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Actualités - Opinion

L’immunisation régionale du Liban à l’ordre du jour

« Nous ne voulons pas être une lice de confrontation ouverte à tous les conflits régionaux et internationaux. » Le président Fouad Siniora a repris ce thème qui lui est cher dans son discours devant le Parlement européen, à Strasbourg. Lui faisant écho, le secrétaire général de la Ligue, Amr Moussa, a déclaré lors de la séance inaugurale de la session du Conseil économique et social arabe à Beyrouth que « nous ne laisserons pas le Liban servir de théâtre pour les conflits et les guerres. » Mais l’homme propose et Dieu (ou plutôt, en l’occurrence, certaine nuisance bien terrestre) dispose. Comment envisager de prémunir ce pays quand les parties dont il se compose sont elles-mêmes impliquées dans des luttes extérieures ? Beaucoup d’entre elles, sinon toutes, sont en effet ralliées à tel ou tel des axes, des puissances, qui se disputent le plateau régional. Et cela d’ailleurs ne date pas d’aujourd’hui. À travers toute son histoire, le Liban a été perméable aux influences étrangères, leur servant souvent de soupape de dégagement. Quand le roi s’enrhume, la France éternue, dit l’adage. Et quand le temps se couvre ailleurs, c’est au Liban qu’il pleut ou que la tempête éclate. Dans la période présente, il sert de déversoir tantôt au conflit israélo-arabe, tantôt aux disputes interarabes, aux frictions avec les Occidentaux, comme pour le nucléaire iranien. Ou encore aux luttes d’influences plus ou moins feutrées entre Occidentaux et assimilés. Le tableau suscite bien des inquiétudes, notamment sur le plan socio-économique. Des experts se posent des questions quant au devenir de ce pays s’il devait y avoir des guerres ou encore des accords de paix. Resterait-il une nécessité économique pour le monde arabe ? Quel serait son potentiel de présence active et de concurrence ? Son marché intérieur, aussi bien qu’extérieur, tant agroalimentaire qu’industriel ou même des services comme du secteur bancaire, pourrait-il résister à la poussée des blocs financiers dirigés vers d’autres investissements ? Quel serait l’effet local d’une normalisation entre les Arabes et Israël ? La guerre, ou les guerres, peuvent peut-être être évitées. Mais il y a, en tout cas, un danger d’anarchie, dont les mouvements fondamentalistes profiteraient pour s’épanouir. Le Liban, faible dans la guerre, doit être d’autant plus fort dans la paix. Car celle-ci est dirigée par les forces de la raison, tandis que la guerre est conduite par la raison de la force. Or la paix n’apporte pas le bien et les biens ipso facto. Elle constitue un défi de subsistance à relever. Et la cause du pain quotidien doit servir de ciment pour unifier les Libanais. Qui, au lieu de se combattre pour des causes politiques ou politiciennes souvent futiles, auraient à faire front face à la concurrence, israélienne ou autre. Pour cela, ils doivent se consacrer à un développement basé sur une saine démocratie donnant à la population la possibilité de participer effectivement aux décisions. Le Libanais, soulignent ces mêmes experts, bénéficie d’un atout considérable, le sens de l’initiative privée. Mais cet avantage se trouve largement émoussé, handicapé par l’instabilité, politique ou sécuritaire. Une paix régionale équitable serait une occasion à saisir pour asseoir la stabilité intérieure et la confiance. Sous l’égide d’un État digne de ce nom. Le pays se trouve confronté à de lourdes échéances. Les Libanais doivent contribuer à l’immuniser contre la frayeur ou l’intimidation, en réhabilitant notamment leurs institutions. Dans un esprit national bien compris et fortement unifié. La région vit à l’heure d’un remodelage des cartes géopolitiques. Il faut que le Liban sache s’y situer, en cessant de garder ses portes ouvertes à tous les vents soufflant de l’extérieur. Nombre de pôles religieux et politiques estiment qu’il n’y a d’issue pour ce pays que par l’entente entre ses fils autour de l’adoption du principe de neutralité par rapport à l’Est et à l’Ouest. Mais est-ce possible quand les forces locales se trouvent, grosso modo, divisées entre alliés de l’axe syro-iranien ou partisans de l’Occident ? En tout cas, les Libanais devraient faire l’effort de s’accorder. À travers un congrès national sur le thème : « Quel Liban voulons-nous ? » Et quelle indépendance de fait. Émile KHOURY

« Nous ne voulons pas être une lice de confrontation ouverte à tous les conflits régionaux et internationaux. » Le président Fouad Siniora a repris ce thème qui lui est cher dans son discours devant le Parlement européen, à Strasbourg. Lui faisant écho, le secrétaire général de la Ligue, Amr Moussa, a déclaré lors de la séance inaugurale de la session du Conseil économique et social arabe à Beyrouth que « nous ne laisserons pas le Liban servir de théâtre pour les conflits et les guerres. »

Mais l’homme propose et Dieu (ou plutôt, en l’occurrence, certaine nuisance bien terrestre) dispose. Comment envisager de prémunir ce pays quand les parties dont il se compose sont elles-mêmes impliquées dans des luttes extérieures ? Beaucoup d’entre elles, sinon toutes, sont en effet ralliées à tel ou tel des...