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Actualités - Opinion

LE POINT Le poids des « ni-ni »

Aura-t-il mis du temps, Jacques Chirac, avant de déposer sa cerise sur le gâteau…. Et puis quel détour pour déboucher enfin sur le chemin d’un soutien formulé presque du bout des lèvres. Dans la concision du propos, dans le choix même des mots, il y a quelque chose de florentin que n’aurait pas renié feu François Mitterrand. Quoi de plus naturel en effet, vient-il de dire aux Français, que cet appui puisque c’est moi, le président, qui ai voulu la création de l’UMP et puisque celle-ci a porté son choix sur le ministre de l’Intérieur ? Message reçu cinq sur cinq : décidément, il est bien difficile pour l’actuel locataire de l’Élysée d’oublier 1995, année d’un certain ralliement à Balladur, perçu comme une « trahison » par un homme qui a souvent reconnu ne pas être rancunier mais avoir bonne mémoire. Qu’importe tout cela, maintenant que les choses sont plus claires et que – à la guerre comme à la guerre – ce n’est pas toujours, en politique, que l’on choisit son poulain ou son mentor de l’heure. Mais au fait, y voit-on vraiment plus clair ? Rien n’est moins évident, à un mois du premier tour d’une présidentielle vraiment pas comme les autres. Certes, on ne peut qu’approuver Nicolas Sarkozy quand il dénonce « cette maladie française de vouloir changer la Constitution tous les cinq matins ». L’économie s’essouffle-t-elle, la Sécurité sociale est-elle en pleine déconfiture, les écoles et les universités lorgnent-elles sur le modèle anglo-saxon, la France ne caracole-t-elle plus en tête mais se retrouve, au mieux, dans le gros du peloton, au pire candidate à être lanterne rouge, tout juste avant les derniers arrivants du Club des 27 ? Aussitôt voilà qu’on se met à parler d’une VIe République. Comme si les problèmes étaient dans la Constitution et non pas dans les esprits. Certes aussi, François Bayrou n’a pas tort, lui, de parler de ces « autres (qui) sont en panne de majorité », à moins d’être avec le Front national pour l’un, avec l’extrême gauche pour l’autre. Certes encore, Ségolène Royal a pleinement le droit de reprendre « sa liberté totale dans cette dernière ligne droite », au risque de fâcher définitivement des « éléphants » qui n’attendent que cela pour se détacher d’elle et un électorat qui, désormais, lorgne ouvertement dans une autre direction. C’est que le bon peuple se sent quelque peu perdu et ne sait plus où donner de la voix, dans un mois exactement puis lors du second tour du 6 mai. Instinctivement donc, il se tourne vers l’homme qui sait murmurer à son oreille les choses qu’il désire entendre, ce Béarnais dont on a commencé par se gausser avant de s’inquiéter à l’idée qu’il pourrait se retrouver face à face avec le favori de tous les sondages, inattendu finaliste et grand bénéficiaire des bulletins d’une légion de « ni-ni » (ceux qui refusent de rejoindre les rangs des partisans des deux grosses pointures) qui ne cesse de grossir. D’ici là, on peut espérer que l’horizon se sera éclairci grâce à l’indispensable opération de décantage en cours. Déjà si, début février, on comptait sur la ligne de départ pas moins de 46 candidats, ils ne sont plus que douze aspirants à l’investiture suprême depuis que, en début de semaine, le Conseil constitutionnel a dit son dernier mot. Au total quatre femmes et huit hommes représentant toute la palette, d’une extrême à l’autre, du landernau politique, prêts à affronter un électorat qui sait très bien ce qu’il veut, s’il ne sait pas comment l’obtenir : jouir de l’abondance mais sans la mondialisation, travailler moins mais gagner plus, payer le minimum d’impôts mais bénéficier d’un maximum de prestations, notamment d’une Sécurité sociale sur le point de proclamer sa faillite, accepter l’Autre à condition qu’il sache se faire invisible. D’où un discours politique à géométrie variable, qui grossit comme à plaisir les rangs des indécis appelés à faire la différence au jour J. Et qui déroutent les plus savants des sondeurs même si, au rythme régulier des statistiques, maintenant devenues quotidiennes, c’est « Sarko » qui mène avec cinq points d’avance sur une « Ségo » qui à aucun moment ne parvient à se rapprocher de lui, pas plus qu’elle ne semble en mesure de retrouver les voix que lui a soufflées le chef de l’UDF. Une situation qui fait glousser d’aise cet agitateur professionnel de Jean-Marie Le Pen. « La dernière fois (en 2002), vient de déclarer le président du Front national, on m’avait accordé seulement la cinquième place. Ça ne m’a pas empêché d’être second. » Rien de mieux que de tels propos pour alimenter les insomnies de ses onze adversaires. Christian MERVILLE
Aura-t-il mis du temps, Jacques Chirac, avant de déposer sa cerise sur le gâteau…. Et puis quel détour pour déboucher enfin sur le chemin d’un soutien formulé presque du bout des lèvres. Dans la concision du propos, dans le choix même des mots, il y a quelque chose de florentin que n’aurait pas renié feu François Mitterrand. Quoi de plus naturel en effet, vient-il de dire aux Français, que cet appui puisque c’est moi, le président, qui ai voulu la création de l’UMP et puisque celle-ci a porté son choix sur le ministre de l’Intérieur ? Message reçu cinq sur cinq : décidément, il est bien difficile pour l’actuel locataire de l’Élysée d’oublier 1995, année d’un certain ralliement à Balladur, perçu comme une « trahison » par un homme qui a souvent reconnu ne pas être rancunier mais avoir bonne...