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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Propos de souper

Quoi de plus anodin et banal qu’une rencontre entre un président d’Assemblée et un chef de groupe parlementaire, lequel se trouve être de surcroît le plus important de la Chambre ? Survenant après quatre mois de crise, l’entretien nocturne qu’ont eu jeudi Nabih Berry et Saad Hariri aura été salué pourtant comme un véritable événement national. Tant mieux, bien sûr, si ce souper en tête à tête, suivi dès hier d’un nouveau round de conversation, doit augurer d’une prochaine décrispation de la crise libanaise, d’un accord sur le tribunal international, de la formation d’un vaste gouvernement d’union, d’une normalisation de la vie politique et économique du pays. Qu’on ne s’y trompe pas cependant : une fois de plus, il faut le craindre, on n’aura fait que rafistoler une machine usée avant terme. On se sera rabattu sur le provisoire, un provisoire qui, contrairement à la règle bien connue, ne dure pas. C’est en 1989 que fut conclu l’accord de Taëf, devenu peu après la Constitution de notre pays. D’une certaine manière toutefois, cette Constitution percluse n’est âgée que de deux ans d’existence. Biffées d’office, en effet, ces quinze années noires durant lesquelles le tuteur syrien a souverainement arbitré, au mieux de ses intérêts, tous les débats, rivalités et conflits survenant régulièrement au sein de la classe dirigeante : cela sans aucun égard pour des textes fondamentaux souffrant, il est vrai, de maintes imprécisions et lacunes. Là où il revenait au Conseil constitutionnel de statuer, c’est le garde-chiourme qui faisait tourner la baraque, qui gouvernait, et pas toujours par procuration. De cette sombre période on peut se consoler à l’idée qu’elle a fini par porter un coup fatal à la thèse syrienne voulant que la tour de Babel libanaise est absolument ingouvernable du dedans, ce qui commande la prise en charge d’un tuteur éclairé. Car si la Syrie a administré notre pays avec l’assentiment tacite ou explicite de la communauté arabe et internationale, elle l’a fait de la pire des manières. La paix intérieure tant chantée n’y était maintenue que par la terreur des services parallèles ; des pans entiers de la population étaient totalement exclus de la vie politique, la justice était arraisonnée, la république était dépecée en territoires mafieux, et une bonne part du racket prenait naturellement le chemin de Anjar ou de Damas. Tuteur éclairé ? Aveuglante de clarté aura été, de fait, la triste expérience. Théoriquement livrés à eux-mêmes en 2005, les Libanais s’avèrent toujours incapables cependant de gérer, tout seuls, leurs propres affaires. En profond désaccord qu’ils étaient sur le tribunal international Hariri comme sur le désarmement du Hezbollah, c’est l’ONU qui s’est chargée de trancher, même si certaines des résolutions adoptées à l’unanimité n’ont connu à ce jour qu’un début d’application. Et si les Libanais des deux bords reprennent langue aujourd’hui, c’est seulement dans la foulée et sous l’effet des arrangements étrangers, notamment l’entente apparue le week-end dernier entre l’Iran et l’Arabie. Mieux encore, c’est sur le sol saoudite, comme lors de la conférence de Taëf, enfermés à double tour jusqu’à ce qu’épuisement s’ensuive, que les protagonistes de la crise seraient invités à sceller l’entente retrouvée... Pour salutaires qu’elles soient cependant, toutes ces démarches ne tendent qu’à régler un problème ponctuel, là où le fonctionnement harmonieux de l’État peut se trouver confronté tous les jours à une foule de problèmes. La loi du nombre est impensable, bien entendu, dans une mosaïque de communautés telle que le Liban ; mais force est de constater aussi, aujourd’hui, les aberrations et périls de la démocratie consensuelle, du moins telle qu’elle est abusivement pratiquée. Par le plus grand des paradoxes, c’est de culture démocratique que manque cruellement ce seul pays arabe à prétention démocratique. Et c’est par le respect du jeu des institutions, même à l’ombre d’une Constitution imparfaite – et qu’il est devenu urgent de parfaire – que commence nécessairement cette culture. Issa GORAIEB

Quoi de plus anodin et banal qu’une rencontre entre un président d’Assemblée et un chef de groupe parlementaire, lequel se trouve être de surcroît le plus important de la Chambre ? Survenant après quatre mois de crise, l’entretien nocturne qu’ont eu jeudi Nabih Berry et Saad Hariri aura été salué pourtant comme un véritable événement national. Tant mieux, bien sûr, si ce souper en tête à tête, suivi dès hier d’un nouveau round de conversation, doit augurer d’une prochaine décrispation de la crise libanaise, d’un accord sur le tribunal international, de la formation d’un vaste gouvernement d’union, d’une normalisation de la vie politique et économique du pays. Qu’on ne s’y trompe pas cependant : une fois de plus, il faut le craindre, on n’aura fait que rafistoler une machine usée avant terme....