Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Bush B

Trop peu, trop tard ; et de surcroît, un plan de rechange baignant dans un épais brouillard stratégique. Pour la toute première fois, George W. Bush reconnaît publiquement que des erreurs ont été commises dans sa conduite de l’expédition américaine en Irak. Mais le président des États-Unis ne se rend pas trop, pour autant, aux arguments et recommandations du Groupe d’études bipartisan qui a planché des mois durant sur un projet de désengagement honorable du bourbier irakien : ainsi, pas de calendrier pour le retrait des GI dans le nouveau programme d’action présenté mercredi par la Maison-Blanche, mais au contraire un renfort de 20 000 hommes environ affectés surtout à la pacification de Bagdad. En revanche, l’Amérique s’arroge désormais un véritable droit de regard sur la médiocre prestation du gouvernement irakien, en matière notamment de réconciliation nationale. Toute honte bue, l’unique superpuissance mondiale va œuvrer – détail piquant – à la réintégration de ces mêmes fonctionnaires baassistes qu’elle s’était empressée de renvoyer chez eux, annihilant du coup l’administration et les organismes sécuritaires irakiens, et livrant le pays au chaos. L’Amérique reste donc, jusqu’à nouvel ordre. Et pour un peu, on serait tenté de lui reconnaître le singulier mérite de ne pas tourner carrément les talons sur le colossal gâchis dont elle est responsable : ce qui serait le moyen le plus direct, le plus efficace d’offrir toute cette partie du monde en pâture aux extrémismes. Car jamais le terrorisme ne s’est mieux porté que depuis qu’il s’est donné pour objectif apparent la lutte contre l’occupation yankee de l’Irak. Théoriquement pacifié, toujours occupé, l’Afghanistan est presque redevenu un sanctuaire pour les criminels et les radicaux de tous bords, s’alarme l’organisation Humans Rights Watch. Et du Pakistan, pourtant allié (et où continue de résider Oussama Ben Laden), essaiment les réseaux d’el-Qaëda vers l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, comme s’en inquiète à son tour le département d’État. C’est dire que ce plan B est affligé de la même tare que celui funestement inauguré il y a trois ans : il fait la part belle, si l’on peut dire, à l’action militaire, ne laisse que peu de place à la négociation ; et surtout, il laisse sur leur faim tous les régimes modérés arabes qui réclament à cor et à cri un sérieux effort pour la paix en Palestine, mais n’obtiennent que de pas très rassurantes livraisons de missiles antimissiles Patriot en prévision de quelque cataclysme. En se proposant solennellement de couper les filières terroristes convergeant d’Iran et de Syrie vers l’Irak, l’Administration US a certes donné une dimension nouvelle à son action sur le terrain, au point qu’elle a dû très vite se défendre de toute intention guerrière contre ces deux pays ; mais en excluant tout dialogue, elle a montré une fois de plus son incapacité à doser convenablement l’ouverture et la pression, la carotte et le bâton. Pour notre pays, ce problème de dosage – de cohérence, en fait – revêt une acuité toute particulière : car ni l’Amérique ne fait crédiblement miroiter devant la Syrie la perspective d’une récupération des hauteurs occupées du Golan et/ou d’une substantielle assistance économico-financière ; ni elle se décide à user de pressions suffisantes pour détourner définitivement Damas de ses vieilles et tenaces ambitions libanaises. On se réjouit bien sûr du farouche refus de Condoleezza Rice, déposant devant le Congrès, de donner une prime à l’extorsion érigée en système par la Syrie, de payer celle-ci sur le Liban et sur le tribunal Hariri de sa coopération éventuelle en Irak. Mais on peut regretter dans le même temps que la patronne de la diplomatie américaine, qui a entrepris hier une tournée dans la région, réserve ses visites et initiatives aux seuls alliés de son pays. Après tout, c’est avec les ennemis qu’il est le plus utile de parler. Issa GORAIEB

Trop peu, trop tard ; et de surcroît, un plan de rechange baignant dans un épais brouillard stratégique.
Pour la toute première fois, George W. Bush reconnaît publiquement que des erreurs ont été commises dans sa conduite de l’expédition américaine en Irak. Mais le président des États-Unis ne se rend pas trop, pour autant, aux arguments et recommandations du Groupe d’études bipartisan qui a planché des mois durant sur un projet de désengagement honorable du bourbier irakien : ainsi, pas de calendrier pour le retrait des GI dans le nouveau programme d’action présenté mercredi par la Maison-Blanche, mais au contraire un renfort de 20 000 hommes environ affectés surtout à la pacification de Bagdad. En revanche, l’Amérique s’arroge désormais un véritable droit de regard sur la médiocre prestation du...