Le début du retrait britannique d’Irak expose les Américains à de multiples dangers : le Sud livré à un débordement des rivalités entre extrémistes chiites, la nécessité d’un redéploiement de troupes américaines, l’influence iranienne renforcée, estiment des analystes. À ces risques s’ajoute celui de nouveaux ennuis politiques aux États-Unis pour une Administration déjà sous pression.
Au Congrès où ils sont majoritaires depuis janvier, les adversaires démocrates de George W. Bush sont entrés en rébellion contre la conduite de la guerre. Ils se sont emparés de la diminution du contingent britannique pour exhorter le président à suivre l’exemple plutôt que d’envoyer en Irak 21 500 soldats supplémentaires, contre toutes les attentes des Américains. L’Administration s’est employée à présenter la nouvelle venue de Londres comme la confirmation de la doctrine selon laquelle les troupes se retiraient quand les conditions s’étaient améliorées et que les Irakiens étaient capables de prendre la relève. Mais, éditorialisait le quotidien The New York Times, « vous pouvez tourner les choses comme vous voulez », la décision britannique « ne peut pas être une nouvelle militaire ou politique bienvenue » pour M. Bush.
Au contraire, conjuguée à celle du retrait des Danois ou du retrait envisagé par les Lituaniens et les Lettons, c’est une « mauvaise nouvelle de plus » pour M. Bush, dit Bruce Riedel, expert à l’institut Brookings. Elle « signifie aux Américains que nous sommes de plus en plus seuls dans cette guerre et que même nos alliés les plus proches se désengagent alors que (M. Bush) renforce l’engagement américain ».
Les experts relèvent que le message est d’autant plus néfaste qu’il peut suggérer un renoncement à l’objectif initial de créer un modèle de démocratie au Proche-Orient. Les experts font valoir que si le Sud est relativement plus calme, c’est qu’il a été mis en coupe réglée par les factions chiites et que les forces de sécurité sont sous leur contrôle, précisément ce que M. Bush dit vouloir empêcher en Irak. « Les coupes dans les effectifs britanniques vont à bien des égards simplement refléter cette réalité politique que les Britanniques ont perdu le Sud il y a plus d’un an, dit Anthony Cordesman, du Center for Strategic and International Studies, les chiites vont prendre le dessus, l’influence iranienne va probablement s’étendre, et davantage de sunnites, de chrétiens et de membres d’autres minorités vont devoir partir. » Il s’attend aussi à un regain séparatiste.
Les experts s’inquiètent que le Sud, riche en pétrole, majoritairement chiite et voisin de l’Iran, ne s’enflamme, théâtre de la confrontation entre extrémistes chiites ou nouveau champ de bataille contre l’occupation du pays. M. Riedel envisage que « certaines des milices chiites, comme l’Armée du mehdi, décident, plutôt que de combattre les Américains à Bagdad, d’agir ailleurs ». Et il se demande comment une armée américaine qui atteint la limite de ses capacités de déploiement pourrait compenser le départ britannique.
La Maison-Blanche et le Pentagone assurent que le potentiel combattant des Britanniques ne sera pas diminué et que le retrait britannique a été préparé pendant des mois et n’affectera pas la mission américaine. M. Riedel juge aussi « très alarmante » la possibilité que l’Iran, aux liens multiples avec le Sud, étende encore davantage son influence, alors que l’Administration Bush s’évertue à essayer de la contenir.
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Au Congrès où ils sont majoritaires depuis janvier, les adversaires démocrates de George W. Bush sont entrés en rébellion contre la conduite de la guerre. Ils se sont emparés de la diminution du contingent britannique pour exhorter le président à suivre l’exemple plutôt que d’envoyer en Irak 21 500 soldats supplémentaires, contre toutes les attentes des Américains. L’Administration s’est employée à présenter...