Treizième semaine de 2007.
George W. l’a délicatement comparée à sa mère – c’est gentil, même si Barbara B. doit avoir vingt ans de plus et qu’elle n’a vraiment rien de glamour. Nancy Pelosi, la thatchérienne et pourtant très démocrate n° 3 américaine, s’en va bientôt rejoindre la déjà longue cohorte de béat(e)s à avoir pris le chemin de Damas, pensant, avec cette foi de charpentière, qu’elle pourra convaincre ce bon docteur Bachar de cesser de tout vouloir détruire en Irak, en Palestine et au Liban. Aussi niaiseuse parfois et dangereuse souvent que soit la politique US, la présidente de la Chambre des représentants a décidé de prendre le contre-pied total d’une des rares choses positives que la bande à Rove s’est fait fort d’appliquer (presque) jusqu’au bout – presque, parce que les Israéliens sont très contents du régime assadiste et ne veulent aucunement qu’on le leur change… Mais peut-être que Nancy Pelosi a du temps – et de l’argent et de la crédibilité et de l’énergie – à perdre et qu’elle est sincèrement convaincue qu’elle peut réussir là où tout le monde, le pauvre Javier Solana en tête, a échoué. Jacques Chirac a dû écorner de rage le dernier ouvrage sur la céramique mochica qu’il lisait en apprenant la bonne nouvelle. Il n’empêche, la speaker américaine n’en fait qu’à sa tête – il y a finalement là un pléonasme affligeant : les speakers, d’où qu’ils viennent, n’en font qu’à leur tête.
Sauf qu’ils ne se sont pas tous spécialisés, loin de là, dans le viol ahurissant et public de la Constitution de leur pays – sans doute effarés par la quantité et la qualité des efforts à fournir pour courir derrière le champion toutes catégories confondues de ce sport plutôt mesquin : Nabih Berry. Notre speaker à nous a une arme redoutable : pour bafouer la Loi fondamentale, cet avocat qui a pourtant bénéficié du formidable apprentissage d’Abdallah Lahoud fait croire qu’il ne comprend rien à la langue arabe et qu’il peut donc en jouer comme il veut, que ce soit au sujet du quorum nécessaire pour l’élection du président de la République ou en ce qui concerne l’envoi par courrier du projet de loi sur le tribunal. Notre speaker à nous prend ses compatriotes pour des imbéciles finis.
Et pourtant, notre speaker à nous (qui, soit dit en passant, partage la même nationalité que son homologue du Potomac) doit bien se rendre compte, malgré tous ses fantasmes et tous ses vœux pieux, que nous ne sommes pas en Syrie, mais au Liban. Et qu’en fin de compte, on ne peut pas violer pendant des mois et des mois, impunément, la Constitution : cela fait plus de neuf mois que la Chambre ne s’est pas réunie, et il n’a même pas la décence, et/ou le courage, de convoquer les députés afin – au moins – qu’ils légifèrent, ou qu’ils s’occupent de l’après-Paris III. Outre les dommages profonds et inaltérables que cette déparlementarisation, que cet assassinat de l’État, provoque, il devrait désormais être officiellement interdit de donner à Nabih Berry le titre de speaker. Le chef d’Amal, ou le porte-parole de l’opposition s’il préfère embrasser plus large, lui va comme un gant. En attendant, naturellement, que les députés, à la première occasion et comme la Constitution le leur permet, posent une motion de défiance à l’encontre de cet homme qui aurait pu devenir un homme d’État et qui a préféré choisir la régression pure, le retour à la case départ. Chacun son truc…
Mais c’est pourtant en speaker qu’il rencontrera très probablement, lorsqu’elle débarquera à Beyrouth, la sémillante, la terrifiante (selon George W.) Nancy Pelosi. Ils auront certainement beaucoup de choses à se raconter, des blagues réservées aux seuls yankees, pure souche ou récemment naturalisés ; il faudra pourtant bien que quelqu’un explique à cette dame, censée arriver de Damas, qu’elle n’a absolument rien compris, et que si elle veut vraiment faire quelque chose pour le Liban, qu’elle s’en aille essayer de convaincre les Israéliens de placer les fermes de Chebaa sous souveraineté onusienne, de cesser définitivement leurs survols aériens du Liban, de livrer la cartographie de leurs mines et de procéder à un échange de prisonniers. Parce qu’en ce qui concerne la Syrie, il n’y a plus qu’un moyen. Nabih Berry le lui dira tout seul ? Tant mieux, au moins il aura mérité le dixième du salaire payé par les Libanais. Il restera à Nancy Pelosi à apprendre qu’avec la Syrie, il n’y a que la force qui puisse encore réussir. Il faut aussi qu’elle sache que Nabih Berry usurpe désormais son titre – la lahoudisation est phénoménalement contagieuse – ; qu’il n’est plus donc que le chef d’Amal. Jeffrey Feltman devra par conséquent faire en sorte qu’elle s’entretienne avec Farid Makari.
Ziyad MAKHOUL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats