Stripteaseur d’occasion, critique littéraire acerbe, comique troupier douteux et chevalier de pacotille, Joey Barton est le candidat idoine pour garder l’Angleterre de l’ennui, à l’heure de sa première sélection ce soir contre l’Espagne.
À 24 ans, Barton s’est imposé comme l’homme que la presse sportive britannique aime détester, ne le lâchant pas du regard et du stylo, guettant la prochaine rigolade éditoriale que va leur offrir sur un plateau le milieu volontaire et rugueux de Manchester City.
Tout le week-end, elle a attendu avec gourmandise le premier tacle à l’entraînement, lundi, de Steven Gerrard, Frank Lampard ou Rio Ferdinand qu’a eu à subir le « Bad Boy » de Liverpool en paiement de ses quolibets sur leur frénésie « littéraire » d’après-débâcle mondialiste.
« Mon livre se serait appelé Pourquoi j’ai joué comme une merde, mon agent m’a dit que je pouvais me faire de l’argent sur le dos du public anglais », a-t-il dit avant de moquer le manque de complémentarité de Gerrard et Lampard : « Le jour où le football se jouera avec deux ballons, l’Angleterre devrait avoir du succès. »
« Cause commune
en sélection »
Ce garçon-là ne respecte rien, pas même la sacro-sainte loi du silence entre footballeurs. « Joey Barton ne devrait pas parler comme ça de moi et de Steven », grogne Lampard, le gendre idéal que la presse déteste aimer et qui aurait demandé à Steve McClaren de renoncer à appeler l’impudent.
Mais l’urbain sélectionneur éprouve une affection surprenante pour le trublion. « Vous avez besoin de gars directs comme ça, sur le terrain comme en dehors », dit-il comme pour relever ses propres insuffisances. « Il n’y aura pas de problème. C’est la beauté de l’Angleterre. Les joueurs se détestent le samedi, mais ils font cause commune en sélection », assure McClaren.
À condition d’interdire les soirées au pub pour Joey « grenade humaine » Barton, comme le décrit le Daily Telegraph. Car l’intéressé ne crache pas sur un ou deux verres avec les potes. Ou trois.
En 2005, lors d’une soirée, il avait écrasé un cigare allumé dans l’œil d’un équipier. À sa décharge, la victime, après avoir entrepris d’enflammer sa chemise, l’avait mis au défi de le faire. Il a ensuite été renvoyé d’une tournée en Thaïlande pour une bagarre de bar nocturne.
Railleries
Thérapie oblige, Barton a arrêté le cigare et le pugilat alcoolisé. Désormais, il exhibe ses fesses.
Le 30 septembre, après l’égalisation de son équipe dans les ultimes secondes sur le terrain d’Everton, Barton snobe le traditionnel amas des corps exultants de ses partenaires, se dirige vers une tribune, se retourne et, sourire de sale gosse aux lèvres, baisse son short.
Une réponse comme une autre à 90 minutes de railleries de Goodison Park : « Where’s your brother ? » (Où est ton frère ?) La réponse était : en prison pour le meurtre raciste à coups de hache d’un jeune Noir en 2005.
Par la grâce de News of the World, son glabre postérieur fera son entrée dès le lendemain dans des millions de foyers, chassant des pages « scandale » du football anglais l’affaire des pots-de-vin et lui attirant la réprobation des faux puritains du royaume.
Conscient de ne pas être le candidat idoine à l’anoblissement, Barton se l’offre tout seul en novembre lors de la célébration de buts la plus burlesque de 2006 (si l’on exclut son « Full Monty », hors concours).
Après avoir adressé une passe décisive à Bernado Corradi, il l’attire vers un coin du terrain, s’agenouille, baisse la tête respectueusement pendant que l’Italien l’adoube avec le poteau de corner. « Lève-toi, sir Joseph Anthony of Barton, fils des bas quartiers de Liverpool. »
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