Un vétéran de la politique note que les propos du secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, sur le fait que les Libanais sont divisés entre partisans et adversaires du projet américain ne constituent pas une trouvaille. Dans ce sens que le patriarche Sfeir avait déjà dressé un tel constat, dans un tout autre ciblage, est-il besoin de le souligner. Le prélat relevait en effet que le Liban se transforme, une fois de plus, en lice pour les joutes des axes internationalo-régionaux. Et en subit les conséquences en pertes humaines ou matérielles. À partir de là, nombre de pôles réclament l’adoption d’une ligne nationale de vraie neutralité à l’égard du conflit Est-Ouest. Mais vox clamans in deserto, bien évidemment…
Car certaines parties locales sont engagées, voire dépendantes, et n’ont en tout cas aucune volonté de se soustraire à l’attraction magnétique du dehors. Le travers ne date pas d’hier, ajoute la même personnalité. Le Liban a en effet souvent été, sinon toujours, divisé en base de soutien réciproque à des centres de décision étrangers. Chaque point marqué par un axe correspondait à une période intérieure de vindicte. Au cours de laquelle la fraction qui avait l’avantage harcelait et discriminait le vis-à-vis local. Pour ne pas remonter loin, on peut citer l’époque de la tutelle syrienne. De longues années pendant lesquelles l’une des composantes essentielles du paysage était traitée en paria. Parfois, les Libanais ont un sursaut et réagissent positivement comme en 43. Se détachant les uns de l’Est, en l’occurrence la Syrie, les autres de l’Ouest, à savoir la France. Mais les vieux démons reprennent le dessus en quelques années, d’où le clash de 1958. Puis, avec changement de thème, la guerre de 75. Dans le premier cas, le motif de discorde était le pacte de Bagdad, contré par l’élan nassérien. Et dans le deuxième, la présence armée palestinienne. Les hostilités intestines devaient s’étaler sur 15 ans, avec des causes d’ailleurs différentes pour les rounds successifs. Aboutissant à un clivage qui perdure : avec ou contre la domination syrienne. À laquelle il faut rajouter l’Iran, et son nucléaire, puisque ces deux puissances forment un axe solidement soudé. Face à l’Occident, et plus particulièrement aux USA et à leur projet de Grand Moyen-Orient. Avec en toile de fond le conflit arabo-israélien. Et, donc, le Liban pour ring privilégié. Ce qui lui coûte bien du sang et des larmes, ainsi qu’une crise socio-économique sévère.
L’écrivain Bahjat Edmond Rizk appelle à l’adoption d’un modèle d’identité composite. Il observe que les pays évolués optent volontiers pour le fédéralisme. Tandis qu’au contraire les pays arriérés se rabattent en général sur une formule de dictature militaire. Le Liban a tenté une expérience unique d’amalgame consensuel, avec copartage entre les communautés. Mais la confusion entre la notion d’État-nation et d’État des confessions est difficile à dissiper. Des contradictions qui expliquent, selon lui, la perpétuation des crises internes. Les Libanais se trouvant incapables de les résoudre sans recourir à l’extérieur.
Conditions
Aujourd’hui, l’opposition n’hésite pas à brandir la menace d’une mobilisation des masses. On le savait, mais on en attendait confirmation au sommet : c’est fait. Dans son intervention télévisée sur la chaîne al-Manar, le chef du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, a clairement placé le 14 Mars devant le choix suivant : un cabinet d’union nationale ou une confrontation de rue. Il a précisé que le prochain gouvernement devrait prodiguer au Hezb et à ses alliés ce qu’il appelle « un tiers de garantie » en nombre de sièges. Autrement dit, le fameux tiers de blocage. L’alternative est donc aussi effarante que simple : ou l’anarchie ou la paralysie de l’État.
Les prosyriens veulent rendre la majorité actuelle effectivement « illusoire », selon l’épithète inventée à Baabda. Puis allègrement reprise par le président Bachar el-Assad.
Selon Nasrallah, la garantie du tiers requis serait d’empêcher la majorité, ministérielle ou parlementaire, de dévier en direction du projet américain. Qui a échoué, d’après ses dires, en Afghanistan comme en Irak et ne manquerait pas de capoter également en Palestine et au Liban. Ce qui signifierait que Washington aurait été battu par l’axe syro-iranien.
Le leader du Hezbollah indique également que la garantie se porterait sur la constitution du tribunal à caractère international sur des bases saines, loin de toute politisation. Pour que cette instance ne rende pas des verdicts iniques. Il ajoute, toujours côté garantie du tiers, qu’elle éviterait une application de la 1701 transformant les Casques bleus en force de frappe, sous couvert du chapitre sept, pour désarmer le Hezb. Nasrallah précise que l’arsenal du Hezb a désormais une deuxième mission, à part la libération du territoire. À savoir, contrer les visées américaines dans la région. Pour interdire, entre autres, l’implantation des Palestiniens au Liban.
Il s’agit donc bel et bien d’un cheval de Troie que les prosyriens veulent introduire dans la citadelle de l’Exécutif. Cette intrusion de monture est posée comme une condition première sine qua non. Et vise manifestement à entraver ou à saboter le tribunal international.
Ce qui incite le 14 Mars à préciser que la déclaration ministérielle devrait avaliser le statut du tribunal international. Pour qu’on n’en prenne pas ensuite prétexte pour torpiller ou retarder le coup d’envoi de la procédure pénale.
Les majoritaires ajoutent que le programme de l’éventuel prochain gouvernement devrait également aborder la question de l’armement du Hezbollah. Pour le placer sous l’autorité de la légalité.
Ils demandent enfin que le gouvernement se réengage à l’égard des résolutions du dialogue national prises à l’unanimité. Dont le tracé des frontières, Chebaa, les relations diplomatiques avec la Syrie, le tribunal et le désarmement des Palestiniens hors des camps.
Émile KHOURY
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Car certaines parties locales sont engagées, voire dépendantes, et n’ont en...