La Chambre des représentants américaine se préparait hier soir à désavouer symboliquement la stratégie du président Bush en Irak, avant d’ouvrir dans les semaines qui viennent un débat sur le financement de la guerre qui divise la nouvelle majorité démocrate.
L’adoption d’un projet de résolution non contraignant désapprouvant l’envoi de 21 500 militaires supplémentaires ne faisait aucun doute, avec le soutien en bloc de la majorité démocrate et d’au moins une douzaine d’élus appartenant au Parti républicain du président Bush. Le texte, lapidaire, représente le plus cinglant désaveu jamais essuyé par le président George W. Bush sur sa conduite de la guerre. Il stipule en dix lignes que « le Congrès désapprouve la décision du président George W. Bush annoncée le 10 janvier 2007 » d’envoyer des renforts, et que « le Congrès et le peuple américain vont continuer à soutenir et protéger les membres des forces armées américaines qui servent ou ont servi courageusement et honorablement en Irak ».
Le vote attendu hier soir devait mettre fin au débat le plus solennel jamais organisé sur la guerre en Irak depuis l’invasion de mars 2003, après avoir permis à tous les représentants qui le souhaitaient de prendre position : 343 élus (sur 435) s’étaient déjà exprimés au long de 38 heures entre mardi et jeudi. Pour la nouvelle majorité démocrate, le vote illustre la prise en compte des préoccupations des électeurs qui lui ont confié la gestion du Congrès en novembre. Les électeurs « ont voté pour une nouvelle direction dans le pays – y compris pour la guerre en Irak », a souligné le chef de la majorité Steny Hoyer, appelant la Chambre à « démontrer non seulement qu’(elle) a entendu (leur) message, mais (qu’elle) a la volonté partagée d’en adresser un elle-même ».
La Maison-Blanche, qui a multiplié les séances d’explication avec les parlementaires pour défendre sa nouvelle stratégie, ne se faisait guère d’illusion sur l’issue du vote. Son porte-parole a annoncé hier que M. Bush continuera à appliquer son plan pour l’Irak malgré le désaveu attendu au Congrès. M. Bush « a très clairement indiqué que le Congrès a le droit d’exprimer son opinion », a souligné M. Scott Stanzel. « Le débat important commencera quand on parlera du soutien que le Congrès accordera ou non aux militaires », a-t-il ajouté, allusion au débat des semaines à venir, quand il s’agira de voter le budget de la « guerre contre le terrorisme », à commencer par un collectif de plus de 93 milliards de dollars pour 2007. « Je vais dire très clairement aux parlementaires à partir de maintenant qu’ils doivent financer nos militaires », avait dit M. Bush mercredi. Le débat sur le financement de la guerre est déjà ouvert de facto. L’aile gauche du Parti démocrate et le candidat à la présidentielle John Edwards, ex-sénateur, poussent le Congrès à couper les crédits de la guerre. L’état-major démocrate, de son côté, assure qu’« il n’y aura pas de suppression des fonds pour les troupes sur le terrain ». Mais Jack Murtha, président de la sous-commission chargée des budgets militaires et l’un des plus fervents opposants à la guerre depuis 15 mois, a annoncé qu’il imposerait de telles conditions pour le déblocage de fonds supplémentaires que les déploiements futurs seraient compromis. « Il faut refuser au président la capacité à envoyer plus de troupes en Irak, en insistant plutôt sur le rétablissement de nos capacités militaires », a déclaré M. Murtha dans un entretien à l’organisation de gauche MoveOn.org.
Le débat sur l’Irak se prolongera aujourd’hui au Sénat, où il avait tourné court il y a dix jours : l’état-major démocrate a sacrifié un congé parlementaire pour organiser un vote de procédure sur la résolution de la Chambre. Il risque d’échouer une nouvelle fois, mais, pour l’influent démocrate Charles Schumer, peu importe : « Nous faisons peu à peu monter la pression sur le président, et nous allons continuer », a-t-il prévenu hier.
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L’adoption d’un projet de résolution non contraignant désapprouvant l’envoi de 21 500 militaires supplémentaires ne faisait aucun doute, avec le soutien en bloc de la majorité démocrate et d’au moins une douzaine d’élus appartenant au Parti républicain du président Bush. Le texte, lapidaire, représente le plus cinglant désaveu jamais essuyé par le président George W. Bush sur sa conduite de la guerre. Il stipule en dix lignes que « le Congrès désapprouve la décision du président George W. Bush annoncée le 10 janvier 2007 » d’envoyer des...