«À chaque fois qu’il y a une guerre ou une crise, il y a recrudescence des troubles anxieux et dépressifs », affirme le Dr Élias Sassine, cité dans un article de Joëlle Bassoul pour l’AFP. Pour surmonter leur sombre quotidien, les Libanais sont de plus en plus nombreux à recourir aux calmants et aux antidépresseurs.
Depuis l’été, les Libanais ont accusé coup sur coup la guerre entre Israël et le Hezbollah, qui a fait plus de 1 200 victimes, et la crise entre le pouvoir et l’opposition, qui entrave l’activité et entretient l’incertitude sur l’avenir. Dans ce pays pourtant connu pour la vitalité de sa population, la déprime frappe toutes les catégories sociales et toutes les régions, même si le Liban-Sud est particulièrement touché.
Vice-président de l’Association pour la protection de l’enfant de la guerre, le Dr Sassine, qui a travaillé dans le Sud après les combats, assure qu’un tiers des patients de cet organisme dans la région ont « des pathologies liées directement à la guerre », comme des troubles de l’humeur, l’angoisse d’être séparé des proches ou un stress post-traumatique. Parmi les autres patients, beaucoup souffrent de troubles liés indirectement à la guerre, comme l’impact psychologique des images télévisées, l’accumulation des traumatismes, l’identification avec les victimes.
Face à l’importance de la tâche, l’association dispose de cinq centres à travers le pays, dont deux dans le Sud, et propose des soins gratuits, avec une équipe de quatre psychologues, deux psychiatres et une assistante sociale. Elle soigne enfants et adultes.
Si les habitants du Sud, où le conflit a poussé des milliers de personnes sur les routes, sont ceux qui ont le plus souffert, l’impact de la couverture médiatique à outrance des événements a été important aussi pour le reste de la population, notent les médecins. « L’augmentation des ventes de calmants et antidépresseurs est exponentielle », relève Hani Abi Ghosn, psychologue et propriétaire d’une pharmacie. Dans de nombreuses pharmacies, la hausse des ventes est de l’ordre de 30 %. Le constat est identique un peu partout dans un pays où de nombreux médicaments peuvent être achetés sans ordonnance et à volonté, y compris les antidépresseurs. « Beaucoup de gens avalent des somnifères, sans suivi médical », ajoute M. Abi Ghosn.
Si aucune étude récente n’a été réalisée, de nombreux spécialistes ont néanmoins noté une augmentation des troubles liés à la situation. « L’instabilité actuelle du pays joue beaucoup dans cette ambiance » de morosité généralisée, estime le Dr Sassine.
La guerre médiatique entre les adversaires politiques et le langage de la menace adopté par les responsables des deux bords « angoissent les gens », indique Wadih Naja, un psychiatre. « Les mêmes images de mort et de destruction passent en boucle à la télévision. Aujourd’hui, au lieu de demander ce qu’est une otarie, un enfant de quatre ans demande ce qu’est un obus », ajoute-il.
« C’est insupportable, la pression est énorme, se lamente Nabil, un chauffeur de taxi. Je voudrais quitter le pays, mais j’ai les mains liées, avec deux enfants et pas assez de revenus. C’est à devenir fou ! »
Le phénomène touche toutes les classes sociales. Baromètre du moral de la jeunesse de Beyrouth, le taux de fréquentation des bars fluctue avec l’actualité mouvementée du pays.
Pour le Dr Sassine, il y a quand même une lueur au bout du tunnel pour une population soumise aux crises depuis des générations, surtout dans le Sud où la déconfiture de l’armée israélienne, malmenée par le Hezbollah, a redonné le moral aux partisans du parti chiite. « Dans la plupart des cas, les gens s’en sortent. Et ceux qui adhèrent à la cause du Hezbollah ont certes une plus grande résistance » psychique, note-t-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «À chaque fois qu’il y a une guerre ou une crise, il y a recrudescence des troubles anxieux et dépressifs », affirme le Dr Élias Sassine, cité dans un article de Joëlle Bassoul pour l’AFP. Pour surmonter leur sombre quotidien, les Libanais sont de plus en plus nombreux à recourir aux calmants et aux antidépresseurs.
Depuis l’été, les Libanais ont accusé coup sur coup la guerre entre Israël et le Hezbollah, qui a fait plus de 1 200 victimes, et la crise entre le pouvoir et l’opposition, qui entrave l’activité et entretient l’incertitude sur l’avenir. Dans ce pays pourtant connu pour la vitalité de sa population, la déprime frappe toutes les catégories sociales et toutes les régions, même si le Liban-Sud est particulièrement touché.
Vice-président de l’Association pour la protection de l’enfant de...