Les ambassadeurs arabes et étrangers notent que la confrontation entre l’opposition et la majorité au pouvoir n’a pas mené aux résultats escomptés, en ce sens que le gouvernement a tenu bon face aux manifestations et autres sit-in. Or cela est rare dans les pays démocratiques car ce genre de mouvements finissent généralement par venir à bout du régime en place.
Cependant, la structure particulière du pouvoir au Liban et le fait qu’il soit constitué d’une mosaïque confessionnelle, tant chrétienne que musulmane, ainsi que d’une mosaïque partisane, impose le principe du « ni vainqueur ni vaincu » lorsque des questions délicates sont en jeu. Cette structure suppose aussi des négociations constantes, en ce sens que les mouvements putschistes qui signent la victoire d’une composante sur une autre ou qui seraient susceptibles d’exclure une partie au profit d’une autre ne peuvent aboutir.
Or les Libanais sont actuellement divisés mais de manière quasi équilibrée, entre ceux qui appuient l’axe syro-iranien et ceux au contraire qui sont favorables au processus d’indépendance amorcé en 2005 et à sa finalisation.
Pour les diplomates, le Hezbollah aurait réussi sa transition, de parti de résistance qui a pu tenir tête à l’une des plus importantes armées du monde à un parti capable de rentrer dans l’arène politique interne, à l’instar de tous les autres partis. Cette intégration lui aurait en quelque sorte fait perdre la « sacralité » ou l’« aura » qu’il aura réussi à capitaliser grâce à ses caractéristiques propres de parti de résistance.
Le fait d’entrer dans les dissensions et autres différences de vue, au niveau interne, lui a fait perdre, de fait, l’unanimité des Libanais concernant l’appui indéfectible qui avait été apporté à la résistance lors de l’offensive israélienne. Les Libanais se retrouvent en effet divisés sur la question du Hezbollah, et c’est là le sort réservé à tout parti qui choisit ou qui se retrouve malgré lui plongé dans les chemins sinueux de la politique politicienne.
Sur un autre plan, l’insistance du gouvernement en place à venir à bout de la procédure tendant à instaurer le tribunal international et sa volonté de dépasser tous les obstacles qui ont été semés sur son chemin a abouti à sortir le dossier du tribunal de l’orbite du Conseil des ministres pour le lancer dans le camp de la Chambre des députés. Le Parlement devra donc désormais prendre la décision adéquate concernant ce dossier. La question qui se pose donc aujourd’hui est la suivante : le président de la Chambre, Nabih Berry, convoquera-t-il la Chambre pour une séance de discussion et de vote du projet du tribunal ou se gardera-t-il de le faire en mettant en avant le caractère anticonstitutionnel du gouvernement ? Dans ce cas, serait-il normal de laisser le « chômage » du Parlement se prolonger durant une durée qui demeure indéterminée, surtout que la présidence de la République est aussi paralysée depuis qu’elle refuse de reconnaître la légitimité du cabinet en place. Résultat : le Conseil des ministres adopte des décisions qu’il est incapable d’appliquer car, d’un côté comme de l’autre, la présidence et le Parlement refusent de les entériner.
Le pays risque donc d’être privé, pour la deuxième année consécutive, de budget. La session ordinaire de mars prochain risque aussi de manquer de projets à étudier si aucune solution à la crise politique n’est trouvée.
Émile KHOURY
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