Sur le plan atomique, l’année fut, de bout en bout, riche en événements.
Dès le mois de janvier, l’Iran attaque bille en tête en annonçant la levée des scellés onusiens apposés dans plusieurs centres de recherche nucléaire afin de lancer sa production d’uranium enrichi. Une crise internationale éclate, que l’on tente de gérer selon le principe de la carotte et du bâton. Mais rien n’y fait, l’Iran, qui jure ses grands dieux que seul le nucléaire civil l’intéresse, s’accroche à son droit à enrichir de l’uranium.
Après des mois de négociations, les Européens, (France, Grande-Bretagne, Allemagne) et les États-Unis soumettent, fin octobre, à la Chine et à la Russie un projet de résolution de l’ONU frappant l’Iran de sanctions économiques et commerciales. Mais Moscou renâcle. Difficile en effet pour la Russie d’être trop dur avec l’Iran alors que les deux pays coopèrent dans la construction de la centrale de Bouchehr.
Le 9 octobre, Téhéran s’offre une pause. Le monde ne parle que de nucléaire, mais une fois n’est pas coutume, l’Iran n’est pas concerné. En ce 9 octobre, la Corée du Nord annonce en effet avoir réalisé le premier essai nucléaire de son histoire. Pendant plusieurs jours, les experts se répandent en évaluation de la puissance de l’explosion et de ses origines. Les estimations vont du simple au triple. Le 14, l’ONU impose des sanctions économiques et commerciales à Pyongyang, exigeant qu’elle revienne sans conditions aux négociations à six, qu’elle abandonne son programme nucléaire et qu’elle accepte les inspections internationales. Le 19 décembre, des responsables nord-coréens et américains se retrouvaient face à face. Si le monde s’est concentré sur le dossier nord-coréen, il n’en a pas pour autant oublié l’Iran. Fin octobre, des bâtiments de guerre européens (français, italiens et britanniques), australiens et américains se mettent à patrouiller dans les eaux du golfe Persique dans le cadre d’exercices de lutte contre la prolifération nucléaire. La réponse iranienne est immédiate : « Grand prophète II », d’importantes manœuvres militaires visant à
« montrer la puissance et la capacité du pays à se défendre face aux menaces ». Le message est transmis à grand renfort de missiles Shahab-3, dont la portée annoncée est de 2 000 kilomètres. Israël, le sud-est de l’Europe et les bases américaines situées dans le Golfe sont dans son rayon d’action. La tension monte, mais Moscou se veut rassurant. Le chef de l’état-major Iouri Balouïevski déclare que les services de renseignements russes surveillent tout cela. Alors qu’on l’interroge sur la menace que représentent les Shahab-3 pour la Russie, il répond : « Cela dépend de la direction dans laquelle ils sont envoyés. »
Les Américains ne semblent pas goûter l’humour russe et reprennent avec plus de vigueur encore leur lobbying pour la prise de sanctions par l’ONU contre l’Iran. Le président Ahmadinejad, lui, reprend son jeu préféré : la surenchère. Mi-novembre, il annonce que Téhéran souhaite installer 60 000 centrifugeuses. Une annonce, après tant d’autres du même accabit, qui ne laisse pas les États du Golfe indifférents. Les six pays membres du Conseil de coopération du Golfe annoncent, mi-décembre, leur intention de se doter de la technologie nucléaire afin de répondre à une demande croissante d’électricité. Un argument avancé par l’Iran pour justifier son propre programme nucléaire. Le message à l’intention des États-Unis est clair : il faut empêcher l’Iran de poursuivre son programme nucléaire.
Fin décembre, le Conseil de sécurité a enfin réussi à adopter une résolution contre l’Iran. Résolution plutôt symbolique puisque les mesures de la 1737 sont plus incitatives que punitives grâce au lobbying russe. La réaction iranienne le prouve bien, puisqu’après l’adoption du texte onusien, Téhéran a annoncé l’installation de 3 000 nouvelles centrifugeuses sur le site de Natanz.
Les États-Unis figurent également au chapitre du nucléaire, puisqu’ils ont offert un accord de coopération nucléaire civile à l’Inde, un pays doté de l’arme atomique.
Enfin, cerise sur le gâteau au terme d’une année chargée, la « bourde », intentionnelle ou non, du Premier ministre israélien, Ehud Olmert. Lors d’une visite en Allemagne, le Premier ministre a en effet laissé entendre que l’État hébreu était bel et bien une puissance nucléaire. Secret de polichinelle, certes, mais tabou à l’échelle des responsables israéliens.
Iran, Corée du Nord, États-Unis, Inde, Israël… Pour les analystes, l’année 2006 aura véritablement été marquée par une crainte d’une relance de la prolifération des armes atomiques dans le monde. « Il s’agit de la pire année en matière de lutte contre la prolifération depuis 1998, l’année ou l’Inde et le Pakistan avaient tous deux procédé à des essais nucléaires », analysait pour l’AFP Mark Fitzpatrick, de l’Institut international d’études stratégiques (IISS) de Londres.
« Il se peut que les historiens considèrent à l’avenir que 2006 aura marqué le début du délitement du régime de non-prolifération », ajoutait-il. Avec une question : 2007 marquera-t-elle la mort du Traité de non-prolifération, déjà passablement moribond ?
E. S.
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Dès le mois de janvier, l’Iran attaque bille en tête en annonçant la levée des scellés onusiens apposés dans plusieurs centres de recherche nucléaire afin de lancer sa production d’uranium enrichi. Une crise internationale éclate, que l’on tente de gérer selon le principe de la carotte et du bâton. Mais rien n’y fait, l’Iran, qui jure ses grands dieux que seul le nucléaire civil l’intéresse, s’accroche à son droit à enrichir de l’uranium.
Après des mois de négociations, les Européens, (France, Grande-Bretagne, Allemagne) et les États-Unis soumettent, fin octobre, à la Chine et à la Russie un projet de résolution de l’ONU frappant l’Iran de sanctions économiques et commerciales. Mais Moscou renâcle. Difficile en effet...