Officier traitant saoudien du dossier libanais, le célèbre et puissant émir Bandar ben Sultan, chef du Conseil de sécurité de son pays, est un diplomate de haut vol qui a été longtemps ambassadeur aux États-Unis. Il est connu partout, et son entregent, il le met au service du Liban en effectuant une tournée quasi mondiale, englobant Washington et Moscou, où le hasard du calendrier lui a permis de rencontrer récemment Saad Hariri, également en visite dans la capitale russe. L’inlassable initiative saoudienne de conciliation, qui est sans doute à l’origine même de la retenue décidée chez nous par les protagonistes (on sait que Ryad a beaucoup pressé Téhéran de contribuer à l’apaisement), se poursuit donc intensivement en vue de dépasser la trêve pour aboutir à une solution de la crise politique libanaise. L’arrangement pourrait aller plus loin, et porter tout à la fois sur la situation en Palestine, en Irak ou sur le front de la lutte des axes entre le couple syro-iranien et les Américains. Un bras de fer qui, comme le reconnaissent les jouteurs locaux, conditionne directement la situation prévalant au Liban.
C’est ce qui porte d’ailleurs un ancien ministre expérimenté à appeler de tous ses vœux au succès de la mission de Bandar eu égard à une détente sur le plan du dossier du nucléaire iranien comme de l’Irak. Car autrement, dit-il, le risque d’une guerre américano-iranienne deviendrait fortement élevé. Et si celle-ci devait se déclencher, elle entraînerait probablement une mise à feu, ou d’autres répercussions néfastes, dans toute la région, Liban compris, et sans doute en premier.
Selon cette personnalité, l’émir Bandar tenterait de faire comprendre aux Américains qu’il est de leur intérêt premier de mettre un peu d’eau dans leur vin régional pour pouvoir, à terme, se trouver une porte de sortie honorable en Irak. Il les inviterait également à encourager plutôt qu’à contrer un accord interne au Liban, pays mosaïque composite où, c’est évident, la stabilité passe nécessairement par le compromis sur des problèmes comme le pouvoir, ou le partage du pouvoir, et la démocratie.
Damas
Mais il y a la Syrie, son intransigeance, son refus de coopérer, liés à la question d’un tribunal international qu’elle souhaite, qu’elle exige, voir avorter ou neutraliser. Même sur ce point, l’ancien ministre estime que l’on peut encore parvenir à une solution médiane, sans pour autant biaiser sur le fond, côté justice et vérité. Dans ce sens qu’on pourrait, d’après lui, donner suffisamment de garanties aux Syriens au sujet du sort de leur régime, pour qu’ils acceptent de se décrisper. Ce qui signifierait qu’eux aussi composeraient au sujet de l’Irak, de la Palestine et du Liban. Sans plus craindre, répète ce ministre, l’épée de Damoclès portant le nom de tribunal suspendue au-dessus de leur tête, du moins à les en croire.
Concrètement, les astuces de déblocage du dossier tribunal se résument comme suit :
– Amender le statut de manière à limiter la mission de l’instance au seul crime de l’assassinat du président Hariri, sans connaître des autres attentats meurtriers qui l’ont précédé ou suivi.
– Retoucher de même le texte pour dédouaner les supérieurs, entendre donc le régime syrien et son premier carré, de toute responsabilité à l’égard de forfaits qu’auraient commis des subordonnés.
– Retarder la désignation des juges, donc la mise en place de la cour, jusqu’à ce que le président de la commission d’enquête, Serge Brammertz, ait rendu ses dernières conclusions. Ce qui signifie en pratique que rien ne serait fait avant la fin de l’année en cours. Ce qui permettrait également de mener à bien tranquillement les tractations sur la composition de la cour, qui comprend deux degrés, et du parquet, ainsi que sur les mécanismes de financement, de fonctionnement et sur le site.
Autre conséquence positive éventuelle de ce gain de temps : le mandat prorogé de M. Lahoud aurait pris fin. Et un président de consensus prendrait sa place, aux termes d’une réconciliation entre les parties locales en conflit. C’est du moins ce qu’espère l’ancien ministre cité. En répétant avec insistance qu’il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de parvenir à une solution si la Syrie n’y met pas du sien, et si elle continue à ruer dans les brancards.
Émile KHOURY
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