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L’annus horribilis de George W. Bush

Une majorité démocrate au Congrès, la confirmation, noir sur blanc, de l’échec de la politique américaine en Irak… 2006 fut une année bien noire pour le président Bush, installé depuis six ans à la Maison-Blanche. Elle pourrait cependant n’être que le prélude d’une fin de mandat des plus pénibles pour le président américain. En 2003, nombreux étaient ceux, de Paris à Berlin, en passant par le Palais de Verre de New York, à critiquer le lancement de la guerre par les États-Unis contre l’Irak. D’aucuns multipliaient notamment les mises en garde contre le manque de préparation d’une telle offensive. Si militairement, la prise de Bagdad et la chute du régime de Saddam Hussein ne faisaient aucun doute, la gestion de l’après-guerre soulevait plus de questions tant son impréparation semblait évidente. Or, règle de base dans le domaine militaire, on n’entre pas dans un conflit sans avoir étudié les portes de sortie. Ces questions, que l’on se posaient en 2003 à travers le monde, ce sont les Américains qui se les ont posées cette année, lors des élections parlementaires de novembre. En tête de leur liste figurait le nombre de soldats américains tués en Irak. Le mois d’octobre fut, à ce niveau, particulièrement sanglant avec 106 soldats tués. En tout, depuis le lancement de la guerre en Irak, plus de 2 900 soldats sont morts. Un bilan qui ne cesse de croître puisque les attaques dirigées contre les forces pilotées par les Américains, le personnel de sécurité et les civils irakiens ont fait un bond de 22 % entre le 10 août et le 10 novembre par rapport au trimestre précédent pour atteindre un nouveau record, selon le dernier rapport trimestriel du Pentagone. Si l’Administration Bush, dans les premiers temps de la guerre, a contrôlé avec succès toute la communication autour des victimes militaires de ce conflit, elle est désormais dépassée par l’ampleur des bilans. S’ajoute à ce sujet, qui touche l’Amérique au cœur, l’absence de tout espoir à moyen terme d’une résolution de la crise irakienne. Le président Bush a beau répéter que la victoire est à la portée de l’Amérique, les politiciens, journalistes et experts un peu sensés sont passés à un autre niveau d’analyse. Il n’est plus question pour eux, aujourd’hui, de débattre de l’échéance de la victoire américaine, mais de déterminer si l’Irak est en guerre civile ou non. Entre le président Bush et ses chimères de victoire et la réalité du terrain, les électeurs américains ont choisi leur camp. Pas convaincus par les arguments avancés par l’Administration Bush pour expliquer le bourbier irakien, la sanction est tombée : lors des élections de mi-mandat, le 7 novembre dernier, les électeurs ont porté les démocrates au pouvoir. Des démocrates qui avaient fait campagne sur le thème du changement de stratégie en Irak. Il est peu probable que les démocrates, dotés d’une courte majorité au Sénat – qui pourrait en outre basculer puisqu’un sénateur démocrate est tombé gravement malade – puissent lancer de grandes réformes et changements. Ils sont en effet toujours sous la menace d’un veto présidentiel. Il n’en demeure pas moins que le président ne peut ignorer la claque que lui ont administrée les électeurs. Par effet rebond, c’est d’ailleurs le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, qui a subi l’onde de choc. De plus en plus critiqué aussi bien sur le fond que sur la forme, il a annoncé sa démission après l’annonce de la victoire démocrate. Lui a succédé Robert Gates, un produit de la CIA qui, dès son audition, n’a pas hésité à bien marquer sa différence avec le président américain. Alors qu’un sénateur démocrate lui demandait si les États-Unis étaient en train de gagner en Irak, M. Gates, qui prône des pourparlers avec la Syrie et l’Iran, a répondu « non Monsieur ». Le président Bush est également soumis à une pression accrue en raison de la publication du rapport rédigé par le Groupe d’étude sur l’Irak, une commission bipartisane codirigée par l’ancien secrétaire d’État républicain James Baker et le démocrate Lee Hamilton. Une étude qui prône notamment un début de retrait des forces américaines d’Irak, associé à une ouverture diplomatique en direction de la Syrie et de l’Iran pour tenter de sortir de la crise. Depuis la publication de ce rapport, le président Bush consulte tous azimuts. Début 2007, il devrait annoncer une nouvelle stratégie. Nouvelle stratégie indispensable tant la situation en Irak, en particulier, et dans la région, en général, s’est détériorée depuis le lancement du plan américain pour un Grand Moyen-Orient. Entre un Iran en montée de puissance, un conflit israélo-palestinien et palestino-palestinien, qui dégénère, un Irak au bord de la guerre civile… le programme de politique étrangère du président américain s’annonce chargé. Si 2006 fut une année sombre pour George W. Bush, 2007 s’annonce encore bien compliquée. Émilie SUEUR



Une majorité démocrate au Congrès, la confirmation, noir sur blanc, de l’échec de la politique américaine en Irak… 2006 fut une année bien noire pour le président Bush, installé depuis six ans à la Maison-Blanche. Elle pourrait cependant n’être que le prélude d’une fin de mandat des plus pénibles pour le président américain.

En 2003, nombreux étaient ceux, de Paris à Berlin, en passant par le Palais de Verre de New York, à critiquer le lancement de la guerre par les États-Unis contre l’Irak. D’aucuns multipliaient notamment les mises en garde contre le manque de préparation d’une telle offensive. Si militairement, la prise de Bagdad et la chute du régime de Saddam Hussein ne faisaient aucun doute, la gestion de l’après-guerre soulevait plus de questions tant son impréparation semblait...