Pour l’ONG de référence Iraq Body Count, qui recense les victimes civiles en Irak depuis l’invasion américano-britannique de mars 2003, la publication récente de bilans contradictoires révèle le manque criant d’informations précises sur un sujet par ailleurs très politisé.
À la date du 12 novembre, Iraq Body Count (IBC) recense entre 46 943 et 52 053 victimes civiles irakiennes depuis le début de la guerre. Mais en l’espace d’un mois, deux estimations sont venues alimenter le débat sur le lourd tribut payé par les Irakiens à la violence. En octobre, la revue médicale britannique Lancet a publié une étude selon laquelle 650 000 personnes sont mortes en Irak entre mars 2003 et juillet 2006, dont 600 000 de mort violente. Vendredi, le ministère irakien de la Santé a estimé que de 100 000 à 150 000 personnes avaient péri dans les violences en Irak.
« L’estimation du ministère de la Santé n’a rien de nouveau : elle a été établie en extrapolant les données de l’année 2006, particulièrement meurtrière, à la période 2003-2005, ce qui n’a aucun sens », a jugé Hamit Dardagan, cofondateur d’IBC. « De surcroît, le ministère attribue tous ces morts aux insurgés, ce qui est un commentaire très politique, alors qu’un nombre significatif a été tué par les forces de la coalition et par des groupes criminels qui prolifèrent dans le chaos régnant depuis l’invasion », a-t-il souligné.
Le chiffre de 100 morts par jour cet été, rendu public en septembre dans un rapport de l’ONU, avait déjà fait l’effet d’une bombe. Hier, un responsable de la morgue de Bagdad a indiqué qu’environ 1 600 corps ont été amenés dans l’établissement au mois d’octobre. Il s’agit du bilan le plus lourd annoncé depuis celui de juillet (1 815 morts).
La base de données d’IBC a été créée dès le début de la guerre et dénombre les victimes dont au moins deux médias font état. « Nous avons observé qu’un attentat à la voiture piégée est en moyenne rapporté par six médias. Dans ces conditions, il serait très étrange qu’un grand nombre d’attaques passent inaperçues, même d’une seule source », estime M. Dardagan. « La véritable faiblesse des médias tient à leur manque de suivi : en raison du flot constant de nouvelles atrocités, les bilans des attaques ne sont pas mis à jour, alors qu’il est évident que de nombreuses personnes meurent de leurs blessures. Ce qui est certain, c’est que le coût humain de l’intervention en Irak reste lamentablement imprécis, c’est une honte pour tous les pays qui disent attacher de la valeur à l’individu », juge-t-il.
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À la date du 12 novembre, Iraq Body Count (IBC) recense entre 46 943 et 52 053 victimes civiles irakiennes depuis le début de la guerre. Mais en l’espace d’un mois, deux estimations sont venues alimenter le débat sur le lourd tribut payé par les Irakiens à la violence. En octobre, la revue médicale britannique Lancet a publié une étude selon laquelle 650 000 personnes sont mortes en Irak entre mars 2003 et juillet 2006, dont 600 000 de mort violente. Vendredi, le ministère irakien de la Santé a estimé que de 100 000 à 150 000 personnes...