Ils portent des prénoms musulmans comme Mohammad, ou Ali, et pourtant chaque dimanche ces chrétiens marocains célèbrent discrètement la messe au grand dam des islamistes et l’œil suspicieux de la police.
«Nous sommes un millier dans une cinquantaine d’églises indépendantes à travers les grandes villes du royaume », explique Abdelhalim, coordonnateur de l’Église évangéliste marocaine. « Comme nous sommes tolérés mais pas reconnus, nous devons, pour des raisons de sécurité, agir comme une organisation clandestine. Dès qu’une église dépasse les vingt fidèles, elle se scinde en deux », explique ce médecin de 57 ans, converti il y a 16 ans alors qu’il vivait à l’étranger. Revenu au pays il y a sept ans, il est étonné du nombre croissant de conversions. « Au début des années 90, nous étions 400, il y a quatre ans, autour de 700, et aujourd’hui nous dépassons le millier », dit-il.
La plupart appartiennent à la classe moyenne, sont employés dans le secteur privé ou ingénieurs, mais il y a aussi des artisans, des femmes au foyer, des étudiants et des jeunes chômeurs. « La télévision et Internet sont des moyens très efficaces, et, dans mon église, un militaire est devenu chrétien grâce à la chaîne al-Hayat », explique Youssef, 30 ans. « Pour beaucoup d’entre nous, l’islam est perçu comme un carcan social et non comme une véritable foi, et le christianisme comme une religion de tolérance et d’amour », ajoute cet homme d’affaires converti à 19 ans, suivi en 1994 par toute sa famille. Selon lui, 60 % sont devenus chrétiens par des contacts personnels, 30 % par la télévision et Internet, et 10 % par des missionnaires. Trois chaînes chrétiennes captées au Maroc diffusent en arabe maghrébin des témoignages, de la musique religieuse et des prêches : al-Hayat, Miracle et Sat 7.
Cependant, la discrétion est de mise pour éviter les réactions hostiles. Les messes se tiennent dans des appartements de quartiers bourgeois. « Nous devons rester sages car la masse populaire ne peut concevoir qu’on puisse être arabe sans être musulman. Pour nous, le plus grand danger c’est l’ignorance », explique Abdelhalim.
Radouan Benchekroun, président du Conseil des ulémas de Casablanca, est lui très hostile à ces nouveaux chrétiens. « Renier sa religion, c’est le plus grand péché que puisse commettre un musulman », explique-t-il. Quant aux islamistes, ils jugent cet acte inacceptable. Pour Lahcen Daoudi, député du parti Justice et développement (islamiste), ces conversions « ne sont pas acceptées par la population. Il y a un rejet », explique-t-il à l’AFP.
« J’ai été convoqué des dizaines de fois par la police », affirme Youssef, qui reconnaît toutefois que le royaume « est bien plus libéral que les autres pays arabes ». « Je pense que le roi veut réellement une démocratie », ajoute-t-il.
Sammy KETZ (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ils portent des prénoms musulmans comme Mohammad, ou Ali, et pourtant chaque dimanche ces chrétiens marocains célèbrent discrètement la messe au grand dam des islamistes et l’œil suspicieux de la police.
«Nous sommes un millier dans une cinquantaine d’églises indépendantes à travers les grandes villes du royaume », explique Abdelhalim, coordonnateur de l’Église évangéliste marocaine. « Comme nous sommes tolérés mais pas reconnus, nous devons, pour des raisons de sécurité, agir comme une organisation clandestine. Dès qu’une église dépasse les vingt fidèles, elle se scinde en deux », explique ce médecin de 57 ans, converti il y a 16 ans alors qu’il vivait à l’étranger. Revenu au pays il y a sept ans, il est étonné du nombre croissant de conversions. « Au début des années 90, nous étions 400, il...