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Actualités - Opinion

PERSPECTIVE Dette publique, responsabilités et mauvaise foi Michel TOUMA

Il est parfois des vérités qui constituent clairement des lapalissades mais qu’il est utile, en certaines circonstances, de rappeler crûment. De nombreux responsables libanais sont ainsi passés maîtres dans l’art de faire exactement le contraire de ce qu’ils proclament publiquement. Le Hezbollah et le mouvement Amal, à titre d’exemple, ne cessent de souligner qu’ils sont favorables au tribunal international, mais leurs ministres ont démissionné quarante-huit heures avant que le gouvernement n’avalise l’accord conclu avec l’ONU sur ce plan, prétextant qu’on ne leur avait pas donné le temps d’étudier le document en question. Les ministres frondeurs n’ont jamais expliqué à cet égard pourquoi ils n’ont pas exprimé leurs réserves ou leurs objections durant la réunion du Conseil des ministres au lieu de tenter de torpiller le processus légal de formation du tribunal, contredisant de ce fait leur position (très) officielle à ce propos. Même incohérence pour la conférence Paris III. L’opposition soutient, au dernier quart d’heure, la mobilisation internationale en faveur du Liban, mais elle s’efforce, pratiquement, à en inhiber l’élan en entretenant une atmosphère de crise aiguë et d’instabilité chronique dans le pays. La ficelle étant trop grosse, les responsables de l’opposition ont trouvé la parade : ils ne sont pas opposés à Paris III mais plutôt au programme de réformes du gouvernement. Et par la même occasion, ils fustigent la politique économique des gouvernements Hariri successifs. Et ils vont jusqu’à faire assumer à la majorité actuelle la responsabilité de l’endettement public. Ce dernier point, qui est au centre de la présente campagne des contestataires, constitue l’apogée du cynisme et de la mauvaise foi. De toutes les forces politiques qui occupent aujourd’hui le devant de la scène, le Courant patriotique libre du général Michel Aoun et les divers partis, courants et personnalités de l’ex-Rassemblement de Kornet Chehwane sont les seuls à être en droit de dénoncer l’endettement sans cesse croissant dans lequel a été entraîné l’État libanais ou la politique économique suivie depuis le début des années 90. Est-il besoin en effet de rappeler qu’ils sont les seuls à avoir été maintenus à l’écart du pouvoir ou des sphères influentes dans le sillage de la consolidation de la tutelle syrienne ? Parmi les voix qui s’élèvent aujourd’hui au sein de l’opposition, le mouvement Amal et le chef du Législatif, Nabih Berry, sont-ils habilités à s’offusquer du chiffre élevé de la dette publique alors que c’est leur propre clientélisme endémique qui fait ployer, depuis de très nombreuses années, l’administration publique sous le poids de fonctionnaires surnuméraires, responsables dans une large proportion du déficit budgétaire qui mine le Trésor et qui entretient, précisément, la dette ? Le mouvement Amal et Nabih Berry ont-ils la conscience tranquille lorsqu’ils s’associent aux critiques portant sur l’endettement alors que nul n’ignore que le principal instrument de leur clientélisme, le Conseil du Sud, constitue toujours l’une des causes – et non des moindres – des trous budgétaires assumés par l’État ? Dans les rangs de l’opposition, ceux qui continuent jusqu’à aujourd’hui à s’enorgueillir de leur amitié indéfectible envers le régime syrien (Sleimane Frangié, Michel Murr, Omar Karamé et consorts) peuvent-ils en leur âme et conscience s’élever contre la situation des finances publiques alors qu’ils étaient complices lorsque ce même allié auquel ils restent attachés se livrait, à l’époque de la tutelle, à de vastes opérations mafieuses de racket au niveau de divers services publics et pompait de manière frauduleuse non moins de deux milliards de dollars par an du marché libanais, en direction de la Syrie, contribuant par le fait même à fragiliser l’économie nationale ? Quant au Hezbollah, il n’a certes pas participé aux différents gouvernements Hariri. Il était même à l’époque très critique à l’égard des options de l’ancien Premier ministre en matière de développement. Mais la guerre dans laquelle il a entraîné le pays l’été dernier, suite à l’aventurisme dont il a fait preuve le 12 juillet, a provoqué en 33 jours un cumul de crises socio-économiques perlées qui ont eu (et auront à l’avenir) des effets aussi néfastes, si ce n’est plus, que les failles qui ont caractérisé la politique économique des gouvernements Hariri successifs au fil des ans. Les chiffres à cet égard parlent d’eux-mêmes. Le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, indiquait ainsi, récemment, que le Liban aurait dû connaître un taux de croissance de 6 pour cent en 2006, mais ce taux a chuté au-dessous de zéro en raison du contexte politique. La guerre de juillet ainsi que le sit-in permanent dans le centre-ville sont passés par là… Si l’on comptabilise les pertes directes et indirectes ainsi que le manque à gagner du fait de « l’évaporation » d’une croissance de six pour cent en 2006, la guerre provoquée par le Hezbollah aura coûté au pays, selon les experts, non moins de 10 milliards de dollars, certaines sources avançant même le chiffre de 12 à 15 milliards de dollars. En d’autres termes, ces 33 jours de conflit, provoqué par le Hezbollah, auront coûté l’équivalent du quart ou du tiers (selon les estimations) de la dette publique de 40 milliards de dollars accumulée au cours des quinze dernières années. Un séminaire organisé récemment à Beyrouth par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), en collaboration avec un réseau d’ONG arabes et le Fonds canadien pour le développement social/Oxfam Québec a fourni un bilan détaillé de cette guerre de juillet : plus d’un milliard de dollars de pertes dans le secteur touristique, 160 millions de dollars dans le secteur de l’électricité et 135 millions au niveau des télécommunications ; quelque 200 000 habitations détruites ou endommagées ; près de 700 écoles détruites ou endommagées ; une centaine de ponts ainsi que 850 entreprises et usines touchés par les bombardements israéliens ; non moins de 100 000 Libanais, pour la plupart hautement qualifiés, qui ont pris le chemin de l’exil. Un tel bilan n’inclut évidemment pas les retombées de la paralysie dont est frappé le centre-ville de Beyrouth depuis plus de cinquante jours. Certes, ces chiffres et estimations n’excluent pas la responsabilité de certaines composantes de la majorité dans le gaspillage qui a accru sans cesse, depuis le début des années 90, le déficit budgétaire ou aussi dans les effets du manque de stimulation des secteurs productifs au cours de la période en question. Dans le même temps, on ne peut que fortement s’étonner du mutisme total observé par le général Aoun à l’égard de la responsabilité de ses nouveaux alliés tant au niveau de l’endettement public passé que des retombées effroyables de la guerre de juillet. Ces vérités indéniables en cachent en réalité une autre, tout aussi évidente : l’enjeu de la crise actuelle ne saurait être perçu sous un angle purement interne et ne porte donc pas, pour l’essentiel, sur la gestion économique ou même sur le dossier de la participation au pouvoir. Dans un contexte régional en tout point explosif, les Libanais doivent choisir entre un pays sous ombrelle de l’ONU et de la communauté internationale, ou un pays en proie aux manœuvres syro-iraniennes. La vision est peut-être manichéenne. Mais lorsqu’on atteint un point d’inflexion, il faut savoir quelle direction l’on désire prendre.
Il est parfois des vérités qui constituent clairement des lapalissades mais qu’il est utile, en certaines circonstances, de rappeler crûment.
De nombreux responsables libanais sont ainsi passés maîtres dans l’art de faire exactement le contraire de ce qu’ils proclament publiquement. Le Hezbollah et le mouvement Amal, à titre d’exemple, ne cessent de souligner qu’ils sont favorables au tribunal international, mais leurs ministres ont démissionné quarante-huit heures avant que le gouvernement n’avalise l’accord conclu avec l’ONU sur ce plan, prétextant qu’on ne leur avait pas donné le temps d’étudier le document en question. Les ministres frondeurs n’ont jamais expliqué à cet égard pourquoi ils n’ont pas exprimé leurs réserves ou leurs objections durant la réunion du Conseil des ministres au lieu...