANI*

Après avoir laissé espérer une véritable réforme politique en Arabie saoudite, le roi Abdallah a déclaré que le temps du changement n’était pas encore arrivé. Malgré le remaniement du cabinet, tout reste figé. La population saoudite, composée pour moitié de jeunes de moins de 15 ans, va continuer d’être abreuvée par la télévision des sempiternelles images des vieux princes – certains sont en place depuis 40 ans –, symboles de la déliquescence de la vie politique. Il est paradoxal de voir l’Arabie saoudite paralysée sur le plan intérieur, alors qu’elle est de plus en plus active sur la scène diplomatique, essayant par exemple d’apporter une solution à la situation en Irak.
Ce n’est pas cela qu’attendaient les Saoudiens. Depuis un an et demi, ils espéraient un remaniement du...