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Actualités - Analyse

Analyse Manœuvres iraniennes : une part de « gesticulations », estiment les experts

Après la démonstration de force de l’Iran qui a tiré de nouveaux missiles balistiques au cours de manœuvres très médiatisées, les experts appellent à faire la part entre ces « gesticulations » militaires et le potentiel réel des forces armées iraniennes. «Ce n’est pas de l’esbroufe, mais tout cela ne doit pas être pris au pied de la lettre », prévient Étienne de Durand, responsable des études de sécurité à l’Institut français des relations internationales (IFRI). L’Iran, selon lui, possède « une capacité de nuisance bien réelle, mais il ne faut pas non plus en faire la superpuissance régionale militaire qu’il n’est pas ». Téhéran mène depuis le 2 novembre des manœuvres baptisées « Grand Prophète II ». Largement relayées par la télévision, elles ont été marquées par le déploiement d’une palette d’armements présentés comme nouveaux et performants. À en croire les médias iraniens, des dizaines de missiles balistiques Shahab-3, d’une portée déclarée de 2 000 km et dotés de charges à sous-munitions, ont été mis en œuvre pour la première fois sur le terrain, tout comme « une nouvelle génération de canons automatiques » ou des armes antiblindés et antihélicoptères « testées avec succès ». Plutôt qu’à Israël, qui serait à portée des Shahab-3, le message s’adresse, selon Étienne de Durand, aux Américains qui entretiennent des bases dans la région, aux pays arabes qui abritent ces installations et à ceux liés par des accords de défense aux Occidentaux. Ces bruits de bottes participeraient ainsi d’une « logique de déni d’accès » alors que les États-Unis et cinq autres pays (Australie, France, Italie, Grande-Bretagne, Bahreïn) ont lancé simultanément un exercice naval de lutte contre la prolifération nucléaire, à proximité des eaux iraniennes. François Géré, président de l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS), acquiesce : « Ces manœuvres traduisent la volonté des Iraniens d’affirmer leur souveraineté territoriale. » « On est dans de la gesticulation, mais dans de la gesticulation sérieuse par rapport à des préoccupations sérieuses pour Téhéran », explique l’expert qui vient de publier L’Iran et le nucléaire, les tourments perses aux éditions Lignes de repères. Il souligne cependant les incertitudes qui planent sur les capacités militaires de l’Iran, relevant que si les Shahab-3 « semblent avoir plutôt bien fonctionné », ils ont été tirés pour la plupart à la verticale, ce qui ne donne aucune indication sur leur précision. Les Iraniens, assure-t-il, sont très loin de posséder la bombe atomique et plus encore d’être en mesure de l’intégrer dans des missiles balistiques. Pour autant, leur message aux grandes puissances qui négocient à l’ONU d’éventuelles sanctions devant leur refus de suspendre l’enrichissement d’uranium serait le suivant : « Il n’y a pas de solution militaire et ces manœuvres sont là aussi pour montrer qu’une confrontation armée serait catastrophique. » Il s’agit aussi, poursuit François Géré, de « donner davantage d’espace aux médiateurs discrets des Iraniens que sont les Chinois et les Russes », membres permanents du Conseil de sécurité. Un diplomate occidental interrogé par l’AFP doute cependant de cette stratégie. « Le développement du programme balistique iranien renforce nos interrogations sur la nature réelle du programme nucléaire », relève-t-il. Et de constater : « L’Iran ne contribue pas à donner à ses voisins et à la communauté internationale les signes qu’ils attendent de lui sur sa contribution à la stabilité régionale. » Hervé Asquin (AFP)

Après la démonstration de force de l’Iran qui a tiré de nouveaux missiles balistiques au cours de manœuvres très médiatisées, les experts appellent à faire la part entre ces « gesticulations » militaires et le potentiel réel des forces armées iraniennes.

«Ce n’est pas de l’esbroufe, mais tout cela ne doit pas être pris au pied de la lettre », prévient Étienne de Durand, responsable des études de sécurité à l’Institut français des relations internationales (IFRI). L’Iran, selon lui, possède « une capacité de nuisance bien réelle, mais il ne faut pas non plus en faire la superpuissance régionale militaire qu’il n’est pas ».
Téhéran mène depuis le 2 novembre des manœuvres baptisées « Grand Prophète II ». Largement relayées par la télévision, elles ont été marquées par le...