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Actualités - Opinion

Un 14 Mars synonyme de lutte plutôt que d’allégresse Philippe ABI-AKL

C’est certainement dans un climat qui n’aura rien de triomphant, et encore moins de triomphaliste, que le deuxième anniversaire de la révolution du Cèdre se trouvera célébré demain, 14 mars, par le camp du même nom. Aussitôt l’indépendance recouvrée, aussitôt trahie, pourrait-on dire. Ou à tout le moins anémiée, sapée du dedans, au service du dehors. Tout ou presque reste à faire, la lutte et la crise continuent. Articulées en premier lieu sur le tribunal à caractère international, puis sur une clarification de souveraineté passant par l’élection d’un nouveau chef de l’État. Le changement, pour être global, impliquant l’élaboration d’une nouvelle loi électorale. Force est de constater qu’en deux ans, la majorité, au lieu de progresser vers ses objectifs initiaux (un État de droit digne de ce nom, la loi appliquée à tous, une démocratie vivante etc.), a nettement régressé. Sans doute pour avoir composé trop tôt, trop vite avec le 8 Mars, l’intégrant au gouvernement, lui donnant le perchoir de la Chambre, lui concédant le gel de la présidentielle. Un 8 Mars qui a rapidement rendu la monnaie de la pièce en présentant l’envers. Pour s’ériger en barricade d’abord défensive puis bientôt agressive, déchaînée même. Ainsi, au fil des jours, des semaines et des mois, la minorité n’a cessé de relever le plafond de ses exigences, en traduisant en actes certaines de ses menaces. Visant même la paix civile (et maintenant l’obéissance citoyenne du même nom) à travers des violences qui ont bien failli mettre le feu aux poudres en janvier, n’eût été la double intervention saoudo-iranienne. Les seuls points marqués par la majorité sont certes importants en soi, mais de l’ordre de la négation plutôt que de la réalisation : ne pas céder à la pression, au chantage, ne pas faire démissionner le gouvernement, ne pas renoncer au tribunal, ne pas gommer complètement la 1701. Elle s’est donc placée en état de résistance presque passive, du moment qu’elle consent ouvertement, en dépit de l’intransigeance du camp d’en face, de faire encore des concessions. Ce que Saad Hariri appelle des décisions courageuses. Au point qu’elle n’exclut pas des amendements au statut du tribunal, qu’elle ne lie pas les relations avec la Syrie au dossier des attentats ou des assassinats, qu’elle ne refuse pas l’idée de législatives anticipées ou d’un cabinet d’union. Aujourd’hui même, que voit-on, qu’entend-on ? Les députés du Hezbollah Mohammad Raad, Hussein Hajj Hassan ou Mohammad Fneich ne cessent de répéter qu’il faut avant tout un cabinet d’union avec tiers de blocage (qu’ils appellent de garantie). Et que c’est ensuite seulement que l’on débattra des amendements au statut du tribunal, au nombre de cinq dit-on, que l’opposition entend décrocher. Pour faire sauter le gouvernement et entraîner un vide constitutionnel, au cas où elle n’obtiendrait pas gain de cause. Pour le compte, cela va sans dire, de la Syrie. De son côté, le leader du Hezb, et en fait de l’opposition tout entière, sayyed Hassan Nasrallah, proclame que le sit-in se poursuivra. Et menace de nouvelles mesures d’escalade, en cas d’échec du dialogue engagé entre Nabih Berry et Saad Hariri. Doutes Ce rétablissement des ponts a été encouragé, sinon initié, par l’Arabie saoudite, après la visite d’Ahmadinejad à Ryad. Les deux États ont confirmé à cette occasion leur ferme résolution commune antérieure de prévenir, au Liban, une discorde mettant face à face chiites et sunnites. L’ambassadeur saoudien Abdel Aziz Khoja, rappelé un moment en consultations, a reçu comme instructions de promouvoir des retrouvailles libanaises, en vue d’un accord interne. Ce qui peut signifier, et il y aurait lieu de le redouter, que les Saoudiens et les Iraniens ne sont pas parvenus à mettre au point ensemble une formule de solution viable à la crise libanaise. Un blocage de médiation dû, selon toute probabilité, aux limites que Téhéran se fixe, en considération de son alliance stratégique avec la Syrie. Pays qui a fait savoir, haut et clair, qu’il se dresserait contre tout arrangement fondé sur le tribunal international, sa bête noire. Quoi qu’il en soit, Berry et Hariri opèrent en secret, par souci d’efficience. Selon leurs proches, ce qu’ils recherchent ce n’est pas une solution globale toute faite, car les conditions régionales ou même locales ne le permettent pas encore. Par exemple, il n’y a toujours pas moyen, pour le moment, de s’entendre sur la question du désarmement du Hezbollah ou des Palestiniens. Ils se trouvent donc en quête d’un premier accord sur les principes de base. Après quoi, ils en référeraient à leurs alliés respectifs, pour en recueillir les remarques et retoucher éventuellement le projet. Les priorités et les positions étant connues, il n’est pas difficile de comprendre que les deux hommes doivent surtout discuter du tribunal et du gouvernement d’union. C’est donc la détente, plutôt que l’entente, qui se trouve ciblée. Mais la Syrie, question essentielle, autorisera-t-elle ses alliés locaux à relâcher la pression ? Et cela alors qu’elle-même fait monter les enchères, par le truchement des déclarations en flèche de son ministre des Affaires étrangères, Walid Moallem, tant sur le tribunal que sur la surveillance des frontières. Sans compter la recrudescence notable, ces derniers jours, des attaques de la presse syrienne contre la majorité libanaise. Pour ce qui est de la majorité, la tendance y est au rejet de l’arrangement partiel, limité au gouvernement d’union et au tribunal après retouches, que l’opposition affirme seul possible. Les loyalistes veulent un package deal incluant la présidentielle et une loi électorale fondée sur la petite circonscription. Cependant, les minoritaires s’obstinent. Parce qu’ils pensent, en général, que le tableau extérieur évolue en leur faveur. Dans ce sens qu’ils interprètent la conférence sur l’Irak, et le défilé à Damas de diplomates occidentaux, dont Javier Solana, comme une sortie d’isolement pour la Syrie, un lifting de son rôle régional. Et arabe via les efforts déployés par Moubarak d’Égypte pour rapprocher Saoudiens et Syriens.
C’est certainement dans un climat qui n’aura rien de triomphant, et encore moins de triomphaliste, que le deuxième anniversaire de la révolution du Cèdre se trouvera célébré demain, 14 mars, par le camp du même nom. Aussitôt l’indépendance recouvrée, aussitôt trahie, pourrait-on dire. Ou à tout le moins anémiée, sapée du dedans, au service du dehors. Tout ou presque reste à faire, la lutte et la crise continuent. Articulées en premier lieu sur le tribunal à caractère international, puis sur une clarification de souveraineté passant par l’élection d’un nouveau chef de l’État. Le changement, pour être global, impliquant l’élaboration d’une nouvelle loi électorale.
Force est de constater qu’en deux ans, la majorité, au lieu de progresser vers ses objectifs initiaux (un État de droit digne de ce...