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Actualités - Opinion

Paradoxes L’État fort ? Une métaphore

«Si l’État est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons ! » observait Paul Valéry. Autres temps, autres lieux, autres mœurs : ici et maintenant, cette remarque n’est qu’à moitié valable. Pourquoi ? Parce que, pour nous, un État fort ne peut jamais être qu’une simple vue de l’esprit, un wishful thinking. Inexauçable. À cause de la complexité de la mosaïque libanaise, qui nous contraint à la nécessité incontournable du consensus et du compromis. Des équilibres, comme on dit. D’où une règle de partage, de copartage plutôt, qui reste le fondement même d’un échafaudage délicat qui, autrement, s’écroulerait bien vite. Dans le fond, sinon dans la forme. Comme on a d’ailleurs pu l’expérimenter de 1969 jusqu’au départ des Syriens en 2005. En d’autres termes, l’État est toujours obligé de faire des concessions internes majeures de souveraineté, donc d’autorité. Il lui faut en laisser des pans entiers aux communautés, aux partis, aux courants, aux professions libérales, aux organismes économico-financiers et même aux ONG humanitaires. Pour ne citer qu’un exemple entre mille : nul n’imagine, nul n’espère (et même, très peu souhaitent) que les communautés renoncent au privilège de statuer sur le mariage, le divorce, les successions, et de disposer de leurs propres tribunaux dans ce domaine essentiel de la vie publique. Dans un système impérativement confessionnel, voire confessionnaliste, au titre de la coexistence, l’État républicain laïque ne peut être qu’une composante un peu spéciale, une minorité socio-politique comme une autre. La dix-huitième communauté en somme, avec la proportion de pouvoir effectif que cela représente. Or que voit-on, qu’entend-on ? Tout comme Nasrallah (on n’en est pas à une contradiction près), les pôles du 14 Mars exigent en chœur l’édification d’un État fort. Ce slogan a émaillé la plupart des discours d’avant-hier. Il est peu réaliste ou pragmatique. Mais il n’y a pas vraiment de mal à cela. Si ce que l’on recherche en réalité, et ce serait déjà très bien, c’est de faire en sorte que l’État ne soit plus trop faible. Qu’il redevienne en somme assez solide, assez résistant, assez écouté, pour que nous ne périssions pas une deuxième fois. Qui serait malheureusement la bonne, si l’on ose dire. La balance plutôt que le glaive Ce qui est plutôt fâcheux, et inquiétant, c’est qu’il est rare d’entendre un franc soutien appuyé à l’État de droit ! Et de justice. Soit dit en passant, sans État de droit, il n’y a tout simplement pas de nation qui tienne. Longtemps. La lutte pour cet État de droit serait pourtant un combat bien plus utile pour la société comme pour le pays, que la course rêveuse après l’État fort. Et un moyen sûr de conforter la, toujours, fragile cohésion interne. Surtout en ces temps où, pour surmonter, pour dépasser la redoutable crise ambiante, il faut avant tout régler un point de droit ! À savoir, liquider le conflit focal, névralgique, sur le tribunal à caractère international. « Le tribunal international ou la guerre ? » C’est sous ce titre que s’inscrit le remarquable exposé exhaustif (L’Orient-Le Jour du mercredi 14) du Pr Nasri Diab. Le juriste plaide avec ferveur pour le tribunal international. En soulignant, en substance, qu’il ne peut être question de céder au chantage de la guerre (civile) exercé par les prosyriens, dans leur tentative de neutraliser l’instance en tant que menace visant Damas. Le professeur cite Churchill qui, après le lamentable Munich de 1938, avait notamment lancé à Chamberlain : « You were given the choice between war and dishonor. You chose dishonor and you will have war. » Pas besoin de traduire, tout le monde aura compris. Que, comme le dit l’adage local, si l’on donne un doigt, tout le bras finit par y passer. Cependant, il convient de préciser, de rappeler, que l’opposition locale a biffé de son langage cette menace de troubles pouvant mener à la guerre civile. Parce que l’Iran, disons les choses aussi familièrement qu’elles se présentent, ne marche plus à fond dans la combine, dans le plan jusqu’au-boutiste syrien. Cela, suite à cette sorte de pacte de non-agression chiito-sunnite conclu par Téhéran avec l’Arabie saoudite. À travers leurs entretiens sur le dossier libanais, potentiellement explosif au niveau régional. En outre, Poutine ne se pose plus en défenseur acharné des thèses « juridiques » syriennes, mais plutôt en médiateur préoccupé par la stabilité régionale, également à cause en partie du Liban. D’où ce double constat complémentaire : la Syrie se retrouve, en raison de son obstination tribunalo-libanaise, encore plus isolée et affaiblie. Au point que Amr Moussa, indique-t-on de source sûre, a prévenu Assad : le tribunal sera inéluctablement mis en place et il serait préjudiciable pour quiconque de continuer à s’y opposer. De là à soutenir, comme le font certains, que c’est désormais plutôt la Syrie que le Liban qui risque la guerre, il y a loin. D’ailleurs nul Libanais sensé et sincère ne peut souhaiter un tel malheur pour les frères syriens. En tout cas, les pressions sur Damas se font de plus en plus fortes. Elle risque le chapitre sept, c’est-à-dire des sanctions. Si elle continue de tenter d’empêcher les poursuites judiciaires. Ou si, éventuellement, elle fait objection concrète à l’application des peines judiciaires décidées, en protégeant donc des condamnés. De plus, elle est invitée à ne plus seriner qu’il faut dépolitiser la procédure. D’abord parce qu’elle porte sur un crime politique, avec les retombées que cela implique. Dont la crise libanaise. Ensuite, parce que la politisation outrancière lui est imputable à elle-même en premier. Son blocus n’étant rien d’autre. Mais il reste certainement rassurant de voir les inquiétudes relatives aux effets, et méfaits, de la discorde interne se dissiper un peu. D’autant, mais le souligne-t-on assez, que la majorité est prête à des amendements du statut du tribunal. Pour dédouaner l’opposition, ligotée dans ses engagements à l’égard de Damas. Et permettre l’ouverture de négociations vraiment interlibanaises. Donc, plutôt faciles. Jean ISSA

«Si l’État est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons ! » observait Paul Valéry. Autres temps, autres lieux, autres mœurs : ici et maintenant, cette remarque n’est qu’à moitié valable. Pourquoi ? Parce que, pour nous, un État fort ne peut jamais être qu’une simple vue de l’esprit, un wishful thinking. Inexauçable. À cause de la complexité de la mosaïque libanaise, qui nous contraint à la nécessité incontournable du consensus et du compromis. Des équilibres, comme on dit. D’où une règle de partage, de copartage plutôt, qui reste le fondement même d’un échafaudage délicat qui, autrement, s’écroulerait bien vite. Dans le fond, sinon dans la forme. Comme on a d’ailleurs pu l’expérimenter de 1969 jusqu’au départ des Syriens en 2005. En d’autres termes, l’État est...