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Actualités - Opinion

Un stimulant paradoxal de détente : la crise économique…

Le président Fouad Siniora reste empreint de sa longue, de sa riche carrière dans les organismes économiques, secteur bancaire. Et non moins marqué par son expérience de ministre des Finances. Il est donc normal qu’il souligne, à l’adresse des pôles qui redialoguent, une priorité vitale : la crise économique. Un élément que la classe politique a tendance à négliger, et même à trahir par ses luttes propres, par ses surenchères tueuses de confiance, ou par ses gesticulations souvent ineptes. Impératif de redressement ? Certes. Mais aussi, et surtout, alerte à une redoutable dégringolade financière qui pointe son nez. En effet, c’est bien beau de s’endetter, mais un jour il faut commencer à rembourser. Et la première lourde échéance approche : l’an prochain, il faudra rendre quelque 10 milliards de dollars. À quoi s’ajoute le service de la dette (paiement des intérêts). Une dette qui ne cesse de grimper (avec un nouveau projet obligé d’émission de bons du Trésor), après avoir franchi ces derniers temps la barre des 40 milliards de dollars. C’est en termes presque pathétiques, émouvants, que le président du Conseil a adjuré les chefs réunis de « craindre Dieu ». Il leur a résumé le tableau, en têtes de chapitres chiffrées pour les presser d’apporter leur écot au sauvetage national. Non pas en versant des sous, mais en mettant un terme à un conflit politique extrêmement néfaste, par ses effets, pour le pays. Le président Siniora reconnaît qu’il existe des causes et des problèmes d’ordre politique qui ne sont pas sans fondement. Mais il estime indispensable de les traiter dans le cadre des institutions, en respectant les usages démocratiques comme les lois en vigueur. Sans quoi, à son avis, les politiciens pousseraient à la roue de la faillite en marche. Discordance Dans l’immédiat, ce SOS n’a pas freiné une polémique (doux euphémisme) qui continue de plus belle sur sa lancée. On entend de la sorte des cadres de la majorité argumenter derechef pour affirmer que l’on ne se trouve pas confronté à une crise ministérielle, mais à une crise politique de pouvoir, articulée sur l’interprétation de la 1701, le sort d’un armement qui subsiste aux mains de certaines fractions, en dehors du champ de la légalité. Reprenant une trouvaille de titre journalistique, ils assurent que la lutte en cours oppose une culture de mort à une culture de vie pour reprocher à leurs adversaires de vouloir imposer à tout prix leur ligne politique, fondée sur des options extérieures. Tout en estimant que le débat place de l’Étoile est aussi nécessaire qu’important, ces personnalités du 14 Mars avouent se méfier beaucoup de l’opposition en lui prêtant l’intention de forcer la décision en sa faveur, sans hésiter à recourir à la menace et à l’intimidation pour obtenir coûte que coûte le tiers de blocage. Ces sources ajoutent que la majorité ne se laissera pas apeurer et qu’elle ne compte pas du tout fléchir et faire des concessions aux dépens de constantes qui s’alignent dans la case de l’indépendance, de la souveraineté et de l’intérêt national bien compris. Pour le moment, donc, la tension est toujours là, et bien là. Elle atteindrait sans doute son paroxysme si l’opposition mettait à exécution sa menace de recourir à la rue. Climat délétère Dans les cercles proches du président du Conseil, on observe avec consternation la dégradation du climat politique, en l’imputant à certaines fractions qui, aux dires de ces milieux, se soucient des problèmes économiques comme d’une guigne. On ajoute que cette attitude, qualifiée d’irréfléchie, pourrait affecter la tenue de Paris III. Car les efforts que déploie le président Jacques Chirac en faveur de cette conférence ne suffiraient pas à inciter les donateurs à se manifester, au cas où le Liban resterait plongé dans une tourmente politique mettant en cause la confiance que l’on peut avoir dans sa stabilité. Aide-toi, le ciel t’aidera : si ce pays n’amorce pas, faute d’entente interne, les réformes nécessaires à son redressement, l’étranger ne serait pas disposé à y gaspiller ses fonds ou son assistance diversifiée. D’autant que cet étranger est échaudé par l’expérience, pour le moins avortée, de Paris II. On sait en effet qu’en raison d’obstructions intérieures, le gouvernement libanais n’a pas pu tenir les engagements pris lors de cette conférence dite du salut. Trêve Partant de là, ce n’est pas seulement une pause sur le front médiatique que le président Siniora réclame, mais bel et bien une trêve politique de fond. À son avis, il est urgent de geler le conflit politique, au profit des préparatifs de Paris III. « Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme. » Paraphrasant en quelque sorte cette sainte parole, le président du Conseil se demande à quoi cela servirait de former un cabinet dit d’union nationale, si le prix devait en être l’effondrement économique du pays. Il répète que le Liban ne peut faire face à ses difficultés financières qu’avec le concours des donateurs, à travers Paris III. Et avec l’aide diligente, soutenue, de la France. On apprend ainsi que Pierre Juillet, ancien gouverneur de la Banque de France et directeur de la cellule préparatoire de Paris III, formée par le président Chirac, effectuera à Beyrouth un séjour exploratoire à partir de vendredi. Il aura des entretiens avec les dirigeants ou responsables libanais sur la date et l’ordre du jour de la conférence. Le ministre des Finances, Jihad Azour, lui exposera son plan de marche, baptisé « Made in Lebanon », qu’il doit également soumettre au Conseil des ministres. Un document qui réitère l’engagement du Liban à l’égard d’un train de réformes économiques, mais également politiques et administratives. Côté Parlement et sur insistance du président Nabih Berry, les commissions conjointes, réunies sous la direction du vice-président Farid Makari, ont adopté les projets qui vont être examinés lors de Paris III. Prise de conscience Selon une personnalité économique, les initiatives du président français ne rencontrent sur place aucune objection. Ni, évidemment, de la part des officiels ni de la part des opposants. Car, selon cette personnalité, tout le monde craindrait de se voir imputer la responsabilité d’entraver le redressement. Et tout le monde, ajoute-t-elle, semble conscient de la gravité de la crise économique, financière et sociale. Du reste, des forces politiques présentes à la table ronde du dialogue font écho à M. Siniora pour appeler les parties locales à se démarquer de la lutte des axes extérieurs en concluant un marché incluant, d’abord, la présidentielle puis un gouvernement d’union. Ajoutant qu’il n’est pas besoin de tiers de blocage ou de garantie. Car en réalité, le pays économique, qui compte le plus, n’a d’autres garanties que la stratégie suivie par le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, qui réussit à préserver la monnaie, avec le concours des banques privées. Et l’institution militaire, dirigée par le général Michel Sleimane, qui réussit à préserver la sécurité et la stabilité sur le terrain, support indispensable de confiance. Deux exemples que les responsables politiques devraient suivre, estime un diplomate. Philippe ABI-AKL
Le président Fouad Siniora reste empreint de sa longue, de sa riche carrière dans les organismes économiques, secteur bancaire. Et non moins marqué par son expérience de ministre des Finances. Il est donc normal qu’il souligne, à l’adresse des pôles qui redialoguent, une priorité vitale : la crise économique. Un élément que la classe politique a tendance à négliger, et même à trahir par ses luttes propres, par ses surenchères tueuses de confiance, ou par ses gesticulations souvent ineptes.
Impératif de redressement ? Certes. Mais aussi, et surtout, alerte à une redoutable dégringolade financière qui pointe son nez. En effet, c’est bien beau de s’endetter, mais un jour il faut commencer à rembourser. Et la première lourde échéance approche : l’an prochain, il faudra rendre quelque 10 milliards de...