Avec l’accroissement de la population et l’augmentation des besoins en eau, les tensions qui existent aujourd’hui dans certains pays risquent de s’aggraver et, de l’avis général, une crise mondiale de l’eau semble inéluctable.
L’hydrogéologue français Jean Margat remet en cause cette vision « simpliste et trop générale » et préfère parler de crises de l’eau au pluriel.
« À l’échelle mondiale, il y a une telle diversité que l’on ne peut pas tout ramener à une sorte de jugement commun », explique le scientifique qui a travaillé comme consultant pour l’Unesco, la Banque mondiale ou les Nations unies.
Les ressources en eau par pays varient ainsi de quelques millions de m3 à plusieurs milliards. La Sibérie, le Canada ou le Brésil, qui possède le plus grand fleuve du monde, sont riches en eau, tandis que la Libye ne possède pas un seul cours d’eau, même petit. Les besoins en eau sont également extrêmement différents de pays à pays et varient de 100 m3/an à 5 000 m3/an par habitant.
« L’ensemble des ressources mondiales en eau s’élèvent à 43 000 milliards de m3 par an et l’humanité en utilise au total chaque année 4 000 milliards. Donc, si on réfléchit seulement en terme global, il n’y a pas de problème », souligne Jean Margat.
Il préfère donc mettre en exergue trois crises régionales, qui diffèrent dans leur nature et dans les pays qu’elles recouvrent. Le manque d’accès à l’eau potable est aujourd’hui, selon Jean Margat, le problème le plus grave. Selon les statistiques des Nations unies, un milliard de personnes, soit un sixième de l’humanité, n’ont pas accès à l’eau potable. « Paradoxalement ce sont des pays qui sont souvent riches en eaux naturelles. Toute l’Afrique centrale est notamment dans ce cas », explique l’hydrogéologue. Il ne s’agit donc pas d’un problème de manque de ressources, mais de pauvreté et de sous-développement. Il concerne en majorité des pays se trouvant en Afrique et dans une moindre mesure en Asie et en Amérique du Sud et il risque de s’amplifier avec l’accroissement de la population.
La deuxième crise identifiée par Margat concerne tous les pays dont la demande en eau est supérieure aux ressources disponibles, en gros les pays des zones arides et semi-arides, ce qui englobe pratiquement tous les pays arabes.
La troisième crise, moins connue du grand public, concerne toutes les populations qui utilisent des ressources en eau peu ou pas du tout renouvelables. Une grande partie de l’eau que nous utilisons est en effet renouvelée naturellement par le cycle de l’eau, mais il existe également des réserves d’eau, stockées sous la terre, qualifiées de « fossiles » car elles ne se renouvellent que très peu. Un certain nombre de pays surexploitent par ailleurs leurs eaux souterraines, en tirant plus d’eau qu’il ne s’en reconstitue naturellement.
Les crises étant multiples, il n’y a pas de solution unique. Plusieurs pistes sont à l’étude, notamment la réutilisation des eaux usées ou le dessalement de l’eau de mer. La moitié de l’eau utilisée par Malte provient ainsi du dessalement, explique Margat. Des transferts d’eau ont été mis en place dans certains pays, notamment en Libye où des fleuves artificiels ont été construits. Le recours croissant à l’eau « virtuelle » pourrait également constituer une solution. Il s’agit d’un concept inventé par l’économiste anglais Tony Allan qui consiste à évaluer la quantité d’eau qui a été nécessaire pour produire un bien alimentaire. On considère que l’eau, consommée par le pays exportateur, a été économisée par le pays importateur. « Il s’agit d’un moyen indirect de partager l’eau dans le monde par le commerce », explique Jean Margat.
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L’hydrogéologue français Jean Margat remet en cause cette vision « simpliste et trop générale » et préfère parler de crises de l’eau au pluriel.
« À l’échelle mondiale, il y a une telle diversité que l’on ne peut pas tout ramener à une sorte de jugement commun », explique le scientifique qui a travaillé comme consultant pour l’Unesco, la Banque mondiale ou les Nations unies.
Les ressources en eau par pays varient ainsi de quelques millions de m3 à plusieurs milliards. La Sibérie, le Canada ou le Brésil, qui possède le plus grand fleuve du monde, sont riches en eau,...