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Actualités - Opinion

Pari pascalien

Faut-il en rire ou en pleurer, s’en féliciter ou s’en offusquer ? Faut-il crier aux ingérences externes ou, au contraire, applaudir au devoir, au droit d’assistance à pays en danger ? Que l’on appartienne à un camp ou à un autre, que l’on soit quatorze ou huit marsiste, l’interprétation diffère, l’opinion varie : ce qui est sollicitude et aide désintéressée pour l’un devient immixtion et conspiration pour l’autre, ce qui est respect de résolutions internationales pour l’un devient assujettissement à des volontés suspectes pour l’autre. Par-delà la folie qui s’est emparée de lui, par-delà le reniement de ce qui a caractérisé son essence même, les mutilations que le Liban s’est infligées en ont quasiment fait un foyer potentiel de maladie contagieuse. Le Liban message se transformant en épouvantail, en abcès de fixation à des conflits religieux, l’horreur irakienne se transposant au pays du Cèdre, ce scénario du pire, les apprentis sorciers qui en étaient le moteur, les instigateurs, n’en veulent soudainement plus : la poudrière libanaise, longtemps triturée, longtemps ensemencée, fertilisée, allait inévitablement, un jour ou l’autre, leur exploser à la figure. On ne joue pas impunément avec le feu. Le Liban duplicata de l’Irak, c’est tout le monde musulman qui bascule, à terme, dans les guerres fratricides, dans l’horreur : les pays sunnites ont leurs propres minorités chiites, et les pays chiites ont leurs propres minorités sunnites. Du Proche-Orient à la lointaine Asie, en passant par la région du Golfe, les foyers d’agitation n’attendent qu’un signal pour se développer, les graines de la discorde n’attendent qu’une saison propice pour éclore. Que le Liban ait juste servi de laboratoire à d’odieux tâtonnements politiques, qu’il ait payé de sa santé physique, mentale et économique l’échange de messages musclés entre adversaires plus ou moins occultes, tout cela est de peu d’importance par rapport aux enjeux internationaux ! Le Liban carpette, c’est très accommodant, mais quand il devient détonateur à l’échelle régionale, quand il évolue en électron libre, c’est alors l’alerte générale. À quelque chose malheur est bon : c’est ainsi que l’on voit Ahmadinejad se précipiter en Arabie saoudite, Assad préparer déjà ses valises pour aller à Ryad, le souverain wahhabite passer pratiquement l’éponge sur les dérapages du président syrien et Bush donner son feu vert à des contacts « d’ordre humanitaire » avec Damas, à une prise de langue avec Téhéran sur l’Irak. L’heure des grands arrangements a-t-elle sonné ou est-ce seulement une trêve prolongée, un sursis qui nous sont proposés ? De la réunion internationale à Bagdad, en présence aussi bien des Américains que des Syriens et des Iraniens, au sommet arabe de Ryad, que l’on veut celui de l’unité retrouvée, le mois de mars égrènera des journées cruciales où le Liban aura sa part de vedettariat, un rôle dont il se serait bien passé. Entre le rapport de Ban Ki-moon sur l’application de la 1701, celui de Brammertz sur l’assassinat de Rafic Hariri et l’échéance interne de la session ordinaire du Parlement (Berry convoquera-t-il ou non les députés à une réunion le 20 courant ?), les Libanais auront bien de pain sur la planche, bien de nouveaux soucis à se faire. À la lumière des développements régionaux, les déclarations apaisantes, rassurantes fusent, depuis quelques jours, de toutes parts. Mais, on ne le sait que trop, l’enfer est pavé de bonnes intentions, d’engagements jamais tenus, de promesses étalées comme autant de mensonges à venir. Du tribunal international au gouvernement d’union nationale, les formules varient au gré des indications qui proviennent de Damas, Téhéran ou Ryad. Consignes ou simples conseils, le résultat sera fonction de ce qu’en feront les parties en conflit, de l’étendue de leurs marges de manœuvre. Mais l’élément-clé reste, jusqu’à preuve du contraire, la faculté de nuisance du régime syrien, par alliés interposés, que ce régime souscrive ou non au tribunal international qui pourrait le placer au banc des accusés. Package deal, solution partielle ou juste un répit ? Les jours, les semaines se déroulent au rythme du couperet qui se balance au-dessus de nos têtes, au-dessus de celles qui ont pensé, conçu, planifié nos grandes et petites misères. La lumière au bout du tunnel ? Faisons donc le pari pascalien : après tout, les Libanais ont tout à gagner et presque plus rien à perdre. Nagib AOUN
Faut-il en rire ou en pleurer, s’en féliciter ou s’en offusquer ? Faut-il crier aux ingérences externes ou, au contraire, applaudir au devoir, au droit d’assistance à pays en danger ?
Que l’on appartienne à un camp ou à un autre, que l’on soit quatorze ou huit marsiste, l’interprétation diffère, l’opinion varie : ce qui est sollicitude et aide désintéressée pour l’un devient immixtion et conspiration pour l’autre, ce qui est respect de résolutions internationales pour l’un devient assujettissement à des volontés suspectes pour l’autre.
Par-delà la folie qui s’est emparée de lui, par-delà le reniement de ce qui a caractérisé son essence même, les mutilations que le Liban s’est infligées en ont quasiment fait un foyer potentiel de maladie contagieuse.
Le Liban message se transformant en...