Rechercher
Rechercher

Actualités - Analyse

ÉCLAIRAGE Survitaminé, Berry veut prouver que des habits peuvent faire le moine

Émile Lahoud, totalement délégitimé, roitelet-nu, a permis, volontairement ou pas, peu importe, que soit totalement happée la quintessence de la fonction et de la stature du président de la République, telles que définies par la Constitution de Taëf. Comble de l’ironie : c’est un chiite qui les a vampirisées, qui a endossé l’habit, qui s’est vu promu, par les vicissitudes et les réalités libanaises, de n° 2 menotté et fragilisé à n° 1 d’office et moral ; un chiite que l’on disait, une fois dynamitée la tutelle syrienne, fini, dilué dans les eaux profondes d’un Litani politique que son (ex ?) rival Hassan Nasrallah lui avait méticuleusement creusé ; un chiite pourtant redevenu absolument incontournable, à tel point que s’il se décidait à la jouer vraiment franco, loin pour une fois de sa légendaire (et néanmoins brillante) roublardise, pourrait être rien moins que l’homme de 2006, dépasser même ce Michel Sleimane revisited, et à qui il a rendu, au cours des dernières 48 heures, un ahurissant hommage : « J’ai appris il y a deux jours que le général Sleimane a dormi sous une tente le long de la ligne bleue. Je l’ai contacté et je lui ai dit que lorsqu’un commandant en chef de l’armée couche sous une tente à la frontière du Liban, c’est le Liban tout entier qui se retrouve protégé, à l’ombre de la tente. » Les camarades du Hezb ont dû apprécier… Depuis qu’il s’est lancé – ou qu’il a été lancé – dans la hannibalesque opération du dialogue national, Nabih Berry, puisque c’est de lui qu’il s’agit, joue effectivement le rôle premier, le rôle originel et fondamental d’un chef de l’État libanais : celui d’arbitre et de référence ultime, de ciment national. Fonctions démultipliées à l’infini au moment de la guerre de juillet, comme si, par nécessité, peut-être par empathie, mais certainement par calcul et stratégie, Nabih Berry, surdopé, s’abstrayait de sa communauté, se dé-chiisait, s’extrayait même de sa nationalité pour jouer, un peu parfois à ses dépens (même chassé à coups de bâton, le naturel égotique revient toujours au triple galot), le trait d’union entre sunnites et chiites, entre Libanais. In fine, il y réussit. Aujourd’hui, Nabih Berry a choisi l’option président-Père Noël, promettant un cadeau aux musulmans et aux Libanais pour les fêtes du Fitr. Promesse à grands risques, totalement dépendante du bon déroulement des négociations saoudo-iraniennes (donc américano-iraniennes) et égypto (et saoudo)-syriennes. Comble du comble, c’est aussi l’habit du martyr Louis XIV, comme il aimait s’entendre appeler de temps en temps son ami Rafic Hariri, qu’il endosse ; un habit bien sûr trop ample pour lui, mais que, décidément, il adore : il a reformé, fût-ce pour une conjoncture, le triangle sunnito-sunnite Beyrouth-Ryad-Le Caire, naturellement dissous par l’assassinat de l’un de ses plus impressionnants piliers : Rafic Hariri. Et le président (de la Chambre) n’ira pas à Damas ni à Téhéran avant que les relations libano-syriennes ne s’assainissent et avant que des responsables wahhabites ne le précèdent dans la capitale perse. Alors, en attendant, il travaille, de concert avec les décideurs arabes, s’octroyant la partie, plaisante au demeurant, parce que basée sur la cool attitude que tout bon Libanais se doit d’avoir, et très lucrative (un cadeau rapporte bien plus qu’il ne coûte) : réconcilier ses chers leaders entre eux. Ainsi commencera-t-il par Saad Hariri et Hassan Nasrallah, qu’il entend bien réunir chez (et autour de) lui, à Aïn el-Tiné sans doute, dès la fin du jeûne. Et, parallèlement aux pressions plus ou moins gentilles que se chargeront d’exercer les Égyptiens (Omar Sleimane était à Damas il n’y a pas longtemps) sur les Syriens, ainsi qu’aux négociations entre le Pakistan et l’Inde du P-O, l’Arabie saoudite et l’Iran, il essayera de convaincre toute le monde de la nécessité de s’entendre, en même temps, sur un gouvernement d’union nationale et sur l’élection d’un président de la République consensuel – il aura pris la peine, avant, d’aller consulter le patriarche maronite pour s’enquérir de ses préférences, voir s’il est un nom que Mgr Sfeir privilégie pour que lui-même, cet indispensable Nabih Berry, se charge d’en faire, en coulisses, le marketing qu’il juge adéquat. Mais il l’a bien rappelé sur la chaîne al-Arabiya : « J’ai beaucoup de réserves pour ce qui est de provoquer la chute du gouvernement tant qu’il n’y aura pas un consensus préalable sur le prochain cabinet, susceptible d’empêcher le vide. » Le message est clair : Nabih Berry ne demandera pas à ses ministres de démissionner si leurs collègues hezbollahis jugeront bons de le faire, comme quelques jours après l’assassinat du (définitivement très) regretté Gebran Tuéni, pensant pouvoir faire avorter l’adoption du projet Michel lié à la formation du tribunal à caractère international, blindé par l’article trois. Sauf que Nabih Berry, que les perspectives très lourdes des semaines à venir, empoisonnées par les Energa contre l’immeuble Esseily et (donc ?) par l’imminence de l’arrivée à Beyrouth de Nicolas Michel, semble déterminé : « La bataille de la présidentielle va s’ouvrir dès aujourd’hui et le dialogue va réussir », a-t-il dit avant-hier dans un discours prononcé à Genève. La première réponse au président de la Chambre du camp du 14 Mars est (trop) naturellement venue des Cèdres. « Le prochain président de la République doit nécessairement être issu de l’Alliance du 14 Mars, sinon, il serait incolore et inodore, et jetterait de nouveau la présidence dans le vide », a dit Samir Geagea, assurant, selon des informations qu’il aurait en sa possession, que certains de ceux qui appellent à un changement de gouvernement n’entendent « pas seulement dynamiter le tribunal international, mais initier des batailles au sein du peuple, qui n’ont absolument rien d’innocent ». Le patron des FL, qui a souligné au marqueur fluo la solidité de son alliance avec Walid Joumblatt, et qui semble avoir tiré une sérénité nouvelle après la messe de Harissa, a également insisté sur le fait que personne ne pourra faire chuter le gouvernement Siniora « par la force ». Voilà d’ailleurs le premier dénominateur commun connu entre Samir Geagea et… Nabih Berry. Et il est de taille. Berry-Geagea : la ligne droite est encore quasiment virtuelle, mais son incarnat boosterait sans aucun doute, face au tandem Aoun-Nasrallah, les principes et le jeu démocratiques naturels. Ziyad MAKHOUL

Émile Lahoud, totalement délégitimé, roitelet-nu, a permis, volontairement ou pas, peu importe, que soit totalement happée la quintessence de la fonction et de la stature du président de la République, telles que définies par la Constitution de Taëf. Comble de l’ironie : c’est un chiite qui les a vampirisées, qui a endossé l’habit, qui s’est vu promu, par les vicissitudes et les réalités libanaises, de n° 2 menotté et fragilisé à n° 1 d’office et moral ; un chiite que l’on disait, une fois dynamitée la tutelle syrienne, fini, dilué dans les eaux profondes d’un Litani politique que son (ex ?) rival Hassan Nasrallah lui avait méticuleusement creusé ; un chiite pourtant redevenu absolument incontournable, à tel point que s’il se décidait à la jouer vraiment franco, loin pour une fois de sa...