Le don est son credo et le service d’autrui sa mission. Mona Choueiri, présidente de la Fondation du père Afif Osseirane et de l’Association des universitaires libanaises, a plusieurs cordes à son arc. Éminente avocate et membre de plusieurs associations dont l’UPEL et la Ligue nationale pour la lutte contre toutes les formes de discrimination contre la femme, elle s’est engagée dans le bénévolat, il y a près de vingt-cinq ans, menant sa lutte sur plus d’un front. Elle œuvre ainsi à sensibiliser la femme libanaise – et la société civile – sur ses droits, à améliorer la situation des mineurs dans les prisons, à assurer une réinsertion sociale aux délinquants en conflit avec la loi…
«Rien et personne ne peut empêcher une femme de réussir, à condition qu’elle fasse acte de présence et assume ses responsabilités, affirme Mona Choueiri. De son côté, la société doit l’encourager et renforcer son travail. Mais c’est à la femme de faire preuve, en premier lieu, de ses capacités et à l’homme et toute la société civile de la soutenir.»
Déterminée à familiariser la femme avec «ses droits politiques» et à s’affirmer dans «le système libanais patriarcal», sans pour autant «faire des révolutions». Mme Choueiri affirme ne pas être féministe. «Personnellement, je ne peux pas travailler sans l’appui de l’homme, remarque-t-elle. Si je n’avais pas le soutien de mon mari, s’il n’acceptait pas mes absences plus ou moins prolongées, je n’aurais jamais pu atteindre ce stade. J’estime ainsi qu’il ne faudrait pas sensibiliser uniquement la femme sur ses droits, mais l’ensemble de la société civile, car il n’est plus permis de nos jours d’avoir un taux d’analphabétisme qui frôle les 27% au sein de la population féminine. Il n’est plus permis non plus de continuer à préparer la femme au mariage et de la confiner dans son rôle unique de femme au foyer et de mère de famille. »
Fille d’un magistrat et issue d’une famille comptant plusieurs avocats et juges, elle n’a jamais été attirée par le métier. «Je voulais devenir architecte, se souvient Mona Choueiri, mais à l’époque, l’Université américaine de Beyrouth n’acceptait pas les candidatures des femmes pour cette filière. J’ai pensé alors rejoindre la faculté de pharmacie, mais je n’avais plus le temps de réviser pour le concours. Je me suis finalement inscrite à la faculté de droit de l’Université Saint-Joseph, sans en être très convaincue. Mais, c’est un domaine qui a fini par me fasciner. J’étais déterminée à réussir.»
Le pari est gagné. Depuis près de quarante ans qu’elle exerce son métier d’avocate, Mona Choueiri a marqué des points sur plus d’un niveau. «Au sein de la Ligue nationale pour lutter contre toutes les formes de discrimination contre les femmes, je continue à travailler pour amender la loi sur la nationalité, explique-t-elle. Nous avons également travaillé sur le dossier du crime d’honneur.» Sans oublier bien évidemment son dévouement pour la cause des mineurs et des délinquants tant au niveau social que sur le plan légal et juridique. «Lorsque je me suis engagée dans le métier, nous étions une poignée de femmes avocates, se souvient-elle. Le défi à relever n’était pas uniquement de se faire respecter de ses collègues, mais de toute l’équipe avec laquelle nous collaborons. Je devais aussi m’affirmer dans le milieu. Et comme je n’étais pas familière avec la terminologie juridique en langue arabe, je me rappelle avoir passé un an à apprendre à rédiger des conclusions en langue arabe. Je me rappelle avoir lu tous les recueils des grands juristes libanais et arabes. Mon père m’a beaucoup aidée. Il m’a appris tout son savoir-faire.»
Le sens du don et de la charité, c’est au foyer qu’elle l’avait appris. Puis au Collège protestant français, où elle a effectué ses études scolaires. Vers la fin des années 1950, elle s’est engagée en tant que volontaire au Mouvement social. Pour des raisons familiales et professionnelles, elle s’est éloignée du milieu pour reprendre le bénévolat, en 1982, au sein de la Fondation du père Afif Osseirane. «J’ai aussi beaucoup servi au sein de l’ordre des avocats, qui est ma deuxième famille, insiste Mona Choueiri. Cinq ans durant, j’étais conseillère au conseil de discipline. Cette année, j’ai dû abandonner ce poste, car mon emploi du temps est trop chargé.»
La bonne organisation et le soutien de son mari demeurent pour Mona Choueiri la clé de son succès. «Je trouve toujours du temps pour mon mari, mes enfants et mes petits-fils», insiste-t-elle. Elle ne compte pas abandonner son œuvre bénévole de sitôt, même si parfois elle paie de sa «santé». Et les projets qu’elle compte encore entreprendre dans ce cadre sont innombrables. Mais pour pouvoir avancer, il faudrait que les hommes politiques «nous donnent du répit».
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