Dans une certaine mesure, le président Nabih Berry prépare la réouverture de la bataille de la présidentielle. Tandis que la priorité pour le Hezbollah va à la formation d’un cabinet d’union nationale. Faute de quoi, il chercherait à renverser le gouvernement en place. Antérieurement, ce parti avait indiqué qu’on se contenterait, pour la question du changement ministériel, du mieux possible. C’est-à-dire d’un accord préalable impliquant des concessions de la part de tous. Il a ensuite durci sa position en laissant entendre que le départ de l’équipe Siniora est requis, même si cela comporte un risque de vide. Car il lui importe de ne pas se retrouver en porte-à-faux au moment où le projet de statut du tribunal international sera soumis aux autorités libanaises. En effet, ayant approuvé la mise sur pied de cette instance, le Hezb ne veut pas être accusé d’en saboter le fonctionnement. Ni se contredire sur un sujet d’intérêt national aussi grave que l’identification des coupables dans l’assassinat du président Hariri.
Le président Berry réussira-t-il à prendre le Hezbollah de vitesse, en arrachant un consensus général sur le successeur du président Lahoud ? Parviendra-t-il à prévenir le saut dans l’inconnu que serait cette chute du gouvernement, souhaitée par son allié ? Il a en tout cas clairement souligné, à partir de Genève, que le « background » du conflit entre majorité et minorité réside bien dans la présidentielle. Précisant que de toute façon la bataille devrait s’ouvrir d’ici à sept ou huit mois. Le président de la Chambre est en effet désormais convaincu que toute solution à la crise de pouvoir doit commencer par la succession présidentielle et pas du tout par un renversement de gouvernement qui se ferait sans accord sur le suivant. Ni par des législatives anticipées dont l’organisation nécessite une entente sur la loi électorale.
Ainsi, le président Berry rejoint, sur le point des priorités, l’avis constant des forces du 14 Mars. Il faut commencer par la présidentielle. Mais à ses yeux, il devrait s’agir d’un nouveau président qui serait un homme de consensus admis de tous. Il exclut donc les candidats qui appartiendraient au 14 ou au 8 Mars et alliés. Pour lui, il faut un rassembleur et non un diviseur.
Ces critères s’appliquent à nombre de postulants potentiels. On cite le plus souvent, à ce jour, les noms de Jean Obeid, Charles Rizk et Riad Salamé. Mais d’autres peuvent émerger à tout moment. Il reste à savoir si les protagonistes principaux vont se faire à l’idée de ne pas pouvoir pousser leurs propres pions.
Il y a un énorme travail de persuasion à accomplir pour le président Berry, qui démarche les diverses forces politiques en vue d’un compromis. Certains cadres du 14 Mars rejettent l’idée d’un président incolore, insipide et inodore. Ils veulent un pur Libanais, qui rejoigne leurs aspirations indépendantistes, pour sortir enfin le pays de l’orbite syrienne, et le faire accéder à une véritable souveraineté sans partage. Tout compte fait, vu qu’il n’a pas été possible d’obtenir le départ rapproché de M. Lahoud, ces cadres préfèrent encore attendre la fin de son mandat, plutôt que d’accepter un compromis. Car, selon leur souhait, la Chambre actuelle où leur camp dispose de la majorité pourra dans quelques mois élire un successeur répondant à leurs vues comme à leurs vœux.
Bien entendu, le 8 Mars rue dans les brancards devant la perspective d’un président issu des rangs de l’adversaire. Les théoriciens de l’opposition font valoir qu’au cas où le 14 Mars parvenait à ses fins, le politique et le populaire resteraient profondément divisés. Les tensions et la crise ne seraient pas gommées, bien au contraire, et l’on pourrait craindre des dérapages de rue. Le climat délétère empêcherait ipso facto tout redressement économique et financier. On ne pourrait pas tourner la page pour aborder un meilleur avenir. Ni redonner confiance aux Libanais, surtout aux jeunes, poussés à l’émigration massive. Ces cadres rappellent qu’en tout état de cause, leur camp dispose d’un atout maître pour contrer le 14 Mars : torpiller le quorum de la séance d’élection d’un nouveau président.
Le président Berry mais également les anciens présidents du Conseil tentent de jouer les pompiers et d’initier un rapprochement, une détente, entre les protagonistes autour d’un prochain président de consensus. Le leader du mouvement Amal pense que le 14 Mars n’a pas le droit d’imposer son homme. Mais aussi que le 8 Mars et ses alliés n’ont pas le droit de faire bouger la rue pour renverser le gouvernement. Il souligne que tout changement doit s’opérer au sein des institutions, conformément aux dispositions de la Constitution et des lois en vigueur.
Émile KHOURY
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