Présidentielle
Erdogan part favori au grand dam
de la Turquie laïque
le 04 janvier 2007 à 00h00
À quatre mois de la présidentielle en Turquie, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan est donné favori, mais l’éventuelle candidature de cet ancien islamiste suscite la controverse dans un pays où le chef de l’État est considéré comme garant de la laïcité constitutionnelle.
Fort d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale, son parti, le Parti de la Justice et du Développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), au pouvoir depuis les dernières législatives de 2002, devrait avoir le dernier mot sur le choix du prochain président, en mai prochain. En Turquie, le chef de l’État, qui a une fonction essentiellement honorifique, est élu par l’Assemblée pour un mandat non renouvelable de sept ans.
Interrogé avec insistance par la presse, M. Erdogan, qui renie aujourd’hui son passé d’islamiste radical, n’a pas exclu de se présenter. Il pourrait alors succéder au président actuel, Ahmet Necdet Sezer, un ancien magistrat aux convictions laïques affirmées et très respecté.
M. Erdogan, qui aura 53 ans au moment de l’élection, est apprécié des classes populaires mais détesté dans les cercles prolaïques en raison d’anciennes déclarations, mettant en cause les réformes du fondateur de la Turquie laïque Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938).
Alors maire d’Istanbul, M. Erdogan avait purgé une peine de quatre mois en 1998 pour « incitation à la haine religieuse ». Il affirme défendre aujourd’hui une laïcité respectueuse de la démocratie et les libertés religieuses.
Le Premier ministre, en fonctions depuis 2003, a déclaré qu’il n’annoncerait pas son éventuelle candidature avant l’expiration du mandat de M. Sezer, en avril.
L’opposition sociale-démocrate a fait savoir qu’elle boycotterait le vote si M. Erdogan se présentait. « L’AKP élira un président comme s’il désignait un président de son groupe parlementaire, c’est aussi simple », a déclaré Deniz Baykal, chef du Parti républicain du peuple (CHP). Le CHP considère la présidence comme « la dernière citadelle » de la laïcité et accuse l’AKP de chercher de s’en emparer pour promouvoir ce qu’il qualifie de « programme secret islamique ».
D’importantes personnalités du milieu des affaires ont indiqué préférer que M. Erdogan reste à la tête du cabinet pour éviter que l’économie fragile du pays ne souffre d’un débat qui vire à l’acide.
L’establishment prolaïque envisage d’un très mauvais œil la perspective de voir, en cas d’élection de M. Erdogan, le pays représenté par une première dame voilée, une « aberration » pour un pays à majorité musulmane mais au régime strictement laïque qui se vante d’être une figure de modernisme dans le monde musulman et veut intégrer l’Union européenne.
Dans cette hypothèse, il est probable que les généraux, qui se considèrent comme les gardiens des principes laïques du pays, boycottent les réceptions au palais présidentiel, lieu public par essence où il est interdit de porter le foulard islamique, tout comme à l’université et dans la fonction publique.
À quatre mois de la présidentielle en Turquie, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan est donné favori, mais l’éventuelle candidature de cet ancien islamiste suscite la controverse dans un pays où le chef de l’État est considéré comme garant de la laïcité constitutionnelle.
Fort d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale, son parti, le Parti de la Justice et du Développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), au pouvoir depuis les dernières législatives de 2002, devrait avoir le dernier mot sur le choix du prochain président, en mai prochain. En Turquie, le chef de l’État, qui a une fonction essentiellement honorifique, est élu par l’Assemblée pour un mandat non renouvelable de sept ans.
Interrogé avec insistance par la presse, M. Erdogan, qui renie aujourd’hui son passé d’islamiste...
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