La conférence internationale de soutien au Liban, dite Paris III, a permis de récolter la somme de 7,6 milliards de dollars pour aider l’économie nationale. Cependant, elle a eu lieu à une période où le pays du Cèdre connaît une instabilité sociopolitique marquée par des manifestations populaires contre le gouvernement qui est en pleine crise de légitimité. De plus, la situation politique régionale, source d’incertitudes liées aux risques de contagion régionale des conflits en Irak et en Palestine, contribue à exacerber les tensions ethnico-confessionnelles internes et à rendre la société libanaise vulnérable. Force est de constater que l’environnement régional, voire international, est marqué par la volonté des autorités américaines de démocratiser le Proche-Orient et de construire le Grand Moyen-Orient. Ceci engendre le remodelage de la carte géographique de la région, remodelage induisant des guerres civiles et des tensions confessionnelles. Sur le plan socio-économique, la société libanaise fait face à une crise houleuse caractérisée par l’endettement (185 % du PIB), le chômage, la pauvreté, l’émigration des jeunes (42 %), la corruption persistante, la confusion entre l’intérêt public et l’intérêt privé, la faiblesse de l’Administration et des institutions publiques.
Nous considérons que cette conférence constitue une chance pour que le Liban puisse éviter une crise financière. Cependant, sa tenue dans de telles circonstances critiques nous amène à questionner non seulement les objectifs mais aussi l’efficacité de l’aide. Le rapport Assessing Aid (1988) soutient que cette dernière dépend en matière de croissance de la qualité des politiques économiques et institutionnelles du pays receveur. Plus pertinents pour caractériser l’état actuel du Liban, d’autres facteurs ne sont pas ou mal pris en compte par la majorité des travaux, alors même qu’ils méritent d’être soulignés. Parmi eux : la vulnérabilité du pays receveur aux chocs externes, la volatilité et l’incertitude des flux d’aide ainsi que l’instabilité sociopolitique. Aussi, le contexte libanais actuel (institutionnel, économique et sociopolitique) contribue-t-il, incontestablement, à compromettre l’efficacité de l’aide en matière de croissance économique et du développement humain.
Cette conférence constitue un geste de solidarité et d’espoir envers la société libanaise. Son objectif affiché consiste à mobiliser une aide financière pour soulager la dette publique libanaise et pour créer une dynamique socio-économique. Néanmoins, d’autres analystes, comme Renaud Vivien, soulignent la nature politique de la générosité des pays donateurs. En réalité, ces derniers ont soutenu le gouvernement libanais malgré sa crise de légitimité. Ce soutien, qui évacue les revendications d’une grande partie de la société libanaise, montre que les critères d’allocation de l’aide sont plus liés à des objectifs politiques qu’à des objectifs humains ou économiques. D’ailleurs, nous assistons avec la mutation de l’environnement régional, voire international, à une transformation des fondements et les objectifs de l’aide, d’un soutien au développement des sociétés à un instrument de promotion des intérêts politiques et géostratégiques.
Pour la société libanaise, les défis persistent sur tous les plans. Le soutien des donateurs constitue une condition nécessaire pour que le Liban surmonte ses déséquilibres financiers, mais il n’est pas suffisant. Dans un contexte de mutation régionale, il doit être complété par la définition d’une vision globale pour le pays, qui doit se baser non seulement sur un changement radical touchant les méthodes et les hommes mais aussi sur un plan de réformes structurelles auquel adhère sans réserve la majorité de la population libanaise.
Hassan Ayoub, docteur en sciences économiques,
chargé de cours à l’université de Lille 2
et consultant à l’international
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La conférence internationale de soutien au Liban, dite Paris III, a permis de récolter la somme de 7,6 milliards de dollars pour aider l’économie nationale. Cependant, elle a eu lieu à une période où le pays du Cèdre connaît une instabilité sociopolitique marquée par des manifestations populaires contre le gouvernement qui est en pleine crise de légitimité. De plus, la situation politique régionale, source d’incertitudes liées aux risques de contagion régionale des conflits en Irak et en Palestine, contribue à exacerber les tensions ethnico-confessionnelles internes et à rendre la société libanaise vulnérable. Force est de constater que l’environnement régional, voire international, est marqué par la volonté des autorités américaines de démocratiser le Proche-Orient et de construire le Grand Moyen-Orient....