Un recoupement indicatif : les opérations swap effectuées dans le temps permettaient d’alléger la pression économique et financière, de mieux faire face aux échéances. Et, en même temps, de faciliter les choses pour un régime appelé à être prorogé par décision du tuteur syrien. C’est bien pourquoi, rappelle un ministre, il y avait eu des différends à ce sujet entre les dirigeants, dont certains étaient, comme on sait, tout à fait opposés à la prorogation et ne voulaient pas que M. Lahoud bénéficie d’une conjoncture financière qui lui serait favorable. Aujourd’hui, soutient ce responsable, Paris III offre également la perspective d’une détente sur le plan économique et financier qui devrait permettre au régime de facto de ne pas avoir de tracas de ce côté-là. Mais les retombées positives de la conférence seraient également propices au prochain président dont l’avènement aurait lieu en octobre. Il pourrait entamer sa mission dans de bonnes conditions pour mieux soutenir la concrétisation des réformes politiques, administratives et économiques requises.
Dans cette logique de continuité, le ministre cité affirme qu’il est erroné de prétendre, comme le font certains opposants, que Paris III a pour but de sauver le gouvernement Siniora. Il s’agit en fait d’une chance, sans doute unique, pour le pays tout entier. Et rien que pour le pays, sans avantage et sans inconvénient politique ni pour les uns ni pour les autres. C’est ce que les contributeurs potentiels soulignent, quand ils déclarent vouloir aider sans regarder aux conflits intérieurs libanais. Ainsi, le prochain régime pourrait s’activer sans avoir à se soucier d’un fardeau de dette publique encore plus pesant, de la lourde échéance de 10 milliards de dollars à rembourser sur le capital l’an prochain, d’un déficit budgétaire encore accru, ou d’un Trésor aux abois.
Riposte argumentée
Ce ministre juge ensuite que les propos du président Lahoud sur Paris III manquent d’objectivité. Le chef de l’État déclare, comme on sait, que la conférence est certes importante, mais qu’il est encore plus important que tous les Libanais participent à sa préparation en donnant sur les réformes envisagées un avis dont il serait tenu compte. Il ajoute que l’adoption par le gouvernement d’une ligne unilatérale ignorant les remarques de parties fondamentales comme les organismes économiques ou financiers fait de la conférence un sujet conflictuel et non consensuel. Le ministre cité rétorque que le temps presse, qu’il y a urgence, que les échéances sont proches, que la situation économique est devenue par trop alarmante pour qu’on se paie le luxe d’interminables tractations. Surtout dans le climat politique empoisonné actuel qui porte les opposants à ne pas considérer le document des réformes d’un œil objectif, mais à en faire une cible d’attaque, comme tout ce qui émane du gouvernement. De plus, les contestataires ne présentent pas de programme-substitut. C’est donc, reconnaît la source, l’inverse exact de ce qui s’était passé pour le swap. Rejeté, à l’époque, par les opposants à la prorogation, sans qu’ils présentassent une formule de rechange, mais imposé par le tuteur syrien pour faciliter la reconduction du mandat présidentiel.
Le ministre prévoit que Paris III devrait prodiguer des assistances diversifiées, techniques ou financières, des prêts privilégiés à long terme, un rééchelonnement de la dette publique libanaise, des subventions versées pendant plusieurs années. La première vague d’aide, pour l’année en cours, devrait à son avis permettre au Liban de régler les échéances dues, en lui apportant une bonne bouffée d’oxygène. Étant toutefois entendu que le pays devrait en 2008, sous un nouveau régime et avec un nouveau gouvernement, adopter les réformes attendues. Le document établi par l’actuel cabinet serait dès lors traité par les nouvelles autorités, ainsi que par l’éventuelle nouvelle Chambre qui aurait été élue. Cela à la lumière des données globales, intérieures et extérieures, qui pourraient avoir changé. Si la configuration institutionnelle modifiée devait inspirer confiance et lancer les réformes, le Liban entrerait de plain-pied dans une période de redressement économique et financier tonifiant augurant d’un retour à la prospérité d’antan.
En revanche, avertit le ministre, si le prochain Exécutif, président et gouvernement conjugués, ne devait pas inspirer confiance, les aides promises pourraient être coupées. Car, souligne-t-il, cette assistance est conditionnée par les réformes. Pour la bonne raison que sans correction de trajectoire, elles ne pourraient qu’être de fait gaspillées, sans permettre de redressement.
Pour le responsable cité, il importe peu au peuple libanais que l’on considère ou non le gouvernement comme légitime. Ce qu’il veut avant tout, c’est pouvoir survivre, avoir droit au pain quotidien. Il se réfère aux propos de Jeffrey Feltman déclarant en mars, lors d’un déjeuner donné par la Chambre de commerce libano-américaine, que « le système actuel au Liban ne peut perdurer. La réalité est que ce pays vit économiquement sur des fonds empruntés, dans une période qui l’est autant. Il n’a d’autre choix que la réforme, pour devenir une nation stable, souveraine et démocratique. Il doit disposer des moyens de rembourser ses dettes, de bénéficier d’une saine économie. Pour y arriver, il doit dépasser la polémique et le langage vide de sens. En effectuant des changements dans la gestion de son économie ».
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